En 2024, le gouvernement instaurera une taxe streaming prélevée sur le chiffre d’affaires des services musicaux. Un impôt pour financer le Centre national de la musique… qui pourrait avoir pour effet de favoriser les géants américains. C’est du moins l’argument défendu par Spotify.

« Une monumentale erreur stratégique qui va à l’encontre des enjeux de souveraineté économique, culturelle et technologique européenne. »

Sur France Info le 14 décembre, le directeur général de Spotify France, Antoine Monin, s’est vivement agacé contre la nouvelle taxe streaming annoncée par le ministère de la Culture. En plus de la copie privée, le gouvernement imposera en 2024 aux services de streaming musicaux une taxe, qui devrait représenter entre 1,5 et 1,75 % de leurs chiffres d’affaires. « Le gouvernement a cédé à la pression du lobby du spectacle vivant et de certains parlementaires » ajoute le responsable de Spotify.

Spotify menace de prendre du recul sur la France

En France, Spotify et Deezer représenteraient à eux deux 78 % du marché du streaming (44 % pour Spotify et 34 % pour Deezer). La particularité de ces deux acteurs : ils sont européens. Spotify vient de Suède, Deezer vient de France. Si Spotify est devenu le numéro 1 mondial malgré la concurrence de géants du web (Apple, Google, Amazon…), Deezer profite surtout d’une très bonne forme à la maison.

Le problème de Spotify et de Deezer est que leurs chiffres d’affaires proviennent majoritairement, pour ne pas dire exclusivement, du streaming. Une taxe d’1,75 % représenterait une part importante de leurs revenus, avec le risque de provoquer une grande perte financière. « Nous versons 70 % de nos revenus aux ayants droit de la musique, vous ajoutez à cela une TVA à 20 %, une taxe sur les services numériques à 3 %, une taxe sur les services vidéo à 5 % et maintenant une taxe streaming à 1,75 %. Comment voulez-vous que nous puissions opérer sur un marché comme la France ? » s’énerve le patron de Spotify.

Le logo de Spotify. // Source : Numerama
Le logo de Spotify. // Source : Numerama

A-t-il raison ? Il est vrai que les concurrents de Spotify et Deezer seront moins impactés par ce problème. Si Apple Music doit verser 1,75 % de son chiffre d’affaires français au gouvernement, Apple pourra toujours absorber cette perte avec son incroyable trésor de guerre, qui provient de la vente d’iPhone ou de Mac. Dans le cas de Spotify et de Deezer, il s’agirait vraiment d’argent perdu, qui pèserait dans le bilan comptable.

« Spotify aura les moyens d’absorber cette taxe, mais Spotify désinvestira la France et investira sur d’autres marchés. La France n’encourage pas l’innovation et l’investissement » continue le directeur général de Spotify France, qui n’est pas le premier à prononcer ce type de déclaration dans un contexte de négociation politique. Le patron de Spotify France dit craindre que le siège de son entreprise préfère investir à Londres plutôt qu’à Paris, à cause du mauvais message envoyé. Dans le cas de Deezer, qui fait la majorité de son business en France, le problème pourrait être encore plus grand.

Les prix des abonnements vont-ils augmenter ?

Durant l’été 2023, la plupart des services de streaming ont augmenté leurs prix. 10,99 euros est devenu le nouveau 9,99 euros, pour faire face aux nouveaux enjeux du marché.

En 2024, Spotify, Deezer et Apple Music coûteront-ils plus cher en France ? Les plateformes pourraient être tentées d’augmenter les prix seulement dans l’Hexagone, pour faire payer à leurs clients la taxe. Le risque pour un « petit » acteur comme Deezer serait de devoir augmenter les prix, alors que les autres n’auraient pas ce problème. Il se trouve qu’en août, alors que la taxe était encore un projet, Deezer avait menacé d’augmenter les prix si elle était appliquée.


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