Avec Wolfenstein II: The New Colossus, Bethesda nous donne une leçon de jeu vidéo à défaut d’une leçon d’histoire. Le FPS prend date.

Ah les nazis… Très certainement les méchants — humains — les plus faciles à tuer tant le mal qu’ils représentent n’induit aucun sentiment de pitié quand il s’agit d’appuyer sur une gâchette. On aime tuer des nazis et, demain, on aimera toujours tuer des nazis. Par dizaines, par centaines, par milliers.

Et c’est précisément sur cet argument que se focalise Wolfenstein II : The New Colossus, nouvel opus de la célèbre franchise dans laquelle l’ennemi a un nom à résonance historique : le IIIe Reich et toute la lie qu’il a enfantée. Le FPS développé par MachineGames est un rejeton de plus de cette vaste lignée qui n’est pas près de prendre fin. Parce que, faut-il le rappeler, on aimera toujours tuer des nazis.

Retour aux affaires

Wolfenstein II : The New Colossus reprend logiquement là où s’est arrêté le premier opus. William B.J. Blazkowicz, laissé pour mort, n’a toujours pas passé l’arme à gauche. Par son ambidextrie, il est d’ailleurs plutôt du genre à passer l’arme à gauche, mais aussi à droite pour faire toujours plus de dégâts dans l’armée adverse, les nazis ayant gagné la Seconde guerre mondiale et contrôlant, de fait, le monde. Naturellement, des cellules résistantes se sont organisées un peu partout et il faudra les rassembler pour solidairement renverser le pouvoir établi.

Le FPS repose donc sur une uchronie, plus loufoque que prospective. On sent d’emblée le parfum jusqu’au-boutiste, consistant à aller au bout des idées, ne faisant aucun compromis scénaristique ou visuel pour le karma de la bienfaisance. Les scénaristes du studio n’ont strictement rien oublié en route et n’hésitent jamais à utiliser des mots pour donner naissance à une intrigue qui fait directement écho au contexte américain de 2017. C’est une coïncidence, bien sûr, mais elle mérite d’être soulignée et a notamment fait naître une mini polémique au sein des communautés d’extrême droite.

Leçon d’écriture

Il faut comprendre que Wolfenstein II : The New Colossus est satirique, très second degré, voire IIIe degré, et qu’il faut le prendre tel qu’il est : à savoir comme un vaste cirque rempli de clowns plus barrés les uns que les autres, capables par exemple de parler régime alimentaire en pleine exécution. Du Tarantino dans le texte, avec son humour corrosif, MachineGames désamorce l’univers flippant de son jeu, l’aseptise, adoucit son ton.

C’est une vraie leçon de narration et d’écriture, accouchant d’une expérience faisant passer par toute une ribambelle d’émotions : du rire, du dégoût, de l’émerveillement. Tout sauf des larmes, sinon de joie. On regrettera juste un manque d’inspiration du côté des boss, qui n’en sont pas vraiment de toutes façons.

Au milieu de tout son univers manichéen dans lequel le Ku Klux Klan a le droit de cité, Wolfenstein II : The New Colossus parvient tout de même à toucher la corde sensible au travers de la construction de son héros. B.J., gros ricain de base un peu beauf, mais attachant, est un martyr devant l’éternel : toute sa vie il tombera, toute sa vie il se relèvera. Malgré les doutes qui l’habitent (la peur d’abandonner sa femme et de ne pas voir ses enfants grandir) et le baroud d’honneur qui se dessine, inéluctablement. Ce côté plus intime, très inattendu, renforce le story-telling et donne du corps et du cœur au récit s’articulant autour d’une bande de freaks.

Jouissance perpétuelle

Oupsie

Mais Wolfenstein II : The New Colossus n’a pas oublié d’être un excellent FPS non plus. Reposant sur les forces de ses prédécesseurs, il se concentre avant tout sur le plaisir de tuer des nazis associé à un feeling old-school. Très old-school même. Dès lors, on tue des ennemis à la pelle, on fait gaffe à sa jauge de vie et à l’état de son armure, lesquels ne remontent pas seuls, on prend une arme dans chaque main pour toujours plus de jouissance ultra gore. Et, et cela rappellera des souvenirs à certains, on fait souvent des sauvegardes manuelles parce qu’on peut vite tomber sous les balles et qu’il apparaît vite nécessaire de pallier l’espacement des checkpoints.

Sans surprise, on dispose d’un arsenal digne de ce nom pour enchaîner les abattoirs goûteux. Sur ce point, on tiquera simplement sur le fusil à pompe automatique, qui change totalement la donne en termes d’appréhension du défi, ardu de prime abord, mais beaucoup moins que prévu en raison de certaines armes, trop évolutives à la faveur de kit d’amélioration à ramasser. Dans le même ordre d’idée, B.J. peut se perfectionner en fonction de la manière de jouer de tout un chacun, soit en répétant des actions simples et naturelles. Pour une progression invisible et sans aucune prise de tête (traduction : sans point à distribuer, ni de sacrifice à faire).

Il faut reconnaître en outre que MachineGames a suffisamment bien bossé le level design pour laisser un tantinet de choix aux joueurs. Pour s’en convaincre, on citera volontiers l’introduction : on commence le jeu sur un fauteuil roulant, avec tout ce que cela implique en termes de déplacements limités et de trouvailles dans le décor pour contourner ce handicap (car non, on ne pourra pas monter des escaliers).

L’horreur jolie

Wolfenstein II : The New Colossus n’a pas son pareil non plus quant à son contenu, plus généreux qu’il n’y paraît. Comptez une petite quinzaine d’heures pour en voir le bout, mais bien plus pour obtenir tous les collectibles, terminer toutes les missions secondaires prenant place dans le sous-marin hub et pour dézinguer les généraux nazis optionnels, nichés dans des quartiers déjà visités dans l’histoire. Un excellent moyen de prolonger le plaisir et le massacre, dans la joie et la bonne humeur.

Si le studio a soigné le fond, il est loin d’avoir oublié la forme. Non content d’avoir imaginé des paysages plutôt réussis artistiquement parlant (mention spéciale au Manhattan délétère et ravagé façon Metro), il livre un écrin très agréable à l’œil nonobstant les horreurs qui défilent et les excellents bruits de guerre qui retentissent. Nonobstant, aussi, les quelques défauts qui subsistent (les transitions gameplay vers cinématique accrochent un peu parfois). Qu’importe : c’est beau et, plus important, c’est ultra fluide. Une condition qu’il fallait assurer compte tenu de la promesse initiale : en temps de guerre, les ralentissements n’ont pas lieu d’être.

Wolfenstein II : The New Colossus est disponible pour 49,99 euros sur PC, PS4 et Xbox One.

En bref

Wolfenstein II: The New Colossus

Note indicative : 5/5

Avec Wolfenstein II: The New Colossus, MachineGames n’invente rien. C’est un fait. Mais Dieu sait que le studio fait les choses bien, plutôt très bien même, pour livrer une pure expérience mêlant écriture fine et gros guns propres à tout dézinguer. Un vrai tour de force, tout en maîtrise, qui nous fait dire qu’il s’apparente à une leçon de jeu vidéo. 

Absurde, effrayant, WTF, rempli de symboliques fortes, référencé, jusqu’au-boutiste, extrême ou encore bien fichu, Wolfenstein II: The New Colossus est un FPS sans compromis qui n’hésite jamais à bousculer pour s’imposer comme un titre majeur. Tout simplement parce qu’il ose aller au bout de ce qu’il a entrepris. Sinon, on vous a dit qu’on aimera toujours tuer des nazis ?!

Top

  • Un univers loufoque et bien écrit
  • Un FPS jouissif et maîtrisé
  • Graphiquement joli

Bof

  • Le fusil à pompe auto
  • On en veut plus
  • Il manque un boss mémorable

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