Nouvelle tête de gondole du mythique magazine Weekly Shônen Jump, The Promised Neverland s’offre aujourd’hui une adaptation en animé à la hauteur de nos espérances.

Débuté en 2016, le manga de Kaiu Shirai (scénario) et Posuka Demizu (dessin) a connu un succès fulgurant. La série a remporté le fameux prix Shôgakukan du meilleur shônen en 2017 et s’est hissée dans le top 10 annuel des ventes l’année suivante. Et ce, sans le coup de pouce promotionnel d’un animé. Un bel exploit. En France, le manga est édité chez Kazé depuis l’an passé. Sept volumes sont sortis sur les treize existants à ce jour, pour une série qui ne devrait pas dépasser les trente tomes. Tant mieux, The Promised Neverland devrait échapper au syndrome de l’histoire qui ne sait pas s’arrêter à temps. Maintenant que le titre est bien installé, c’est au tour de l’animé d’aller conquérir le petit écran.

Le studio en charge est CloverWorks, ancienne filiale d’A-1 Pictures (Sword Art Online) qui vole de ses propres ailes depuis l’automne dernier. Après quelques titres remarqués (Rascal Does Not Dream of Bunny Girl Senpai notamment), le jeune studio s’attaque ici à sa première grosse adaptation de manga. C’est le vétéran Mamoru Kanbe (le traumatisant Elfen Lied ou The Perfect Insider récemment) qui supervise, tandis que Toshiya Ono (L’Ère des Cristaux) s’occupe du scénario. On notera aussi la présence dans le staff de Atsushi Nishigori (réalisateur de Darling in the Franxx) ou Ayako Kurata (réalisatrice de Granblue Fantasy the Animation). Une équipe solide qui confirme l’ambition de faire une retranscription soignée du conte morbide imaginé par Shirai et Demizu.

CloverWorks/via Wakanim

La Grande Illusion

Emma, Norman et Ray sont les trois enfants les plus brillants de Grace Field House. Dans cet orphelinat, les enfants vivent des jours heureux sous l’attention d’une adulte qu’ils nomment « Maman ». Un jour, Connie, une petite fille de 6 ans apprend qu’elle va être adoptée. Juste après son départ, Emma et Norman remarquent qu’elle a oublié son lapin en peluche fétiche. Ils décident alors de la rattraper. Mais sur place, ils découvrent pourquoi ils ont toujours été isolés du monde extérieur. Désormais, leur seule chance de survivre est de s’échapper de l’orphelinat…

Ce n’est peut-être pas évident de prime abord, mais The Promised Neverland est un pur thriller carcéral avec de dangereux matons et un plan d’évasion. Ajouté à cela, un zeste d’horreur comme en atteste la terrifiante séquence finale du premier épisode. Un conseil, gardez-vous absolument la surprise. D’après les auteurs, l’histoire puise son inspiration dans les contes de Charles Perrault ou des frères Grimm, ainsi que dans les films d’évasion. Mais si l’on regarde de plus près, The Promised Neverland évoque surtout le cinéma de Guillermo Del Toro. Pour le cadre évidemment, qui renvoie à L’Échine du Diable (2001) ou L’Orphelinat (2007) et par le fait que les héros sont des enfants. La perte de l’innocence est un thème récurrent du cinéaste mexicain. Tout comme sa fascination pour les monstres, qu’ils aient une apparence démoniaque ou un visage bien humain.

CloverWorks/via Wakanim

Une mise en scène immersive

Aussi accrocheurs qu’ils soient, les duels psychologiques et les nombreux coups de théâtre ponctuant cette première saison ne révolutionnent en rien le genre (Death Note est passé par là). Toutefois, The Promised Neverland apporte un certain vent de fraîcheur aux shônen. Tout d’abord en mettant sur un pied d’égalité les trois protagonistes principaux. Emma ne sert pas de faire valoir à ses camarades masculins. Au contraire, elle a des aptitudes physiques supérieures à celles de Norman et Ray et le rôle de leader du groupe des enfants lui sied bien. L’autre point fort de la série est la maturité dont le récit fait souvent preuve : une quasi absence d’humour (malgré la fraîcheur d’Emma), une dimension dramatique assez poussée (l’ultime révélation sur l’un des personnages est terrible) et bien sûr un énorme travail sur l’ambiance aux confins de l’horreur pure.

Par bien des aspects, The Promised Neverland rappelle un autre classique du shônen qui fête ses dix ans : Fullmetal Alchemist : Brotherhood. Une autre histoire d’enfants qui doivent grandir plus vite que les autres pour aller affronter l’impitoyable monde des adultes. Pour mettre en images cette adaptation, Mamoru Kanbe et le studio CloverWorks ont mis des moyens conséquents. La série ne comporte pas de réels moments d’action mais elle joue plutôt sur les dialogues. Pour rendre crédible cela, The Promised Neverland a bénéficié d’un storyboard minutieux. La mise en scène immersive nous plonge littéralement à Grace Field House. Ainsi, lorsque Maman déjoue les plans de nos « Michael Scofield » en herbes, nous restons accrochés à notre siège.

CloverWorks/via Wakanim

Cette première saison clôt le premier arc majeur du manga, qui se termine au cinquième tome. Si l’on oublie le fait que le spectateur doive faire preuve, de temps en temps, d’une certaine incrédulité, The Promised Neverland est une indéniable réussite. Et forcément, après le cliffhanger du tout dernier épisode, il vous sera difficile d’attendre la suite. Les plus impatients pourront se tourner vers le manga, tandis que les autres se donneront rendez-vous l’année prochaine pour la deuxième saison.

Les 12 épisodes sont disponibles sur Wakanim.

Crédit photo de la une : © KAIU SHIRAI,POSUKA DEMIZU/SHUEISHA,THE PROMISED NEVERLAND COMMITTEE

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