Facebook et l'association Libra ont dévoilé le 18 juin 2019 un site où le projet de cryptomonnaie est détaillé. La monnaie virtuelle en question s'appellera la Libra.

Comment s’appellera-t-elle ?

Le nom définitif de la cryptomonnaie imaginée par Facebook et ses partenaires fondateurs est enfin connu : il s’agira de la Libra. En interne, elle était surnommée un peu pompeusement « GlobalCoin », rapportait la BBC. Il y a des années de cela, Facebook s’était déjà essayé à une monnaie virtuelle, avant de jeter l’éponge en 2012. Son nom était alors : Facebook Credits.

Quand sera-t-elle lancée ?

Un site a été lancé pour présenter le projet associatif derrière Libra : Libra.org. Le site dédié au Libra dans son intégration par Facebook et ses apps, appelé Calibra, a été lancé ce mardi 18 juin. Côté Iliad, pour laquelle Xavier Niel a investi dans le projet, un simple communiqué a été diffusé (pdf). Pour le moment, la cryptomonnaie n’est pas utilisable. « Calibra est en cours de développement », est-il précisé à ce sujet sur la plateforme, où il est possible de s’inscrire à une newsletter pour être tenu au courant de la suite des événements.

Extrait du site // Source : Capture d’écran Facebook

Les premiers pas de la future cryptomonnaie sont attendus en 2020, sans doute au cours du premier trimestre. Des tests avaient aussi été évoqués pour 2019, sans plus de précision.

Une chose est sûre, Facebook n’a pas chômé pas en coulisses. Il a été dit que Mark Zuckerberg lui-même a rencontré en avril le président de la Banque d’Angleterre pour discuter des avantages et des problèmes des cryptomonnaies, ainsi que des membres du Trésor des États-Unis et des entreprises spécialisées dans les services de transfert d’argent, à l’image de Western Union.

Par ailleurs, le site Cheddar indiquait que Facebook a envoyé des employés assister à des conférences sur les cryptomonnaies tout autour du monde « pour embaucher des experts, des cryptographes et des universitaires de très haut niveau ». Fin 2018, l’équipe dédiée aurait compté une quarantaine d’employés, dont des anciens de PayPal, un poids lourd du paiement en ligne, qui est aussi l’un des membres fondateurs.

Quel intérêt pour Facebook ?

Facebook a la chance d’avoir une communauté forte de 2,3 milliards de membres actifs chaque mois. Cela fait donc, en théorie, une communauté de 2,3 milliards de personnes pouvant se servir de cette cryptomonnaie. Dans les faits bien sûr, l’adoption sera moindre. Mais même si seule une infime portion est séduite, ce sont des millions voire des dizaines de millions d’internautes qui pourraient s’y mettre.

Facebook Marketplace, où l’on peut acheter et vendre entre utilisateurs.

En outre, la communauté immense d’internautes offre à Facebook la capacité de façonner tout un écosystème et d’imposer sa cryptomonnaie au-delà de ses murs. Cela tombe bien, car le réseau social tente de plus en plus de se faire une place dans le commerce en ligne, à l’image de Facebook Marketplace. C’est typiquement le genre de services sur lequel la devise pourrait servir.

Mais au-delà du projet Calibra, dédié à l’application de Libra par Facebook, c’est tout un écosystème qui est porté par Libra en tant que technologie : Uber, Lyft, Spotify, Paypal et même Mastercard sont des partenaires fondateurs. Cela signifie qu’au-delà du projet de Facebook, toutes ces entreprises seront en mesure d’intégrer Libra à leurs transactions. Dès lors, Libra présente un potentiel bien plus large que l’échange d’argent sur Facebook, notamment parce que des partenaires de paiement sont impliqués.

Que pourrait-on faire avec ?

Libra est un projet soutenu par une dizaine d’entreprises et d’associations. Dès lors, la cryptomonnaie pourra être intégrée de diverses manières. Chez Lyft et Uber, on peut imaginer payer des courses en Libra. Mastercard pourrait permettre le paiement sur des terminaux chez des commerçants. Paypal pourrait autoriser des transactions en Libra ou des cagnottes. Free pourrait vendre de nouveaux services ou des abonnements. Spotify pourrait monnayer ses inscriptions. Facebook, qui ne vend rien en propre pour l’instant, n’aura pas autant d’options de prime abord : il agira comme un intermédiaire entre les utilisateurs ou entre des utilisateurs et des plateformes.

Récemment, de nouveaux boutons permettant d’acheter en un clic un vêtement repéré sur Instagram ont par exemple été présentés. La cryptomonnaie pourra ainsi servir à régler des achats directement sur les filiales du site. Il est écrit que les utilisateurs pourront aussi à terme payer des services du quotidien comme les transports en commun ou un simple café avec le Libra, car il s’agira d’une monnaie stable.

Enfin, les utilisateurs pourront s’envoyer de l’argent sous cette forme (cette fonctionnalité existe déjà dans Messenger avec des devises ayant cours légal). Le taux de change entre les monnaies sera précisé à chaque transaction.

Facebook précise que l’application Calibra sera disponible dans l’App Store et Google Play mais qu’il sera aussi possible de l’utiliser directement depuis WhatsApp ou Messenger. Il ne sera pas nécessaire d’avoir un compte Facebook. « Envoyer et recevoir de l’argent sera aussi facile que d’envoyer un message à vos proches ou à des commerces », promet l’entreprise qui précise que les frais de transaction seront «  bon marché et transparents, notamment si vous envoyez de l’argent à l’étranger ». Calibra sera accessible dans «  un maximum de pays, dès que possible » — sauf ceux où l’usage de cryptomonnaies est proscrit.

Qui pilote le projet ?

Comme détaillé dans un Livre blanc, ses membres sont issus d’entreprises d’ONG ou d’institutions universitaires. Parmi les « membres fondateurs », on trouve des géants du secteur financier comme Mastercard, PayPal, Visa mais aussi des services en ligne (eBay, Uber, Lyft ou Spotify), des entreprises de télécommunication comme Vodafone, des firmes spécialisées dans la blockchain et le capital-risque.

 

Côté Facebook, c’est David Marcus qui est aux commandes. Ancien président de PayPal, l’Américain a rejoint Facebook en 2014 pour prendre la direction des services de messagerie instantanée. Quatre ans plus tard, c’est un tout autre virage qu’il prend. Une publication sur Facebook datée du 8 mai 2018 annonce qu’il s’occupe désormais de la blockchain — technologie sur laquelle repose la cryptomonnaie.

David Marcus
Adam Tinworth

Il est à noter que David Marcus a été un temps membre du conseil d’administration de la plateforme Coinbase — l’une des places de marché les plus importantes pour acheter et vendre des devises virtuelles. Nommé en décembre 2017, il a toutefois abandonné ses fonctions quelques mois plus tard, en août 2018, du fait de ses nouvelles responsabilités chez Facebook.

Il est précisé sur le site que Calibra est une filiale de Facebook, qui fonctionne «  indépendamment ».

La sécurité est-elle garantie ?

Plusieurs questions peuvent se poser autour de la sécurité de l’utilisation d’une telle monnaie. La première concerne la sécurité financière. Beaucoup de cryptomonnaies sont réputées être très volatiles, notamment du fait du manque de régulation. L’association Livra se veut rassurante et assure que le cours du Libra sera fixe — indexé sur la « réserve Libra », constituée par les mises de 10 millions de dollars des membres fondateurs. Cela signifie que le taux de change avec les autres monnaies ne changera pas.

Le logo Facebook. // Source : Facebook / Numerama

La seconde question est évidemment celle de la protection des données personnelles, dans la mesure où Facebook est impliqué et n’a pas été clairement le meilleur protagoniste ces dernières années. Depuis plusieurs mois, Facebook est empêtré dans des scandales liés à des fuites de données ou à leur faible protection.

Côté Calibra, il est simplement précisé à ce sujet dans la FAQ : « votre historique de transactions est privé ». Pour en savoir plus, il faut jeter un œil à un document dédié, disponible ici. Il stipule que :

  • « Sauf dans des cas limités » (sécurité des personnes, respect de la loi, bon fonctionnement du service), Calibra ne partagera aucune information avec Facebook Inc. ou tout autre tiers sans accord préalable des utilisateurs. Les données financières ne pourront par exemple par servir à améliorer le ciblage publicitaire ;
  • Calibra pourra utiliser les données de Facebook pour « respecter la loi, sécuriser les comptes de ses clients et éviter les activités criminelles ». Des données utiles au fonctionnement du service comme l’importation de la liste de ses amis Facebook (pour leur verser de l’argent) nécessiteront l’accord explicite des utilisateurs ;
  • Des données pourront être utilisées dans le cadre de projets de recherche liés à l’inclusion financières et à l’économie. Facebook donne en exemple des institutions universitaires ou ONG. L’exemple de Cambridge Analytica avait prouvé les risques de cette méthode, très courante. Seules des données agrégées et anonymisées seront utilisées.

Calibra mettra aussi des mesures en place pour éviter les activités illicites, notamment le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Les activités suspectes seront signalées aux autorités et des données pourront alors leur être fournies.

Libra, de son côté, est une blockchain à gouvernance partagée de structure classique. Son code est open source.

Depuis quand Facebook s’y intéresse ?

C’est au tout début de l’année 2018 que l’intérêt de Facebook pour les cryptomonnaies s’est publiquement manifesté. Et par ricochet, pour la blockchain (ou chaîne de blocs, en français), qui est une technologie sur laquelle reposent ces monnaies électroniques. Dans une publication datée du 4 janvier 2018, Mark Zuckerberg, le fondateur et patron du site communautaire, explique ainsi :

« Il existe d’importantes contre-tendances, comme la cryptomonnaie , qui prennent le pouvoir des systèmes centralisés et le remette entre les mains des gens. Mais elles comportent le risque d’être plus difficiles à contrôler. J’aimerais approfondir et étudier les aspects positifs et négatifs de ces technologies et la meilleure façon de les utiliser dans nos services ».

Mark Zuckerberg pendant la F8 de 2018. // Source : Wikimedia/CC/Anthony Quintano (photo recadrée)

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