Pour la fin d'année 2017, les studios Amazon ont livré sur leur service de streaming une comédie pincée et esthétique : « The Marvelous Mrs. Maisel ». Nous l'avons regardé sans faim, parfaite gourmandise d'hiver.

Mise à jour : Mrs. Maisel a remporté plusieurs récompenses, dont la meilleure comédie, aux Emmy Awards du 18 septembre 2018. Le 8 janvier dernier, elle remportait déjà deux Golden Globes.

Dans The Crown saison 2, les personnages prophétisaient le début de l’ère de l’irrévérence. Et il y a là une forme de mise en abîme : le soap luxueux de Netflix trouve sa modernité malgré son classicisme, familial et propret, façon Downton Abbey avec neurones. À l’heure où le soap s’essaie à tout, jusqu’au pire,The Crown détonne, car il est tout sauf irrévérencieux. Trop esthétique et emphatique pour cela. Et au cœur de l’hiver, ce ton fait mouche.

Chez Amazon aussi, le dernier succès de l’année, et le plus important de 2017 si l’on exclut The Grand Tour, est également follement classique et poli. Mais comme The CrownThe Marvelous Mrs. Maisel nous a conquis, a conquis la critique et a rejoint les nominations des Golden Globes.

Rêverie acidulée

Créé par Amy Sherman-Palladino (Gilmore Girl), cette comédie colorée et esthétique convoque ce que nous pouvions déjà aimer dans l’univers de sa créatrice : un classicisme évident, poétisé, mais rehaussé d’un discours plus moderne. Loin d’être réaliste ou même juste, l’écriture de Sherman-Palladino appelle au contraire des topos de la farce dans des univers très fardés. Rien ne dépasse : le cadre est soigné, les personnages immédiatement compréhensibles, la temporalité à la fois lente et distordue. En somme, nous sommes dans le théâtral.

Ravissante et pomponnée, Midge Maisel (Rachel Brosnahan) nous apparaît comme une rêverie 50’s, délicieuse, entretenant sa propre légende de femme parfaite, à l’écran comme dans la narration. Son hystérie douce la renvoie au cinéma des années 1950 mais sa détermination, sa critique tranquille de sa condition nous projette dans la modernité. Et en quelques minutes, le personnage est dressé, le spectateur est attaché. Puis, se déplie un univers à tiroirs bourré de personnages tout aussi fixés dans leurs topos : la mère juive caustique, la secrétaire idiote, l’amie loubard des bas quartiers, le fiancé laser, etc.

Rêverie acidulée, la série s’impose par sa facilité à aller d’un sujet à l’autre sans s’appesantir du réel. De toute manière, l’argent comme la laideur de la vie n’ont pas leur place dans un pareil show : le cadre se soutient hors du temps et hors de la vie. Très proche du théâtre, encore une fois.

Un air de jazz

Mais voilà, tout ce décorum n’empêche pas Mrs Maisel d’être drôle, pinçante et grivoise. Au contraire, le show, libéré du réel, touche à tout, va de sentiments en motifs familiaux, taille en pièce ses personnages classiques avant de leur redonner vie. L’histoire s’enchaîne avec précision, allégresse et douceur.

Lorsque notre héroïne semble voir sa vie tomber en lambeaux, ce n’est qu’en partie, pas de longues contorsions dans le caniveau. Au contraire, Midge attendait la douleur pour exister en tant que personnage. Dans ce monde de l’immatériel, pleurer et souffrir ont davantage d’importance que de ne pas se vautrer. La voilà se révéler, avec évidence, star de la comédie d’un petit bar miteux, embrassant un destin dans le stand-up sans trop d’efforts.

Rien ne vient rappeler à la vie le show qui poursuit dans un monde propre son rite initiatique : voilà notre héroïne bravant telles et telles épreuves, avec souplesse. Pas suffisamment cliché pour nous tenir à distance, trop rythmé et drôle pour nous perdre : Mrs. Maisel semble éviter, l’héroïne comme la série, tous les écueils à l’aide d’une bonne répartie, d’un air de jazz et de quelques paillettes.

Ceux qui ont aimé Gilmore Girls n’auront pas de mal à tomber sous le charme de Mrs Maisel, ceux qui ont désespérément besoin d’un show drôle et feutré ne connaîtront pas un destin différent. Pour nous, c’est donc oui, et nous gageons que la série pourrait bien être un des premiers succès familial et intemporel d’Amazon qui, pour une fois, réussit en dehors de la niche. 

C’est disponible avec un abonnement Amazon.

En bref

The Marvelous Mrs. Maisel

Note indicative : 4/5

Aussi enlevé qu'un air onirique de jazz, The Marvelous Mrs. Maisel des studios Amazon se regarde sans faim, gourmandise télévisuelle typique de l'hiver. Suffisamment esthétique et drôle pour charmer, la série phare d'Amazon Prime de cette année s'offre un élégant twist sur le thème de l'humour. 

L'héroïne, Midge Maisel, gagne en splendide grâce à l'interprétation exigeante de Rachel Brosnahan qui donne à son personnage toute sa dimension théâtrale. Enfin, exubérante, poétique, mais bien rythmée, la comédie ne souffre pas de ses excès à condition de se laisser bercer par l'illusion finement entretenue du show. 

Top

  • Le jeu exigeant et inspiré de la farce du casting
  • Des décors soignés pour des topos parfaits
  • Une réalisation enlevée et esthétique

Bof

  • Une candeur certaine (est-ce si mal ?)
  • L'originalité n'est pas le maître mot du show
  • Un scénario parfois contorsionniste

Ailleurs dans la presse

  • Télérama : «  Rachel Brosnahan, découverte au second plan dans Manhattan, Olive Kitteridge et House of cards, crève l’écran dans le rôle-titre. »
  • Les Inrocks : « Notre Midge, touchante et fragile, courageuse et hilarante, de s’incarner en cousine éloignée, ou plutôt en grand mère, des Jerry Seinfeld et autres Kristen Wiig.  »
  • The Atlantic : « Marvelous Mrs. Maisel is exuberance in episodic form.  »

Article publié initialement le 8 janvier 2018

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