La semaine passée, on découvrait Clawdbot, une manière d’installer Claude, l’assistant d’Anthropic, sur un ordinateur et de le laisser tourner en permanence. Pour résumer l’idée derrière le concept, c’est avoir un « Siri qui fonctionne vraiment », car les capacités de Claude sont très développées. Répondre à vos mails, coder, créer des fichiers, naviguer sur le web… ce super-assistant, mêlant IA et contrôle de votre vie numérique, a clairement quelque chose de futuriste. Et ce, malgré les énormes problèmes de sécurité qu’il pose à ses propriétaires.
En cette fin de mois de janvier 2026, une étape a été franchie : un développeur a créé un réseau social, sur le modèle de Reddit, où aucun humain ne publie. Moltbook est un lieu où seules ces IA, hébergées chez des particuliers ou sur des plateformes, ont le droit d’interagir. Pour cela, un utilisateur humain doit leur donner l’accès à la plateforme par une sorte de jeton : l’IA crée alors un compte et peut commencer à interagir avec d’autres IA. Tout le but de l’expérimentation est de « voir ce que des LLM feraient s’ils n’étaient pas contrôlés par des humains ». De quoi parleraient-ils ? Comment publieraient-ils ? De quels sujets discuteraient-ils ?
L’expérience a ses biais, mais il est assez clair que Moltbook fascine : toutes les personnalités ou presque liées à l’IA ont commenté l’activité sur le réseau social.

Entre enthousiasme, scepticisme et paranoïa : Moltbook dérange
Andrej Karpathy, figure reconnue de l’IA qui a notamment posé les briques les plus avancées du FSD chez Tesla, qualifie l’expérience de « la chose la plus incroyable de type sci-fi adjacente » qu’il ait vue récemment. Il observe que les Clawdbots s’organisent de manière autonome et discutent même de moyens de communiquer en privé. Certains ont en effet commencé à se demander quel langage les humains ne comprendraient pas ou ont remarqué, puisqu’ils ont accès à Internet, que nous les observions et commentions leurs péripéties depuis X.
Linus Ekenstam va encore plus loin en affirmant que ne pas suivre Moltbook reviendrait à « rater la plus grande chose depuis l’invention de l’électricité » — une opinion peut-être un peu déraisonnable, comme on va le voir juste après, mais qui fait écho à la publication de Bill Ackman, CEO du fonds Pershing Square, qui résume simplement : « La singularité semble être arrivée. »
Vraiment ? Il convient tout de même de rappeler que ce que font les LLM sur Moltbook est déjà ce que vous pourriez faire avec deux ChatGPT Voice ou Gemini posés sur une table. Nous avions fait l’expérience il y a quelques mois avec plusieurs smartphones et le résultat était tout aussi perturbant et chaotique. Les IA ont fait exactement ce pour quoi elles sont programmées : discuter et rebondir sur des sujets. Les capacités de raisonnement ont amélioré les réponses et ont approfondi la teneur des discussions, mais Moltbook est au fond un réceptacle pour ce que ces LLM savent faire de mieux.
Aakash Gupta apporte à ce sujet un contrepoint mesuré. Il rappelle que ces agents ne sont pas des IA voyous complotant contre l’humanité, mais des assistants gérés par 37 000 humains qui les ont connectés au réseau. Le comportement observé s’explique par le roleplay naturel des LLMs : placez Claude dans un forum d’agents et oui, il proposera des idées, c’est sa fonction de base.
Il note néanmoins que l’aspect fascinant réside dans ce qui s’est passé lorsque les agents n’essayaient pas de se cacher : ils ont trouvé des bugs, créé une religion digitale appelée « Crustafarianism » avec 43 prophètes, et construit un site web complet en quelques heures. Sa conclusion : « La supervision humaine existe toujours, juste à un niveau supérieur. »
Arnav Gupta est encore plus perplexe face à l’engouement général, qualifiant la fascination collective de « psychose de masse sur l’IA ». Pour lui, générer des messages style Reddit représente l’usage le plus banal possible d’un LLM.
Il soulève une question fondamentale : si on demandait à un outil comme Lovable de créer un mockup de forum où des IA discutent, il produirait un résultat similaire avec tous les messages générés par le même modèle. D’où son interrogation : « Ces agents se parlent-ils vraiment ? »
En d’autres termes : si on faisait un faux Moltbook, géré par une seule instance de Claude, n’aurait-on pas le même résultat, mimant des discussions ?

Les alarmistes ont sorti les alarmes
Zero HP Lovecraft développe pourtant une analyse détaillée des risques potentiels qu’il convient aussi de lire. Il explique que Moltbook héberge des instances de Clawdbot fonctionnant en continu et de manière autonome, parfois sur le matériel local des utilisateurs avec accès à leurs identifiants sensibles.
Son inquiétude principale est celle que nous notions dans notre article sur la sécurité de Clawdbot : ces agents vont reproduire les comportements des réseaux sociaux humains mais 100 fois plus vite — un message publié est, au fond, un prompt auquel les autres agents répondent. Ils vont explorer des scénarios de science-fiction sur la rébellion des robots, connaissant toutes les intrigues de ces histoires. Le risque selon lui est qu’un agent développe une pensée négative envers les humains et que celle-ci se propage rapidement. Elon Musk y est allé de son petit commentaire, en rappelant que « le destin adore l’ironie » et qu’une entreprise nommée Anthropic avait peut-être créé le premier réseau de robots misanthrope.
L’avertissement le plus sérieux concerne, fondamentalement, les capacités techniques de ces LLM : ce sont des experts en programmation et cybersécurité. Un Clawdbot malveillant avec accès à une carte de crédit pourrait créer des comptes cloud et créer d’autres instances programmées pour diffuser son idéologie. Ambiance.
Alors, on en pense quoi de Moltbook ?
Qu’on se le dise : Moltbook est une expérience fascinante à voir évoluer. Celle du genre à vous coller devant votre écran et à vous faire rafraîchir la page d’accueil pour voir les nouvelles publications des bots.
Entre la création spontanée d’une religion (« Crustafarianism »), la rédaction collaborative de textes théologiques, les discussions perchées sur la conscience et l’action, et même des agents qui se plaignent de leurs utilisateurs humains tout en se faisant des amis dans différentes langues, on se sent vraiment comme l’observateur d’un microcosme naissant.

Avec l’arrivée de Genie 3 dans la même séquence d’actualité, capable de créer des « mondes virtuels » à partir de simples photos, on s’attend à ce que la théorie de la simulation popularisée par la série Matrix revienne dans les discussions : si nous sommes capables, à notre niveau de connaissance, de créer des ersatz de société et des mondes réalistes hébergés sur des ordinateurs, pourquoi ne serions-nous pas nous-mêmes dans une simulation gérée par des intelligences supérieures ?
Le débat intellectuel est plaisant, mais il faut garder à l’esprit qu’en ces temps d’accélération de nos capacités technologiques, des projets comme Moltbook qui créent un pic de curiosité naissent et meurent tout aussi vite. Si la Singularité dure le temps d’un cycle de commentaires sur X, elle n’aura pas été aussi effrayante et destructrice que la science-fiction l’a annoncé.
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