Ces derniers jours, certaines organisations catholiques influentes s'insurgent contre Sausage Party. Le film serait selon eux un véritable cheval de Troie, « un dessin animé partouzeur ! » Une lecture bien réductrice du film d'animation, loin d'être toujours pour les enfants...

Lorsque nous vous conseillions la bande-annonce de Sausage Party la semaine passée, nous étions loin de nous douter que nous poussions nos lecteurs vers la débauche et la partouze. Et pourtant, selon la Manif Pour Tous ou encore l’Association des Familles Catholiques, le film d’animation qui a été applaudi aux États-Unis est une vraie menace pour l’intégrité de nos têtes (forcément) blondes.

Le discours de l’association parentale catholique est par ailleurs particulièrement éloquent. L’association écrit : « [Sausage Party], film d’animation donnant l’apparence d’être destiné aux jeunes et aux enfants (à l’image de « Toy Story »), mais dont le contenu est non seulement grossier mais surtout clairement pornographique, sous couvert de second degré et de « politiquement incorrect ».  » Doit-on en conclure que l’association associe par nécessité impérieuse le format (l’animation) au fond ? Ce qui serait assurément une erreur grossière et surtout une ignorance délibérée des chefs d’œuvres pour adulte qui ont marqué l’histoire de l’animation.

Par ailleurs, concernant Sausage Party, on doit souligner que même si pour certains parents le film semble ressembler à Toy Story, ce dernier n’était pas interdit aux moins de 12 ans. Une indication qui nous semble plutôt claire et qui est juste avec ce film qui n’est définitivement pas un film pour enfant.

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Sausage Party est selon nous un excellent divertissement pour adultes, où l’on peut voir, c’est vrai, un champignon et une betterave se donner du plaisir, mais comme l’écrivait le Guardian, c’est également un film politique, intelligent et avec un propos visant justement le dogmatisme des sociétés occidentales.

Le quotidien anglais écrivait dans sa critique « C’est un film pro-raison, une histoire pro-connaissance qui s’oppose avec véhémence à la corruption que l’on trouve dans toutes les religions organisées, mais pas dans un côté athée rentre-dans-le-lard comme Ricky Gervais. En réalité, s’il n’y a qu’un seul message à tirer de ce film, c’est que même si vous pensez qu’une personne est stupide, vous n’allez pas la convaincre en lui mettant le nez dans sa stupidité. Une idée à reconsidérer en ce moment alors qu’on approche d’une élection dans laquelle les soutiens d’un candidat semblent trop idiots pour lacer eux-même leurs chaussures. » Une ode à un film décalé, revigorant et provocant comme on voudrait en voir plus et qui dans le fond comme dans la forme ne pouvait ni plaire aux enfants, ni aux plus dogmatiques des conservateurs.

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Enfin, parce que le rappel semble une opportunité pour partager quelques perles, nous vous proposons d’excellents films d’animations qui n’ont jamais été destinés aux enfants malgré leurs allures de Toy Story.

Valse avec Bachir

Le premier d’entre tous devrait être Valse avec Bachir d’Ari Folman. Un long-métrage d’animation auto-biographique sur la guerre et les conséquences de la violence dans la vie d’un homme. Le héros est alors en train de faire son service militaire auprès des forces israéliennes déployées au Liban, et le jeune homme de dix-neuf ans va devoir s’adonner au jeu inhumain de la guerre civile qui dévisage alors la nation libanaise, profondément divisée. Un film violent dont l’esthétique empreinte aux jeux vidéo et que l’on ne montrera pas à nos enfants. Et pourtant, Valse avec Bachir reste un chef d’œuvre du genre qui a enchanté la croisette.

Persepolis

On peut également parler du fascinant et magnifique Persepolis. Également un film qui a ému Cannes. Véritable cri de liberté à la fois artistique et politique, le long-métrage sur la jeunesse iranienne parle d’amour, de révolutions, de cons et d’identités sans tabou et avec génie. On le conseille également à la Manif pour tous.

Les Triplettes de Belleville

On adore également Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet. Le film décrochera le Prix Lumières en 2004 pour son originalité, ses dessins fabuleux et son histoire unique. Touchant à la fois à l’âpreté des sujets comme la vieillesse, la mélancolie mais également la mafia et le rite initiatique, Les Triplettes de Belleville est un délice singulier, inimitable et acerbe. Un petit quelque chose de Tati sous un coup de crayon merveilleux.

Ghost in the Shell

Enfin, comment ne pas terminer sur un clin d’œil vers le Japon ? La grande industrie de l’animation mondiale a également de très (très) nombreux chefs d’œuvre que nous ne conseillons pas aux enfants. On présentera, puisqu’il est d’actualitéGhost in the Shell. Une adaptation de manga, culte, dans laquelle les cyborgs vivent avec les hommes, les cerveaux se hackent et l’intelligence artificielle prend le pas sur l’humanité. Un drame magnifique et dont la légende continue de durer plus de 20 ans après sa sortie.

Espérons que cette fois-ci cela sera clair pour chacun : le film d’animation n’est pas un film pour enfant. Et heureusement pour nous autres, les adultes.

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