La série The Defenders débarque sur Netflix avec son quatuor de héros urbains. Une forme d'Avengers télévisuel qu'organise Marvel cet été, mais de manière un peu forcée et anecdotique. Autant lui préférer ces bonnes vieilles histoires papier, notamment celles qui ont pu inspirer, de près ou de loin, la dernière série de Douglas Petrie, Marco Ramirez et Drew Goddard.

Les Defenders originaux

Commençons par un sujet qui fâche : à l’origine, les Defenders ne sont pas du tout une équipe urbaine réunissant les héros défendant les rues de New York. Le concept, né dans les pages de Marvel Feature #1 en décembre 1971 de la main de Roy Thomas, réunit différents héros à l’origine solitaires afin d’affronter, quand c’est nécessaire, des menaces mystiques et galactiques. Sous le leadership de Docteur Strange, on peut ainsi retrouver de fortes personnalités comme Hulk, Namor ou encore le Surfer d’Argent.

De nombreux héros ont également rejoint les rangs des Defenders, qui contrairement aux Avengers, ne se structurent pas réellement comme une équipe installée, mais plutôt comme des collaborations nécessaires face à des menaces qui dépassent leurs individualités respectives.

Panini Comics a eu la bonne idée de proposer une réédition des premiers épisodes de The Defenders — prévue pour le 9 septembre prochain — afin de faire découvrir la série originale au public français. L’occasion d’y découvrir les planches de Sal Buscema, et des histoires riches et ancrées dans une époque assez dynamique pour Marvel. L’éditeur a bien proposé, en VO, une nouvelle version urbaine des Defenders, écrite par Brian Michael Bendis, mais elle n’est toujours pas arrivée en France.

Daredevil, l’âme torturée de Bendis

Tout commence avec Brian Michael Bendis. Au début des années 2000, fort du succès de plusieurs polars, le scénariste américain se voit confier la série Daredevil, relancée par Kevin Smith deux ans plus tôt. En presque 60 épisodes, Bendis va raconter la descente aux enfers de Matt Murdock après une tentative d’assassinat du Caïd, qui avait prévu en cas de disparition de révéler l’identité de l’Homme Sans Peur aux habitants de la Grosse Pomme. S’en suit alors une longue aventure, tantôt flamboyante, tantôt dramatique, qui va amener de nombreux héros à venir prêter main-forte au diable de Hell’s Kitchen.

Cette série — réunie en quatre tomes dans la collection Marvel Select de Panini Comics — est la première occasion pour Bendis de s’amuser avec l’univers Marvel. Si son héros cornu le fascine, et que tout son développement est l’un des plus passionnants de l’histoire du personnage — avec les travaux de Frank Miller et Ed Brubaker —, le scénariste en profite pour lui offrir un team-up avec Luke Cage et Iron Fist ou aussi lui faire croiser la route de Black Widow et Jessica Jones.

Bien aidé par les dessins sublimes d’Alex Maleev, le scénariste offre parmi les meilleures pages de l’histoire du personnage, tout en révélant un style de dialogue particulier et très télévisuel. Un must have, que vous suiviez les séries Netflix ou pas du tout.

Jessica Jones, la muse de Bendis

Même scénariste, mais tout autre personnage. Pendant que Brian Michael Bendis se révèle au lectorat avec son travail sur Daredevil, il lance une série policière un peu particulière du nom d’Alias (à ne pas confondre avec la série de J.J. Abrams) et y crée un personnage : Jessica Jones. Cette ancienne superhéroïne s’est reconvertie en détective privé et a sa propre société avec Alias Private Investigations.

Comme pour Daredevil, la psychologie de son personnage principal va être le terrain de jeu particulier du scénariste, lui faisant notamment affronter Purple Man, un télépathe qui va la contrôler pour l’envoyer tuer Murdock. Tout au long d’une première série de près de vingt-huit épisodes, où elle y rencontrera nombreux héros dont Luke Cage, avec qui elle va lier une affinité particulière, Jessica Jones va gagner en épaisseur, en dramaturgie, et va devenir la muse de son auteur, qui n’aura de cesse de poursuivre son destin dans les pages d’autres séries — comme The Pulse, mais surtout les multiples titres Avengers qu’il va écrire.

Inspiration évidente de la série TV de Netflix, le personnage se révèle plus complexe sur papier qu’en streaming. Cette version audiovisuelle a au moins eu le mérite de relancer les aventures de Jones en BD, orpheline de titre depuis l’arrêt des New Avengers de Bendis. Un premier tome vient d’être publié en français — la suite ne devrait pas tarder.

New Avengers, l’équipe urbaine de Bendis

Depuis qu’il est chez Marvel Comics, Brian Michael Bendis n’a jamais écrit autre chose d’aussi ambitieux et complexe. Fort du succès des deux séries précédemment citées, il va débarquer en 2005 sur la série Avengers, alors en perte de vitesse. Pour relancer la machine, il va prendre le contrôle de la continuité globale de l’univers Marvel pour faire exploser l’équipe emblématique et la faire revenir sous le titre New Avengers.

Une version plus urbaine des plus grands héros de la Terre. L’équipe va souvent changer de forme, mais un seul quatuor ne bougera pas tout le long : Spiderman, Wolverine, Luke Cage & Jessica Jones. Après un Civil War qui aura divisé toute la communauté super-héroïque, les New Avengers vont alors devenir des hors-la-loi, auxquels vont s’ajouter Iron Fist ou encore Docteur Strange.

Luke Cage y est le chef, Jessica Jones élève leur enfant au milieu de ce joyeux bazar, Iron Fist viendra prêter main-forte… Quant à Daredevil, il interviendra à quelques rares reprises. Il y a peut-être beaucoup d’épisodes des New Avengers de Bendis — une dizaine de tomes, sans compter certains cross-overs comme Secret Invasion ou Siege —, mais c’est clairement ce qui se rapproche le plus de l’équipe réunie à l’écran par Netflix.

Elektra, la muse mystique de Frank Miller

Pour conclure cette petite liste de lecture — à préférer à la série visiblement un peu fade de Netflix — comment ne pas conseiller du Frank Miller ? Créateur du personnage d’Elektra, que l’on retrouve encore dans le show de Marco Ramirez, il a écrit un texte culte qui a fait du personnage de Daredevil le héros fascinant qu’il est aujourd’hui. Ce travail est réuni en intégralité dans plusieurs Marvel Icons, dont un particulièrement consacré à la tueuse de la Main.

Dans cet ouvrage, deux histoires s’enchaînent : d’abord, Elektra Assassin, dessiné par Bill Sienkiewicz. Le récit en huit chapitres s’avère être un exercice de style assez poussé, sorti très peu de temps après l’historique Dark Knight Returns. Frank Miller va ainsi explorer la psyché complexe de son héroïne pour offrir une œuvre hallucinée, hallucinante, à la fois too much et pourtant sensible. Une BD très graphique, avec un Sienkiewicz en état de grâce.

Elektra Lives Again est plus courte et raconte le retour du personnage après sa mort dans la série principale des années 1980. Dessiné par Frank Miller lui-même, ce graphic novel a gagné un Eisner Award — l’équivalent des Oscars — et offre à son auteur un terrain de jeu totalement vierge pour s’amuser encore un peu avec la relation particulière qui lie Murdock et l’assassin rouge. Ces deux histoires sont toutes aussi incontournables, que vous soyez fan de Marvel ou juste amateur du travail de Frank Miller.

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