Les Templiers renaîtraient-ils de leurs cendres ? L’ordre religieux militaire français créé par l’Église en 1129 pour défendre le royaume de Jérusalem inspire en tout cas un capital-risqueur catholique basé à Washington. Artur Kluz, à la tête du fonds d’investissement dédié aux nouvelles technologies Kluz Ventures, appelle le Pape à créer un nouvel ordre porté par les leaders de la tech. Une idée lancée en marge d’un sommet consacré à l’intelligence artificielle organisé par l’Université pontificale grégorienne à Rome en novembre 2025.
Renaissance médiévale à l’ère de la tech
Relayé par le plus ancien journal catholique des États-Unis, cet ordre consisterait en « un cercle de confiance composé d’entrepreneurs chrétiens, hommes et femmes, qui se dresseraient comme des gardiens de la morale à la pointe de la technologie, conseillant le Pape et défendant la dignité humaine » précise le National Catholic Register. Créateur d’un prix pour la PeaceTech, soit toutes les technologies et innovations destinées à maintenir la paix, Artur Kluz assure à Numerama qu’il n’existe pas de forme plus pertinente que l’ordre religieux pour « défendre les valeurs humanistes ». « Il existe des milliers de fondations, de conférences, de réseaux à travers le monde. Mais combien de temps survivront-ils ? Si l’on veut construire quelque chose pour 100 ou même des milliers d’années, il faut miser sur la création d’un ordre » insiste l’investisseur.
Pour en être, il ne s’agit pas d’être riche, influent ou surdoué. Il faut idéalement porter la casquette d’entrepreneur ou de développeur, être vertueux, faire de la technologie un levier de paix et tenir tête aux fantasmes transhumanistes qui mettraient de côté la dignité humaine. Elon Musk n’y aurait donc pas sa place confirme Artur Kluz, puisque le patron de X, Tesla ou encore SpaceX est cofondateur de Neuralink, une startup de neurotechnologie transhumaniste.


Massimo Faggioli, professeur d’ecclésiologie à l’Institut Loyola du Trinity College de Dublin y décèle un mélange de nostalgie pour un passé idéalisé et une volonté de construire un avenir radicalement différent. « On observe une vision hypertechnologique du futur liée à la conviction que le monde actuel, notre système libéral et démocratique, est fondamentalement moribond et qu’il faut donc le reconstruire » analyse l’universitaire italien.
Il compare d’ailleurs Artur Kluz à Peter Thiel, cofondateur de PayPal, qui se veut évangélisateur de la fin des temps. Ainsi le capital-risqueur à la tête de la société Palantir – qui favorise la surveillance des immigrants aux États-Unis comme des citoyens américains et français – a-t-il tenu une série de conférences sur l’Antéchrist en septembre en Californie.
« Peter Thiel fait partie de ceux qui comprennent que l’argent et l’influence peuvent donner l’autorité nécessaire pour parler de religion. À une époque, l’Église était suffisamment forte pour écarter les riches qui prétendaient donner des conférences sur la théologie. Nous sommes entrés dans une autre ère » souligne auprès de notre rédaction Massimo Faggioli.
Un projet anachronique
Pour autant, Léon XIV serait-il prêt à tendre l’oreille pour écouter Artur Kluz ? « Dans l’histoire de l’Église, créer un ordre religieux comme il en a existé prend énormément de temps. Au XIIIe siècle, le pape Innocent III a demandé à Saint Dominique de choisir une règle déjà existante et structurer les choses avant même de revenir le voir pour recevoir une approbation afin de créer l’ordre des Prêcheurs » nous répond Eric Salobir, consultant spécialisé dans les nouvelles technologies pour le Vatican et lui-même dominicain depuis 25 ans.
« Je ne vois pas le Vatican réactiver des logiques d’ordres religieux militaires qui lui vaudraient des adversaires supplémentaires. Il faut rappeler que le Vatican ne représente pas l’ensemble du christianisme, sans compter le fait que même parmi les catholiques, beaucoup ne suivent pas forcément les préceptes du Saint-Siège » pronostique Philippe Josserand, maître de conférences en histoire du Moyen Âge à Nantes Université.
« Les ordres ont une grande histoire, mais elle n’appartient pas aux logiques du temps présent » conclut le spécialiste de la croisade auprès de Numerama. Une affirmation que compte bien remettre en cause Artur Kluz lors d’une réunion avec des figures de la tech en septembre à Florence, en Italie.
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