Cela fait un an que le jack a disparu de mon quotidien et dans les conditions d'utilisation d'un smartphone, je n'y reviendrai pour rien au monde.

Depuis l’iPhone 7 sorti en 2016, le phénomène est source de toutes les discordes et de toutes les déclarations : [insérez ici le nom d’un smartphone] sortira-t-il avec une prise jack ? Apple en a fait une posture à la sortie de son smartphone noir de jais et a tendu le bâton pour se faire troller avec son fameux it takes courage, repris des milliers de fois pour rire de changements drastiques sur un objet technologique ou un autre.

Depuis, la querelle qui oppose de nouveau les anciens et les modernes n’a pas cessé. L’existence de la petite prise ronde devient un argument, un cheval de bataille, comme pourraient l’être le respect des données de l’utilisateur ou la promesse d’une production plus respectueuse de l’environnement et de l’humanité. Le port jack cristallise un combat que tout le monde comprend.

Les arguments contre sa disparition sont loin d’être nuls et non avenus. On peut les résumer ainsi :

  • L’absence de prise jack oblige à racheter du matériel compatible USB-C ou Lightning ou à utiliser un adaptateur.
  • L’absence de prise jack fait perdre en qualité d’écoute globale.
  • L’absence de prise jack impose une latence plus élevée.

Il y a un an, Apple m’imposait l’abandon du jack sur son smartphone annuel. À Noël 2016, je demandais mon premier casque Bluetooth haut de gamme, le Bose QC35 à réduction de bruit active. Aujourd’hui, cela fait un an que j’utilise cet appareil sur mes différents smartphones et je n’ai pas eu une seule fois envie de revenir à l’époque des câbles.

Briser la chaîne Hi-Fi

Tous les arguments des défenseurs de la prise jack sont bons, mais regroupés, ils passent malheureusement à côté de la reconstruction de la consommation multimédia aujourd’hui — notamment autour des services de streaming audio et vidéo. Effectivement, si l’on ne veut pas utiliser l’adaptateur jack vers Lightning d’Apple par exemple, qui est au demeurant fort bon d’après les tests de Qobuz, il faut investir dans un casque Bluetooth. Les modèles avancés sont encore chers, sans parler du marché des écouteurs Bluetooth qui est au mieux balbutiant — rien n’arrive à la cheville des AirPods d’Apple niveau usage, mais pour un sacrifice côté son que peu de mélomanes sont prêts à faire.

Cela dit, ce serait malhonnête d’affirmer que des écouteurs sont des produits qui ont un long cycle de vie. Autour de moi, difficile de trouver quelqu’un qui ne casse pas les siens en moins de 3 mois. Racheter du matériel audio nomade parce qu’il n’est pas solide (ou que les utilisateurs ne sont pas prudents) est une habitude et ce ne sont pas les casques Bluetooth ou les écouteurs USB-C qui vont y changer quelque chose.

En revanche, mon expérience du QC35 m’a prouvé de nombreuses fois sa solidité : il a survécu à des chutes, à la pluie, au froid et à la chaleur sans la moindre trace d’usure. Côté prise, c’est encore plus vrai : sur les iPod que j’utilisais plus jeune, le port jack était la première faiblesse du matériel. Je me souviens encore des bouts d’aluminium à enrouler autour des prises casque pour que les contacts se fassent. Avec un casque Bluetooth, l’usure de la prise Lightning / USB-C est quasi nulle : elle n’est utilisée que lors d’une recharge, a priori au calme, sur un bureau ou une table de nuit.

Le jack vivra où il fait véritablement la différence

Pour ce qui est de la qualité, je mentirais si je disais que je percevais une différence flagrante, dans le métro parisien, dans un train ou dans la rédaction entre une écoute depuis un smartphone à jack ou sur mon casque. Le fait est qu’avec des services comme Apple Music ou Spotify qui de toute façon compressent les morceaux, la chaîne de la haute fidélité est brisée quoi qu’il arrive.

Qu’on puisse constater une différence entre un casque Hi-Fi rattaché à un amplificateur lui-même connecté à un système diffusant du Qobuz ou des morceaux lossless et un casque Bluetooth, même haut de gamme, je veux bien l’entendre. En revanche, si vous utilisez un service de streaming, un smartphone dont le constructeur n’a pas investi dans un bon DAC (LG en a un bon sur son V30) et un casque ou des écouteurs grand public, la différence tient probablement du placebo.

Quant à la latence, difficile de trouver des applications mobiles grand public qui vont être inutilisables à cause de l’imperceptible hausse. Des professionnels de la musique qui mixent en temps réel pourraient avoir à y redire, mais cela nous étonnerait qu’ils n’aient pas un équipement adhoc pour leur métier.

Don’t you come back no more

In fine, tous ces arguments n’ont jamais réussi à me toucher ou me convaincre dans mon usage quotidien d’un casque Bluetooth, qui m’apporte en plus une liberté de mouvement inégalée et un confort particulier dans les environnements bruyants grâce à la réduction de bruit — qui existe aussi en filaire. La seule chose que je regrette, c’est la qualité du micro qui est loin d’égaler celle d’une télécommande de casque — puis avec un casque fermé, j’ai toujours la sensation de crier ou de ne pas parler assez fort. Bref, il y a une marge de progression sur ce point que les constructeurs peuvent encore conquérir.

Si demain un constructeur sortait un smartphone sans prise du tout, cela ne changerait pas ma vie.

Tout cela pour dire que, en choisissant un casque décent — et il en existe des tas bien moins chers que le QC35 –, le débat sur le port jack a complètement disparu de ma perception d’un objet technologique. Si demain un constructeur sortait un smartphone sans prise du tout, rechargeable par induction, cela ne changerait pas ma vie. En revanche, faire un pas vers le sans-fil m’a apporté tellement de confort quotidien que j’ai aussi troqué mon casque d’ordinateur à fil pour un casque Bluetooth.

Comme cet avenir sans fil est compatible avec 99 % des usages et des usagers, il semble ne plus laisser vraiment de chance à la prise jack massivement distribuée comme elle l’a été ces dernières décennies. Que les puristes ne s’inquiètent pas pour autant : elle vivra encore longtemps là où elle fait vraiment la différence, c’est-à-dire dans des configurations où la chaîne de l’audio haute fidélité n’est pas brisée. Pour le reste, Bluetooth et USB-C ont déjà gagné — reste à Apple à adopter le standard pour décider l’industrie de l’audio une bonne fois pour toutes.

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