La saison 2 de « La Servante écarlate », qui revient à partir du 26 avril 2018 en France, commence lentement et monte en puissance. On retrouve ce qui a fait l'excellence de son premier volet : sa mise en lumière de la fragilité de nos acquis sociaux.

Avertissement : si vous ne souhaitez pas connaître des éléments de l’intrigue du début de cette saison 2, arrêtez-vous à l’image « SPOILER ».

L’adage veut que pour réussir dans la vie, il faudrait ne jamais se reposer sur ses acquis. The Handmaid’s Tale montre que le précepte a des applications bien plus larges. Le rétrécissement des droits de l’humain, qui mène lentement vers le fascisme, ne s’impose pas du jour au lendemain, fier et brutal. Le changement est lent, subreptice, presque doux.

De retour pour une nouvelle saison — donc nous avons pu voir les deux premiers épisodes —, l’adaptation du livre La Servante écarlate de Margaret Atwood par la chaîne américaine Hulu est l’une des séries les plus attendues de 2018. Son premier volet précédait l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo ; le deuxième arrive en plein dans « l’après », alors que l’opinion occidentale oscille entre espoir, doute et désillusion.

On retrouve June (Elisabeth Moss, à présent détentrice d’un Emmy Award pour sa performance) et ses bourreaux dans la République fictive de Gilead, le pays fictif anciennement appelé « États-Unis », au sein duquel règne désormais une sorte de loi divine qui asservit les femmes. June fait partie des Servantes écarlates, les seules femmes fertiles, réduites à un statut à la frontière entre l’esclavage et la poule pondeuse.

Le basculement de la démocratie au fascisme

«  Gilead est en toi comme l’esprit de dieu », entend-on Elisabeth Moss réciter, comme le début de l’une des prières que les Servantes sont contraintes de répéter. « Gilead est en toi comme l’esprit de dieu. Ou la bite du Commandeur. Ou le cancer », continue la voix off. La rébellion passe aussi par le langage. Les mots crus de June viennent casser le lyrisme pompeux de la dictature pseudo-religieuse mise en place, comme seule manière de garder l’esprit clair. Et lutter contre la désinformation en mettant des mots sur les atrocités : un viol, un enlèvement, une torture.

La série a toujours la même puissance lorsqu’elle nous offre ses flash-back, dans lesquels elle nous fait comprendre que le basculement entre la démocratie et le fascisme ne tient qu’à des volontés. Dans la saison 1, on voit des citoyens révoltés, pour la plupart jeunes et urbains, manifester contre les changements que l’armée commence à instaurer dans le pays. Puis en un instant, l’acte démocratique est abattu : les militaires tirent dans la foule. Le pacte tacite que l’on a passé dans notre société — les uns manifestent, les autres ne sont là que pour s’assurer que cela ne déborde pas — est brisé.

 On chavire alors dans la déréalité, frappés comme les personnages par la fragilité de nos acquis. Cette réalisation revient dans la deuxième saison, alors que deux femmes mariées tentent de passer la frontière pour fuir au Canada. Elles présentent leur livret de famille. «  Depuis aujourd’hui, cette feuille ne vaut plus rien », assène un militaire. La liberté ne tient pas à un bout de papier, mais à la personne qui le lit.

Plongée dans la déréalité

The Handmaid’s Tale a un avantage (commercial) sur les autres productions féministes sorties à la même époque qu’elle : la violence qu’elle montre est criante, voire insoutenable. Elle a ainsi trouvé un public plus large que sa petite sœur Big Little Lies (2017), parfois moins mise en avant, car moins didactique. On pourra donc lui reprocher, par moments, son excès de brutalité envers les femmes — le même que l’on condamnait dans Game of Thrones et ses viols à répétition —, à la différence que la souffrance est ici montrée dans le regard des personnages féminins et non à travers les yeux des hommes.

On excusera ces lourdeurs  — une scène d’ouverture de fausse exécution qui s’éternise sur plus de dix minutes — pour la beauté des plans larges, qui ne s’effacent que pour laisser place aux visages en gros plan des femmes meurtries, mais vivantes, assujettis, mais increvables. Ces femmes, à qui la saison 2 semble partie pour consacrer plus de temps, sont l’alpha et l’omega de la série. Celles qui se soutiennent et celles qui se haïssent, celles qui s’aiment et celles qui martyrisent, parfois par conviction, parfois pour survivre.

La saison 2 de The Handmaid’s Tale sera diffusée sur OCS à partir du 26 avril en US+24.

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