Le Premier ministre français a détaillé la manière dont la France va progressivement entamer son déconfinement à compter de lundi 11 mai 2020. On sait notamment désormais quels départements resteront « rouges », où la circulation de la population devra rester limitée, et où les parcs ne rouvriront pas le 11 mai.

« La levée progressive du confinement peut être engagée. » Le discours d’Édouard Philippe était, comme ses précédents au fil de ces deux derniers mois, très attendu. C’est au cours d’une conférence de presse tenue le 7 mai 2020 à 16 heures qu’il a, entouré d’autres ministres de son gouvernement, détaillé la manière dont le déconfinement allait progressivement être mis en place en France. « Nous allons débuter lundi prochain un processus très progressif, au minimum sur plusieurs semaines, qui va permettre au pays de sortir doucement, mais sûrement du confinement », a dit le Premier ministre.

Depuis le 17 mars 2020, les Françaises et Français sont tenus de respecter un strict confinement, et obligés de sortir, avec une attestation sur l’honneur, seulement pour des raisons impérieuses ou pour subvenir à leurs besoins, en respectant les gestes barrières nécessaires. L’objectif de cette mesure extrême est de désengorger les services de réanimation des établissements de santé, qui ont été surchargés par le nombre de malades atteints du coronavirus hospitalisés simultanément.

Edouard Philippe ce 7 mai 2020 // Source : Capture d’écran de la conférence de presse de l’Elysée

Le Premier ministre avait déjà annoncé la couleur fin avril : la date du 11 mai ne signe pas le « retour à la normale » complet. Les collèges, par exemple, ne rouvriront pas tout de suite dans les départements restés « rouges ».

Voici l’ensemble des mesures annoncées par Édouard Philippe ce 7 mai.

En résumé

« L’objectif de tous les Français est de faire en sorte que nous puissions vivre avec ce virus », a résumé Édouard Philippe. « Apprendre à nous en protéger, parce qu’aussi longtemps que nous n’aurons ni vaccin, ni traitement, ni immunité collective, la seule façon de vivre est de nous en protéger en protégeant scrupuleusement l’ensemble des mesures de distanciation physique, d’hygiène, de protection. »

Voici un résumé des informations :

  • Quatre régions restent décrites en « rouge » : Île-de-France, Grand Est, Hauts-de-France et Bourgogne-Franche-Comté (ainsi que Mayotte) ;
  • Une nouvelle étape de déconfinement serait possible d’ici «  trois semaines » si « tout se passe bien » et dans les zones vertes uniquement ;
  • Tous les commerces rouvriront à partir du 11 mai (librairies, coiffeurs, etc) sauf les lieux de convivialité (cafés et restaurants) ;
  • Le télétravail doit être maintenu partout au maximum, et surtout en Île-de-France ;
  • Les rassemblements devront se limiter à 10 personnes au moins jusqu’au 2 juin.

Rouge ou vert : la carte de France des départements

Les départements français n’ont pas tous été touchés par l’épidémie de coronavirus. Certains, comme ceux des régions Île-de-France et Grand Est, connaissent plus de cas de malades, mais aussi de nombre de patients en réanimation. Par conséquent, le plan de déconfinement développé par le gouvernement varie en fonction des zones géographiques sur le territoire français. « Certains départements ont des résultats moins bons qu’espérés », a regretté Édouard Philippe.

Trois critères sanitaires sont pris en compte pour déterminer pourquoi une région est classée verte ou rouge : les cas de contamination sur 7 jours, les capacités d’accueil en réanimation et la possibilité de tester à grande échelle la population.

« Ces cartes sont des outils qui continueront de nous guider pendant les prochaines semaines, reflet de la circulation du virus et du niveau de saturation des hôpitaux », a indiqué le ministre de la Santé, Olivier Véran. La carte globale est un panorama des territoires français à compter du 11 mai et « articule les 3 critères ». On y voit que les départements de 4 régions restent rouges : Île-de-France, Grand Est, Hauts-de-France et Bourgogne-Franche-Comté.

Code couleur final des départements français pour le déconfinement du 11 mai. // Source : Gouvernement

🟢 Une circulation élevée pour les zones vertes : «  S’ils se maintiennent en vert durant les 3 prochaines semaines, nous pourrons envisager une nouvelle étape du déconfinement », avec notamment une réouverture des cafés, bars et restaurants. En zone verte, les parcs pourront rouvrir à partir du 11 mai, ainsi que les jardins et les centres commerciaux.

🔴 Une circulation limitée pour les zones rouges : Il n’y aura pas d’ouverture des collèges, ni des parcs, ni des jardins.

« La distinction entre vert et rouge aura vocation à s’accentuer à partir du mois de juin », a précisé Édouard Philippe. «  Dans les départements qui resteront verts, nous pourront aller plus loin au 2 juin. »

Les cas spécifiques de l’Île-de-France et de Mayotte

En Île-de-France, la situation est particulière : elle peut être « déconfinée », indique le Premier ministre, mais le «  le nombre de cas reste élevé, plus élevé que ce que nous espérions ». Il convient de rappeler qu’il n’y aura pas, toutefois, de confinement obligatoire pour les personnes à risque, même si la prudence reste de mise.

Concernant les transports en commun, « essentiels et donc pas fermés », des règles très strictes seront imposées pour «  éviter qu’ils ne se transforment en vecteur de diffusion de l’épidémie » en Île-de-France. « Nous invitons les habitants de l’Île-de-France à limiter leurs déplacements au strict nécessaire », a martelé Olivier Véran.

À Mayotte, le déconfinement n’a pas été autorisé du tout, en raison d’un « nombre de cas qui est faible, mais en augmentation ».

Combien de tests disponibles pour les Français ?

« Nous n’avons cessé d’augmenter nos capacités diagnostiques », a assuré Olivier Véran. « Un effort de montée en charge a été réalisé pour armer notre pays en test, tout a été fait pour tester les personnes les plus vulnérables. »  L’exécutif s’était fixé l’objectif de pouvoir effectuer « 700 000 tests virologiques, au moins par semaine ».

Selon le ministre de la Santé, la France serait équipée pour tester efficacement sur tout le territoire français.

Carte des capacités de dépistage à base de tests PCR. // Source : Gouvernement

Les mesures d’isolement

Olivier Véran a détaillé la manière dont l’isolement des personnes qui ont été testées positives au coronavirus se passerait.

  • D’abord si vous présentez des symptômes : « Il faut contacter immédiatement un médecin ou le 15, il vous posera alors des questions et proposera si nécessaire un test de dépistage »
  • Si le test est positif : l’assurance maladie vous contactera pour pouvoir prévenir les cas contacts.
  • Si vous partagez votre logement avec d’autres personnes, « il faudra se séparer du reste des habitants, éviter de toucher les objets, de désinfecter quotidiennement, les objets touchés, et votre conjoint devra porter en permanence un masque. »

Les personnes dites « cas contacts » seront également contactées par des agents de l’Assurance maladie afin qu’elles puissent réagir qui décideront si le risque est « avéré ». Pour ces cas :

  • Il faudra alors également s’isoler, éviter les contacts avec votre entourage, prendre votre température et télétravailler.
  • En cas d’impossibilité de télétravailler, un arrêt maladie sera délivré.
  • Puis 7 jours après le contact, la personne est testée. « En cas de test négatif, vous devrez rester isolés 7 jours supplémentaires, car un test négatif n’est pas toujours une bonne assurance », précise Olivier Véran.

Des masques remboursés pour les malades

«  100 millions de masques » seraient distribués aux soignants et aux personnes « fragiles » à partir du 11 mai, a assuré Olivier Véran.

Les masques seront « pris en charge par l’assurance maladie à 100 % » pour les personnes atteintes du coronavirus ou les membres de leur foyer qui sont en isolement.

Les écoles, collèges et lycées

« 87 à 90 % des communes ont préparé la rentrée pour la semaine prochaine », a assuré Jean-Michel Blanquer, concédant toutefois qu’il n’y aurait qu’un million d’élèves qui reviendront à l’école d’ici le 11 mai, avec 130 000 professeurs.

Dans les départements « verts », les collèges pourront rouvrir d’ici le 18 mai.

Transports en commun

Dans tous les transports en commun français, le port du masque sera obligatoire, sous peine de recevoir une amende de 135 euros. «  20 000 policiers et gendarmes seront mobilisés » pour contrôler et verbaliser dans les transports en commun.

Ce 7 mai, on apprenait qu’en Île-de-France (IDF), une attestation d’employeur sera nécessaire pour emprunter les transports en commun, ce qui signife de facto que l’utilisation des métros, RER et bus sera réservée aux travailleurs, et non aux déplacements de loisir. 75 % des transports seront maintenus dès lundi 11 mai en IDF. «  Il est demandé aux employeurs d’étaler les horaires ». « Nous voulons limiter le trafic automobile, qui pourrait générer des bouchons, le covoiturage est encouragé », a précisé la ministre des Transports, Elisabeth Borne.

Déplacements à plus ou moins de 100 km

Pour se déplacer à plus de 100 kilomètres de son domicile, il faudra obligatoirement :

  • Un motif professionnel : un métier qui exige la mobilité (chauffeur routier)
  • Des motifs impériaux : deuil, aide d’une personne vulnérable… seront les seuls motifs autorisés.

Une attestation spéciale sera mise en ligne au téléchargement sur le site du gouvernement, elle pourra être imprimée ou utilisée sur smartphone.

Pour se déplacer à moins de 100 kilomètres, il faudra se munir d’un justificatif de domicile (facture par exemple).

StopCovid ?

L’application StopCovid voulue par le gouvernement est toujours en phase de développement : Cédric O, le secrétaire d’État au Numérique, a annoncé qu’il espérait qu’elle entre en phase de béta-test la semaine du 11 mai, pour qu’il puisse y avoir un vote au Parlement et, en cas d’adoption, une mise en place en juin de l’outil numérique de contact tracing, dont les caractéristiques restent encore floues à ce jour.

Autres informations

  • Les plages et lacs pourront être ouverts sur demande des maires, s’ils peuvent « présenter des preuves d’aménagements suffisants pour le respect de la distanciation sociale » ;
  • Les frontières restent fermées ;
  • L’assouplissement des frontières européenne sera envisagées, mais elles restent fermées pour l’instant ;
  • La libre circulation des travailleurs transfrontaliers ne change pas et est préservée

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