Ami(e)s de la démesure, nous sommes fiers de vous présenter le Razer Blade Pro. Nous avons pu faire souffrir la machine haut de gamme de 2016 de Razer pendant une quinzaine de jours. Voici notre verdict.

Il n’est pas rare de lire sur Numerama des articles qui déplorent l’association systématique des constructeurs entre « gamer » et néons rouges, plastique disgracieux et autres finitions agressives, ressemblant à des lames. Aujourd’hui, le joueur sur PC a grandi et n’a pas forcément envie d’avoir un engin tout droit sorti de Warhammer 40 000 sur le bureau en bambou de son intérieur Muji. Bien entendu, tous les goûts sont dans la nature et tous se valent : le problème, c’est que l’offre est abondante d’un côté et inexistante de l’autre.

Alors quand on a vu que Razer sortait une déclinaison de son Razer Blade Stealth « sans concession », on s’est dit qu’on avait peut-être devant les yeux un ordinateur portable sans compromis et au design sobre. Cet engin vendu près de 4 000 € est tombé entre nos mains et nous avons eu la chance de pouvoir le tester sur du jeu vidéo et sur du montage vidéo. En somme, deux types de tâches qui mettraient à genou des ordinateurs portables conventionnels qui ne sont pas conçus pour.

Des tâches enfantines pour le Blade Pro ?

Configuration et prise en main

Ne gâchons pas notre plaisir d’énumérer les caractéristiques de cet engin de la démesure. Contrairement aux autres ordinateurs qui jouent dans cette gamme gamer, le Blade Pro de Razer n’a fait que peu de compromis, ni sur la technique, ni sur les finitions. Commençons par le visible. En ouvrant le laptop, on se trouve en face d’un écran de 17,3 pouces IGZO Ultra HD (défini en 3 840 x 2 160 pixels) tactile multipoints. Il possède des angles de vue de 170 degrés et a été certifié 100 % Adobe RGB (ce qui signifie qu’il propose une couverture quasi complète des couleurs du spectre visible à l’œil et doit avoir un minimum d’erreurs pour les distinctions entre les couleurs proches).

MacBook Pro for scale

Un peu en-dessous se trouve un clavier complet… mécanique. La frappe est sèche et rebondit bien, le clac clac est omniprésent et évidemment, tout l’intérêt est d’avoir un clavier anti-ghosting (plusieurs touches peuvent être tapées en même temps). Le grand pavé tactile prend la place du pavé numérique. Il se trouve sur la droite du clavier, dans un endroit peu commun pour un portable. Spoiler : vous allez devoir vous y faire. Nous avons mis plusieurs heures avant d’arrêter de mettre nos doigts sur le repose main où se trouve habituellement le trackpad.

Côté ports, on pourrait appeler cela une anti-Apple. On trouve 3 ports USB 3.0, un port HDMI 2.0, un port USB Type-C Thunderbolt 3, un lecteur de carte SD, un port Ethernet et une prise jack. Autant dire que vous aurez de quoi brancher à peu près tout et n’importe quoi. Notez que contrairement aux autres grands du marché (Asus ou Acer pour ne pas les citer), l’alimentation du Razer Blade Pro est d’une taille décente. Elle est grosse, c’est une évidence, mais elle n’est pas démesurée.

Passons maintenant aux entrailles. Razer a choisi un processeur Intel Core i7-6700 HQ cadencé à 2,6 Ghz sur 4 cœurs. Un mode turbo pour faire monter la fréquence à 3,5 Ghz est prévu en version « stock », sans bidouille de votre côté. Il est associé à une Nvidia GTX 1080 avec 8 Go de VRAM et 32 Go de RAM DDR4. Côté stockage, on trouve soit 2×256 Go en PCIe M.2 Raid 0, soit la même chose avec 1 To ou 2 To de stockage. La carte Killer DoubleShot Pro s’occupe, de son côté, de gérer le Wi-Fi (a/b/g/n/ac) et la connexion Ethernet (avec son interface de configuration horrible, imitant les heures sombres de Windows 8.)

Le tout, dans un boîtier mesurant 22,5 mm de haut, par 424 mm de large et 281 mm de profondeur, pour un poids sec (on vous ne conseille pas de l’humidifier) de 3,54 kg. Cela peut sembler lourd, mais relisez les paragraphes précédents : c’est une prouesse d’ingénierie que de faire entrer toutes ces choses dans un si petit espace.

Et c’est l’un des points les plus convaincants de ce Razer Blade Pro : la prise en main est excellente. L’engin n’est pas colossal, il se transporte sans trop de problème et on imagine bien l’emporter en vacances comme ordinateur de jeu. Ou, comme Razer l’a mentionné, dans une LAN Party.

Il a aussi l’avantage de ne pas nous faire passer pour des ados nostalgiques : certes, le clavier brille par défaut de mille feux mais vous pouvez l’éteindre ou choisir une couleur sobre. Seul le logo reste typé g4m3rz et c’est peut-être la dernière chose que Razer doit changer dans sa route vers la maturité : un public professionnel ou adulte attend des ordinateurs de ce type. Les finitions en aluminium sont excellentes et le choix d’un noir mat ne plaira peut-être pas à tout le monde, mais il a l’avantage de la sobriété. Nous sommes conquis.

Un ordinateur pour les joueurs

Razer étant une marque de gamer, nous avons testé le Razer Blade Pro avec des jeux. Bien entendu, Overwatch ou Rocket League étaient de la partie, mais nous l’avons poussé dans ses retranchements avec des titres plus exigeants comme Battlefield 1 ou The Witcher 3. À chaque fois, nous avons poussé les détails au maximum permis par les jeux, histoire de bien montrer que la bête testée n’est pas un jouet pour enfant.

Ne passons pas par quatre chemins : le Blade Pro ne nous a jamais laissé tomber. Des parties effrénées de Rocket League au team play exigeant d’Overwatch en passant par les tranchées de Battlefield, l’ordinateur n’a jamais montré de signe de faiblesse. En même temps, il faut rappeler qu’il embarque une configuration plus puissante que tout ce qu’on pouvait avoir autour d’une Nvidia 980, haut de gamme de la génération précédente qui fait encore tourner la majorité des jeux vidéo.

Il faut souligner que l’engin est complètement prêt pour la réalité virtuelle et peut prévoir un peu dans le futur sans trop se faire de souci. Au Mobile World Congress de Barcelone, HTC utilisait des Razer Blade Pro aux côtés d’ordinateurs de MSI pour faire tourner ses simulations les plus exigeantes sur le HTC Vive. Il fallait donc faire tourner le logiciel, le casque mais également, parfois, un logiciel de captation vidéo qui enregistre l’action virtuelle tout en incrustant en temps réel la personne qui joue sur fond vert. Tout cela, sans broncher : le Razer Blade Pro en est capable.

Enfin, sans broncher est grand mot. On s’y attendait un peu et le Blade Pro ne nous a pas déçus sur ce point : il souffle. Fort. Très fort. Plus fort qu’une Surface Pro 4. Quand quelqu’un joue à 10 mètres de vous dans un open space, vous l’entendez beaucoup. C’est rassurant sur le fait que la chaleur circule bien et est bien évacuée de la GTX 1080, mais on arrive à un niveau de bruit qui entre dans le dérangeant. Après, il est assez clair que vous allez jouer avec du son et que le son va pouvoir couvrir la soufflerie qui deviendra un arrière-plan moins désagréable. Si vous mettez un casque, c’est encore mieux : avec un bon modèle, vous n’entendrez que votre jeu. L’évacuation thermique a été bien pensée, ce qui fait que vous ne sentirez d’ailleurs pas trop la chaleur sur le clavier.

Du côté de la personnalisation du clavier, notre jugement est le même que celui que nous faisions lors du test du Blade Stealth. Nous ne comprenons pas l’intérêt d’avoir des touches qui suivent les fonctions d’un jeu : au-delà de l’aspect cool les premières minutes, c’est contre-intuitif au possible dans la mesure où un joueur connaît normalement ses touches par cœur. De même, les actions disponibles sont toutes matérialisées à l’écran : regarder le clavier, c’est perdre du temps.

Si cela était un plus pour ceux qui aiment sans un moins pour d’autres nous n’y verrions rien à redire. En revanche, la technologie de Razer, qui permet d’illuminer individuellement chaque touche, a deux points faibles qui auraient été évités par une autre technologie moins bling bling. Le premier, c’est le driver Razer, qui est plutôt pénible (il vous demande par exemple de créer un compte pour accéder aux paramètres… autant vous dire qu’on a tendance à fermer 50x la popup au démarrage plutôt qu’à s’identifier). Le deuxième, c’est que ceux qui sont sensibles à l’effet DLP verront des arc-en-ciel en permanence, quelle que soit la couleur, et devront soit s’habituer, soit éteindre les touches et jouer sans rétroéclairage. Nous sommes plusieurs à la rédaction à y être sensible et cela nous a clairement gêné.

Reste que ce sont de petits points faibles qui sont loin de masquer le régal général qu’a été l’utilisation du Blade Pro pour jouer — devenu en un tournemain le PC le plus puissant de la rédaction.

Pour les pros, vraiment ?

Passons maintenant à la troisième partie du nom de ce laptop : c’est un Razer Blade, certes, mais c’est surtout un Razer Blade Pro. Il est évident qu’on peut cocher d’office la case « bureautique » : si votre utilisation d’un PC tourne autour du traitement de texte, des tableurs, des présentations, de la modification simple d’image ou de la réalisation de .PDF (même très lourds), cet engin est surdimensionné pour vos usages. Il fera tout cela sans le moindre problème, tout en faisant tourner un petit Battlefield 1 tout à fond dans un coin pour se maintenir en forme.

De même, la plupart des tâches lourdes ne lui posent pas vraiment de problème. Un rendu vidéo, un rendu 3D ou de la virtualisation ne sont pas des choses qu’une 1080 ou un Intel 6700HQ ne sont pas capables de faire. Il a été utilisé chez nous en station de travail par notre monteur, qui a fait tourner la suite Adobe sans problème, sur toutes les tâches que nous lui demandions au quotidien.

Reste que le Razer Blade Pro n’est pas un perfect pour tous les professionnels. Cela tient principalement à trois raisons que nous allons détailler et qui, peut-être, sont déterminantes pour votre métier.

La première, c’est Windows 10 et sa mise à l’échelle. Sur un écran 4K, la plupart des applications qui ne sont pas nativement développées par Windows sont soit ridiculement petites, soit floues. Le système de mise à niveau des polices n’est pas efficace et seul un fix logiciel comme celui que nous détaillons ici pourra vous rendre la vie plus agréable. Néanmoins, ce n’est pas une solution miracle et nous espérons que Microsoft parviendra à trouver une solution, dans la mesure où l’éditeur ne peut pas contraindre ses partenaires développeurs outre mesure. Le fait est qu’en 2017, la situation frise le ridicule : certains boutons qui ne font que quelques pixels sont tellement petits qu’ils en deviennent difficilement accessibles.

Sur les screenshots ci-dessous, vous pourrez peut-être vous en rendre compte. Vous pouvez normalement lire Battlefield 1 au milieu de l’écran et « Mettre en pause le téléchargement » ou « Amis qui jouent ». Maintenant, essayez de lire le premier mot du menu en haut à gauche. Voilà le problème.

La deuxième nous vient tout droit de nos designers et a été confirmée récemment par Anandtech qui a effectué des mesures colorimétriques poussées. L’écran 4K certifié Adobe RGB proposé par Razer est en effet plutôt mal calibré pour un engin de ce prix. De plus, viser une certification Adobe RGB n’est pas au goût de tout le monde : beaucoup de graphistes et photographes travaillent avec la norme sRGB (standard RGB). Sur une machine de ce genre, on aurait aimé pouvoir choisir entre deux profils colorimétriques et voir un constructeur faire des efforts en direction d’un standard beaucoup plus généralisé dans le workflow des professionnels de l’image. C’est d’autant plus dommage que les résultats pratiques par rapport à l’Adobe RGB ne sont pas non plus excellents. Reste que less angles de vue, eux, sont bluffants.

Crédits : Anandtech

La troisième est plus anecdotique mais frustrera à coup sûr ceux qui aiment avoir… le meilleur. En effet, quand vous achetez un laptop à près de 4 000 €, vous souhaitez qu’il soit sans concession. Problème, Razer est parti sur un processeur haut de gamme, le 6700HQ d’Intel, mais pas le plus haut de gamme, qui serait aujourd’hui le 6920HQ pour un laptop. Cela aurait donné au constructeur une longueur d’avance sur la concurrence et donné aux nerds amateurs d’extrême une sensation de plaisir fort agréable.

Ces trois arguments ne sont pas disqualifiants pour le Razer Blade Pro. Nous avons pris soin de les noter ici par souci d’exhaustivité et au vu du prix de la machine. Il est fort possible qu’aucun d’entre eux ne compte pour vous. Après tout, aucun autre modèle aujourd’hui ne réunit les performances de cette machine dans une taille si compacte.

En bref

Razer Blade Pro 2016

Note indicative : 4/5

Le Razer Blade Pro est un ordinateur portable de la démesure. Ses caractéristiques techniques le placent en compétition directe avec la plupart des ordinateurs de bureau -- seuls les configurations de joueurs ou de professionnels exigeants rivalisent avec les entrailles de cette bête. 

Tous les défauts relevés sur cette machine ne sont pas rédhibitoires : c'est simplement qu'à ce prix, nous devenons très exigeants. Les joueurs qui cherchent une machine nomade confortable seront comblés, les professionnels qui veulent pouvoir travailler dans de bonnes conditions où qu'ils soient également. 

Top

  • Démesuré mais sobre
  • Machine de jeu mobile ultime
  • Difficile à prendre en défaut

Bof

  • L'écran en-deça des ambitions
  • G-Sync qui déconne un peu
  • Les drivers Razer / Killer

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