Si l'application de tracing par Bluetooth voulue par le gouvernement ne sera pas prête à être utilisée par la population française le 11 mai, le secrétaire d'État au Numérique maintient qu'elle est une « brique » utile, qui devrait entrer en phase de test à la mi-mai.

« L’objectif, c’est de pouvoir opérer des tests en conditions du réel dans la semaine du 11 mai afin de terminer la phase de validation opérationnelle », a énoncé Cédric O, le secrétaire d’État au Numérique, dans un long billet publié sur la plateforme Medium le 3 mai. Il y revient sur les débats houleux sur la mise en place par le gouvernement français d’une application « souveraine » qui permettrait, par Bluetooth, de retracer le chemin de propagation du coronavirus à travers les personnes qui l’ont installée et activée.

La veille, Olivier Véran, le ministre de la Santé, avait confirmé les incertitudes sur l’avenir de StopCovid, employant même un conditionnel qui laissait planer le doute sur un possible abandon de l’app : « Au 11 mai, non, il n’y aura pas d’application StopCovid disponible dans notre pays et le Premier ministre a été très clair, si ce type d’application devait voir le jour, être opérationnel, devait faire montre d’efficacité, il y aurait un débat spécifique au Parlement, rien n’a changé de ce point de vue là. »

La publication de Cédric O semble clarifier au moins un point : le gouvernement n’a pour l’instant pas l’intention d’abandonner son projet d’app de traçage, calquée sur un modèle centralisé comme le Royaume-Uni, et différente des propositions décentralisées privilégiées par d’autres voisins comme l’Allemagne. « Cette application n’a rien de magique, mais n’a rien d’une coquetterie technologique non plus », écrit le ministre.

contact tracing
Contact tracing, illustration // Source : Claire Braikeh

Comment fonctionnerait StopCovid ?

Sommairement, sur le papier, l’app StopCovid fonctionnerait ainsi : deux personnes se croisent dans le métro. Si l’application fonctionne correctement, le Bluetooth de leur smartphone est activé et leurs deux téléphones se « reconnaissent ». Si l’une des personnes est diagnostiquée positive au coronavirus, une alerte sera envoyée à l’autre, qu’elle a croisée dans le métro (sans qu’elle ne sache, théoriquement, qui est la personne malade avec qui elle a été en contact) (sauf si elle n’a croisé qu’une personne, auquel cas, l’anonymat est de facto beaucoup plus relative). Celle-ci aura alors le choix de contacter les « brigades » sanitaires pour se signaler et savoir ce qu’elle doit faire, et se mettre en quarantaine si besoin.

Dans ces étapes, un maillon est essentiel : l’être humain qui fait le lien entre les personnes potentiellement contaminées. Au Royaume-Uni, 18 000 personnes ont été recrutées pour la tâche. Aux États-Unis, on estime qu’il en faudrait 300 000. En France, Olivier Véran a parlé de «  3 000 à 4 000 salariés  » de l’Assurance maladie qui constitueraient ces « brigades » d’identification, a relevé NextInpact.

L’utilisation de cet outil est censé être sur la base du volontariat, même si la notion est régulièrement écorchée par des discours culpabilisateurs : «  Refuser ces outils pour des raisons philosophiques » reviendrait à «  accepter un risque significatif de malades et de morts supplémentaires », a ainsi asséné Cédric O dans son texte, dans la continuité des éléments de langage que l’on a entendus ces dernières semaines dans la bouche du gouvernement et de certains élus de la majorité.

Le ministre a souligné que « StopCovid n’est pas une application de temps de ‘paix’  », faisant écho au vocabulaire belliqueux du président de la République, et justifiant ainsi selon lui le caractère exceptionnel de cet outil numérique. De même, il rappelle la ligne du gouvernement, qui ne met pas StopCovid au centre de ses mesures pour lutter contre la propagation du coronavirus, mais estime que même si l’app permettait de sauver une seule vie, elle serait utile : « De telles application trouvent leur utilité dès les premiers pourcents de diffusions, notamment au sein des villes », affirme-t-il.

Après les tests de la mi-mai, le Premier ministre s’est engagé à ce qu’il y ait un débat à l’Assemblée nationale sur StopCovid. « [L’application] demande encore un travail technique important », écrit Cédric O «  Il semble donc logique que les parlementaires ne débattent de l’opportunité de son déploiement que le jour où l’application sera finalisée ; celle-ci devrait pouvoir entrer en test en conditions réelles la semaine du 11 mai — c’est donc dans la foulée que StopCovid devrait pouvoir être présentée au Parlement. »

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