Les changements d'algorithme de Facebook avaient mis les audiences de certains médias en péril. Le réseau social pourrait finalement vers eux avec une solution plus adaptée.

Facebook n’est pas sûr de ses décisions quand il s’agit des médias. Après avoir tout fait pour gagner leur confiance, le réseau social les a désavantagé pour endiguer une épidémie de fake news et recentrer son activité sur l’échange entre particuliers. Il songerait aujourd’hui à revenir sur cette décision. Selon un article publié par le Wall Street Journal ce jeudi 8 août, Facebook serait prêt à payer des millions de dollars pour séduire à nouveau la presse.

Une nouvelle rubrique à l’automne

Le Wall Street Journal explique que l’entreprise a approché des médias pour tenter de signer avec eux des accords. Ils consisteraient à pouvoir publier les articles de presse sur Facebook et seraient de l’ordre de plusieurs millions de dollars par média et par année.

Parmi les médias concernés, il y aurait ABC News, Bloomberg ou le Washington Post.

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L’objectif serait d’inclure les articles dans une rubrique dédiée à l’actualité, que Facebook a confirmé vouloir lancer à l’automne — sorte d’équivalent d’Apple News, Google Actualités ou Upday. Seuls les titres, chapô et une partie du texte seront accessibles : pour lire le reste, les internautes devront cliquer sur un lien qui les ramènera vers le site du média. Les contrats dureraient trois ans pour certains.

Facebook souffle le chaud et le froid avec les médias. Il y a quelques années, le réseau social a fait en sorte de les mettre en avant. Il a conclu des accords pour réaliser des vidéos en direct exclusivement dédiées à la plateforme, a développé Watch, une section sur laquelle on trouve des contenus originaux réalisés par des médias et qui semble battre de l’aile. Il y a enfin les Instant Articles : des articles directement accessibles depuis Facebook et monétisés par la régie publicitaire du réseau social. On ignore comment ces briques entreront dans le nouveau plan.

Facebook et la presse : dépasser la crise de confiance

Le réseau social était cependant revenu en arrière. Voyant que le fil d’actualité ne contenait plus beaucoup de publications de nos amis, il a commencé à désavantager les pages comme celles des médias au profit des groupes, des événements ou des individus — l’usage réel de Facebook par le plus grand nombre. En avril, Mark Zuckerberg a encore une fois fait volte-face en expliquant dans une interview qu’il voulait rémunérer les médias en créant le fameux nouvel onglet dédié à l’actualité. « C’est important pour moi d’aider les gens à obtenir des informations fiables et de trouver des solutions pour aider les journalistes à faire leur travail si important », avait-il écrit dans le texte accompagnant la vidéo.

This year I'm hosting a series of discussions about the future of technology and society. This time I sat down with Mathias Döpfner in Berlin. He started his career as a journalist and he's now the CEO of Axel Springer, the largest publisher in Europe. We talked about the role quality journalism plays in building informed communities and the principles Facebook should use for building a news tab to surface more high quality news, including the business model and ecosystem to support it. We also discussed the privacy-focused vision I laid out for the future of social networking and the four ideas for internet regulation I published this weekend. These are important topics and I could have spent hours talking to Mathias about them. It's important to me that we help people get trustworthy news and find solutions that help journalists around the world do their important work.

Publiée par Mark Zuckerberg sur Lundi 1 avril 2019

Facebook avait déjà testé une option similaire, Explore, dans 6 pays, mais le test avait été abandonné en mars 2018. Le projet s’annonce aussi délicat aujourd’hui. La plateforme a perdu la confiance de certains médias qui ont compris qu’à trop se reposer sur un site tiers pour générer des audiences, ils en deviennent en quelque sorte dépendants. La moindre décision de Facebook peut faire tout à coup chuter leurs audiences et les mettre dans des situations délicates — de la même manière qu’avec les tiers proposés par la concurrence. Buzzfeed France par exemple, qui a aujourd’hui fermé et avait parié sa croissance de l’engagement social, avait perdu entre 25 et 40 % de son trafic après un banal changement d’algorithme sur Facebook, avait fait savoir Telerama.

Les tests qu’effectue Snapchat avec des médias depuis plusieurs années maintenant ne sont guère plus concluants. L’onglet dédié aux médias est souvent jugé trop léger. En 2018, Snapchat a tenté de le faire fusionner avec l’onglet dédié aux amis, mais le mécontentement était tel que l’entreprise a chuté en bourse et a dû revenir sur sa décision.

Les expériences plus heureuses, qu’il s’agisse d’Apple News ou Google Actualités, ont pour elles des avantages directs : un parc de lecteurs captifs qu’il est facile de rediriger depuis les navigateurs ou les systèmes d’exploitation mobiles. Facebook n’a que ses applications et un nombre limité de minutes d’attention de son parc d’utilisateurs, qui ne peut s’étendre à l’infini.

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