Un article publié par CNN révèle que le patron de SpaceX voudrait retirer son aide à l’Ukraine si le Pentagone n’apporte pas plus de fonds. Or, la facture présentée par Elon Musk est exagérée et fait fi de financements étatiques massifs.

Elon Musk se comporte avec l’Ukraine comme un enfant qui se lasse d’un jouet. Après avoir généreusement aidé le pays envahi par la Russie avec des kits de connexion Starlink (le réseau satellite de SpaceX), l’homme le plus fortuné au monde aurait déclaré au gouvernement américain qu’il ne pouvait plus financer son assistance, selon un article de CNN publié ce 13 octobre 2022. Le souci avec cette excuse, c’est qu’elle abonde d’incohérences et le Pentagone y voit même un moyen de soutirer de l’argent aux pouvoirs public.

À aucun moment, Elon Musk ne précise qu’environ 85 % des 20 000 terminaux envoyés en Ukraine ont été payés par les États-Unis, le Royaume-Uni, la Pologne et d’autres entités. Mais, pour le patron de SpaceX, la partie la plus onéreuse serait de maintenir son assistance dans le pays en guerre. Pour continuer à financer son aide, Elon Musk demande l’aide du gouvernement. Selon lui, le coût de la connexion de tous les terminaux approcherait les 400 millions de dollars pour les douze prochains moins, chaque kit nécessiterait un abonnement de 4 500 dollars par mois.

Là encore, les chiffres ne correspondent pas. D’abord, un abonnement Starlink coute autour de 500 dollars par mois. Ensuite, le Pentagone se charge encore de payer 30 % de la connectivité des terminaux en Ukraine. Les kits pour les particuliers ne montent qu’à 60 dollars par mois. On peine à comprendre d’où Elon Musk tire sa facture à 4 500 euros par kit, même en prenant compte la défense contre les cyberattaques.

« On pourrait dire qu’il essaie d’obtenir de l’argent du gouvernement ou alors qu’il tente de dire : Je ne veux plus faire partie de tout cela », a déclaré une source anonyme à CNN. Plusieurs militaires ukrainiens avaient par ailleurs reporté que leurs kits Starlink avaient subitement été désactivés, dans un article du Financial Times.

Starlink Ukraine
Des kits Starlink offerts à l’Ukraine dès les premiers jours de l’invasion. // Source : Mykhailo Fedorov

Un refus d’écouter les Ukrainiens

Elon Musk serait donc un enfant milliardaire, qui boude après s’être fait épingler pour ses propos sur l’Ukraine. Le patron de Tesla et SpaceX s’est improvisé médiateur en proposant aux utilisateurs de Twitter de décider de l’avenir de l’Ukraine. Il avait lancé un sondage le 3 octobre, qui répondait parfaitement aux exigences russes avec l’annexion des territoires partiellement occupés. Non seulement les votes lui ont donné tort, mais de nombreuses personnalités avaient recommandé au milliardaire de s’intéresser d’abord à l’histoire du pays avant de lancer des propositions hasardeuses et dangereuses. Dmitri Medvedev, sbire de Poutine et cadre du Kremlin, avait félicité Elon Musk sur Telegram, déclarant qu’il était digne d’être promu officier [de l’armée russe]. Ce même homme appelle régulièrement à anéantir la population ukrainienne, y compris par l’arme nucléaire.

Le 12 octobre, le ministre ukrainien du numérique, Mykhailo Fedorov, avait remercié le patron de SpaceX sur Twitter pour ses terminaux Starlink. Elon Musk lui avait répondu que « c’était un plaisir de soutenir l’Ukraine ». On aurait pu croire que sa crise d’ado était terminée pendant deux minutes. Entre temps, l’article de CNN est tombé et notre milliardaire a su répondre avec maturité en bloquant l’auteur de l’enquête sur Twitter. Et, lorsqu’un journaliste rappelle qu’un diplomate avait envoyé « Fuck off » – comprenez « Dégage » – après le sondage tendancieux de Musk sur Twitter, ce dernier lance ce 13 octobre : « Je ne fais que suivre ses recommandations ».

Elon Musk s’amuse donc à répliquer contre une population victime d’un massacre quotidien, après lui avoir fourni une aide vitale. Avec cet épisode, le patron de Tesla et SpaceX quitte son statut d’industriel visionnaire pour endosser le costume du clown irresponsable.