Usines en pause, fermeture de ports, prix du transport qui explose... les circuits dont dépendent les sociétés du monde entier pour fabriquer les produits de consommation courante, et nous les acheminer, sont dangereusement grippés.

« J’ai commandé une Clio Inten S au début de l’été. Je devais la recevoir à la rentrée. Et le garage m’a annoncé qu’elle ne sera pas livrable avant au moins deux mois ! » Cette cliente, interrogée par Ouest France début septembre 2021, n’est pas la seule à devoir patienter bien plus longtemps que d’habitude pour récupérer sa voiture. Le secteur est en ce moment touché par une crise de l’approvisionnement mondial qui rend les livraisons très compliquées. Et c’est loin d’être le seul. High-tech, jouet, meuble… les fabricants de secteurs variés regardent les prochains mois d’un œil inquiet.

« Il y aura des jouets sous le sapin », indique Franck Mathais, le porte-parole de Joué Club, sur France Bleu, mais « ils ne seront peut-être pas tous disponibles au moment où les clients voudront les acheter ». Chez Ikea France, un produit sur cinq est en rupture de stock en ce moment. Et dans le monde entier, des sociétés rapportent des difficultés similaires.

Une ligne de production dans une usine en Chine // Source : Flickr/CC/Robert Scoble

La Chine est forcée de mettre ses usines en pause

Qu’est-ce qui a entrainé ce bazar ? Les raisons sont multiples — et c’est ce qui rend la situation inquiétante. La dernière en date, c’est la crise énergétique que vit la Chine en ce moment, qui la contraint à mettre en pause une partie de ses usines. L’envolée des prix du charbon et la météo à l’été 2021 ont rendu la situation très difficile dans le pays : la demande en climatisation a été beaucoup plus importante que prévu, et la production des barrages hydroélectriques moindre. Afin de lutter contre le changement climatique, la Chine a, qui plus est, fixé des objectifs de réduction d’émissions à ses régions et tancé, cet été, celles qui n’étaient pas dans les clous, soulignent Les Échos. Pour corriger le tir, certaines régions ont donc mis en place de nouvelles restrictions.

Résultat, la Chine n’a en ce moment pas assez d’électricité pour répondre aux besoins des particuliers et des entreprises. Dans certaines régions, la climatisation est restreinte, tout comme les horaires des centres commerciaux et l’éclairage public. Et de nombreuses industries (aciéries, usines textiles, etc.) tournent au ralenti. C’est notamment le cas de fournisseurs de groupes tels qu’Apple et Tesla, qui ont parfois dû stopper leur production pendant plusieurs jours.

Le coût du transport de marchandises a explosé

D’autres facteurs avaient cependant déjà semé le désordre dans les circuits de fabrication et de distribution des produits usuels. Le chaos causé par le célèbre cargo Ever Given dans le canal de Suez, en mars 2021, et la fermeture temporaire de certains ports (notamment l’immense port de Yantian en Chine) ont ajouté aux difficultés, dans l’acheminement des produits. Et depuis le début de la pandémie, le prix du transport de marchandises a explosé. Le tarif à débourser pour louer un conteneur de 40 pieds a ainsi augmenté de 650 %, indique ainsi BFMTV.

L’apparition de clusters dans certaines zones de l’Asie, pas suffisamment approvisionnées en vaccin contre le covid-19, a également entrainé la fermeture temporaire de certaines usines. À cette situation très difficile, s’ajoute la pénurie de semi-conducteurs dont on vous parlait en juin dernier, et qui sévit malheureusement toujours. Les confinements que des pays producteurs ont dû mettre en place ont significativement réduit la production de semi-conducteurs. Or ces composants sont désormais utilisés dans un grand nombre d’appareils du quotidien : de nos smartphones à nos voitures, en passant par nos consoles de jeu et notre électroménager connecté. Sur les cartes graphiques, la pénurie se ressent particulièrement, car les mineurs de cryptomonnaies en achètent en masse.

Tous ces facteurs combinés entraînent de vraies difficultés d’approvisionnement, qui se traduisent par des retards de livraisons dans le meilleur des cas, et des pénuries dans le pire. Et il y a fort à parier que la situation s’aggrave dans les prochains mois : les fêtes de fin d’année approchent, et le pic de consommation avec.

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