Certains auteurs et autrices avaient prédit ce qu'il se passerait aujourd'hui dès le 19e siècle. Voici une sélection d'ouvrages sur le sujet.

Pour vous occuper pendant le mois d’août (et même après), la rédaction de Numerama vous a déjà concocté plusieurs sélections littéraires. On vous a listé des ouvrages de science-fiction aussi déprimants que géniaux ou quelques romans qui montrent l’Afrique du futur.

Cette fois, nous avons sélectionné des livres qui avaient prédit le futur, que ce soit au niveau scientifique, technologique ou politique. Voici notre guide.

Paris au XXè siècle

Paris au XXe siècle, de Jules Verne

On connaît le plus souvent Jules Verne pour ses livres d’exploration. Paris au XXe siècle s’en démarque, aussi bien par le sujet traité que la manière dont il est écrit. L’histoire se passe en 1960, à Paris. La science a pris le pas sur tout le reste et Michel Dufrénoy, 16 ans, le regrette amèrement. Il se rêve en poète, mais dès le lendemain de sa remise de diplôme, il doit travailler dans une banque pour se fondre dans le moule. Les bibliothèques ne semblent plus avoir aucun ouvrage de ses auteurs préférés et il constate que son oncle, lui aussi homme de lettres, est peu à peu mis à l’écart de la société.

Cette sombre dystopie a été publiée au XXe siècle, mais elle a été écrite bien plus tôt, en 1863. On a peine à le croire parfois, car des objets très modernes y sont décrits. Il y a notamment… un métro à air propulsé dans Paris, qui n’existait pas à l’époque. Le premier « vrai » métro sous-terrain a été créé à Londres en 1890. En France, il faut attendre 1900 pour que naisse la ligne 1.

Jules Verne parle aussi de quelques inventions qui sont arrivées bien après son époque, comme les véhicules à hydrogène et des machines qui ne sont pas sans rappeler les ordinateurs. Il y a même des robots-policiers et juges.

La servante écarlate, de Margaret Atwood

Vous connaissez peut-être déjà la série inspirée de ce roman, The Handmaid’s Tale. Le roman, écrit par la romancière Margaret Atwood, est bien plus ancien puisqu’il a été publié en 1985. Il s’agit là encore d’une dystopie.

Dans un régime totalitaire, les femmes sont divisées en plusieurs catégories. Il y a les épouses des hommes de pouvoir (qui n’ont guère d’autre rôle que d’être épouses et se faire discrètes), les éconofemmes qui épousent les hommes pauvres comme les chauffeurs, les Marthas, des servantes qui s’occupent des tâches ménagères, les tantes chargées de l’éducation rigoriste et enfin les Servantes. Celles-ci sont dédiées malgré elles à la reproduction. Elles sont violées par des hommes de pouvoir qui souhaitent avoir des enfants. Le livre se concentre sur le quotidien et le passé de l’une de ces servantes, Defred.

Le sujet est particulièrement difficile et il semblerait improbable que l’on vive dans une telle société un jour. Pourtant, plusieurs récents événements ont été comparés à ce qu’il se passe dans le livre. Margaret Atwood dépeint ainsi un pays dans lequel les femmes ont petit à petit été privées de leurs droits avant d’être réduites au statut d’esclaves. L’autrice a comparé son roman à de récentes décisions politiques antiavortement aux États-Unis. « C’est une forme d’esclavage que de forcer les femmes à avoir un enfant dont elles n’ont pas les moyens de s’occuper et les forcer à ensuite l’élever », a-t-elle dit lors qu’une conférence rapportée par Her.

Cent ans après ou l’An 2000, d’Edward Bellamy

Le roman publié en 1888 met en scène Julian West, un jeune américain. Il vit au milieu du 19e siècle, mais se retrouve tout à coup projeté en l’An 2000. Il découvre alors ce qui lui apparaît être une véritable utopie.

En 2000, le travail est devenu obligatoire et il n’y a plus que l’État qui peut employer. Le temps de travail est réglementé selon la pénibilité des tâches et tout le monde a le même revenu. Les injustices, la pauvreté ? C’est du passé.

Cet ouvrage n’avait visiblement pas tout juste, mais son auteur avait bien imaginé certains concepts précurseurs. C’est notamment le cas de la carte de crédit. Dans l’univers de Cent ans après, chaque citoyen est doté d’une carte (elle est en papier) qui lui permet de régler tous ses achats. Il n’existe plus de pièces ou billets.

Edward Bellamy avait aussi une vision très moderne des rapports hommes-femmes. Dans son utopie, les femmes travaillent et gagnent autant que les hommes, les tâches ménagères sont partagées. Tout n’est pas parfait, mais pour un roman écrit en 1888, c’est déjà beaucoup.

1984, de George Orwell

1984 est probablement l’une des dystopies les plus populaires au monde (avec Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley).

L’histoire se déroule dans une société où Big Brother, une métaphore qui désigne un régime totalitaire policier, est au pouvoir. Les citoyens sont privés de toute liberté et sont sans cesse surveillés. Une langue est même créée pour contrôler leurs moindres pensées et manières de s’exprimer.

Le roman a été publié en 1950, mais il fait malgré lui référence à de nombreux éléments de la société moderne. Il est notamment très complet sur les « télécrans », un système de vidéosurveillance qui n’existait pas à l’époque. Cette invention était tirée de l’imaginaire collectif autour des télévisions. Beaucoup de monde, au début, pensait que la télévision les espionnait. Après tout, on espionne aujourd’hui bien des gens avec les micros de leur téléphone comme l’a fait l’application officielle de la Liga, et on ajoute bien des micros sans raison sur des robots de cuisine

Le Cercle, de Dave Eggers

Ce roman est plus récent puisqu’il date de 2013. Nous l’ajoutons néanmoins à cette liste car depuis qu’il a été publié, de nombreux faits se sont réalisés.

Le Cercle, c’est le nom d’une entreprise, à l’origine plutôt un réseau social. Mae Holland y est embauchée. Elle s’en réjouit au début, mais découvre en l’intégrant le véritable objectif du Cercle : prendre la main sur tous les pans de la société, peu à peu.

Pour les dirigeants de la firme, la transparence doit être absolue. Ceux et celles qui disent avoir quelque chose à cacher sont d’office considérés comme suspects. Le roman, qui a été adapté au cinéma avec Emma Watson dans le rôle principal, évoque aussi la course aux likes, qui sont devenus un signe de reconnaissance. Cette course semble aussi effrénée dans le livre de Dave Eggers que parfois dans la « vraie vie ».

Le Cercle rappelle aussi l’expansion du domaine d’activité des réseaux sociaux, que rien ne semble pouvoir arrêter. Depuis 2013, Facebook par exemple, a développé des outils politiques, une plateforme de vente et un onglet pour les actualités. C’est devenu un espace pour visionner des séries ou savoir où donner son sang et il participe même à développer une nouvelle monnaie.

On prévient : les dialogues sont parfois un peu niais. Si cela ne vous rebute pas, foncez, sinon, choisissez plutôt un autre livre de la sélection.

Frankenstein, de Mary Shelley

Frankenstein a été publié en 1818 par Mary Shelley, qui l’a publié anonymement à l’époque — une biographie de l’autrice est récemment sortie au cinéma si vous voulez en savoir plus.

Dans le roman, un savant nommé Victor Frankenstein raconte comment il a créé un être vivant grâce à des bouts de chair. Parce qu’il le trouve laid, il décide de l’abandonner. La créature cherchera alors à se venger de lui et de la société qui ne l’accepte pas comme il le voudrait.

Cet ouvrage est l’un des premiers grands livres de science-fiction, mais c’est aussi un livre plus philosophique qu’on ne le croit. Accessoirement, Mary Shelley, qui n’avait que 19 ans lorsqu’elle l’a écrit, avait inventé la greffe de peau et la transplantation d’organes avant la médecine. Les professionnels de l’époque pensaient uniquement à comment bien conserver des organismes vivants, afin de mieux les étudier ensuite. La greffe d’organes n’a été inventée qu’au début du XXe siècle, grâce au médecin Alexis Carrel. Mary Shelley ne l’a jamais su car elle était morte depuis 57 ans.

On a marché sur la Lune, d’Hergé

Neil Amstrong peut aller se rhabiller : Tintin le reporter qui fait tout sauf des reportages avait marché sur la Lune bien avant lui.

La bande dessinée a été publiée sous forme d’album en 1954. Il s’agit de la suite d’Objectif Lune.

Dans cet ouvrage, Tintin et ses compagnons prennent une fusée, direction la Lune. Ils s’y posent et mettent le pied sur la surface. Neil Amstrong, le premier vrai humain à avoir effectué un tel exploit, a dû attendre juillet 1969 pour faire de même.

En réalité, il existe quelques incohérences scientifiques dans la bande dessinée d’Hergé. À un moment par exemple, le capitaine Haddock est aspiré par un astéroïde, Adonis. Celui-ci existe bien, mais sa localisation rend très peu probable un tel phénomène.

Ralph 124C 41+, d’Hugo Gernsback

Derrière un titre énigmatique se cache un roman de science-fiction adapté d’une série de 12 publications dans un magazine. La série est sortie dès 1911 et le roman en 1925.

Il est signé par l’une des figures de la science-fiction, Hugo Gernsback. Fait amusant, il a milité dans les années 1950 pour une réforme des brevets : il souhaitait que les auteurs de science-fiction puissent breveter les inventions qui figurent dans leurs écrits. Il a lui-même déposé de nombreuses demandes de brevets comme pour cet « isolateur », l’ancêtre du casque antibruit avec lequel il fallait une bonbonne d’air pour respirer.

Vintage News

Dans Ralph 124C 41+, l’écrivain imagine un tas d’objets modernes : la télévision et le fait de pouvoir zapper entre plusieurs chaînes, le concept de télécommande, la vidéophonie, l’énergie solaire, les films avec du son, la nourriture artificielle ou encore l’enregistrement d’un texte par commande vocale.

Beaucoup de critiques ont jugé ce livre plutôt mauvais d’un point de vue littéraire, mais il méritait toute sa place dans cette liste.

Partager sur les réseaux sociaux