Dans un rapport publié par son équipe de sécurité, Facebook admet que sa plateforme a servi à des campagnes de désinformation politique pendant l'élection présidentielle américaine. En filigrane, l'entreprise évoque l'affaire des emails d'Hillary Clinton et la Russie.

Il aura fallu attendre 6 mois, mais Facebook a finalement fait son mea culpa : oui, le réseau social a été utilisé pour mener des campagnes de propagande politique à l’occasion de l’élection présidentielle américaine. L’aveu n’est pas signé directement de son patron, Mark Zuckerberg — qui affirmait, au lendemain de la victoire de Trump, que son réseau n’avait pas influencé les électeurs tout en minimisant le nombre d’articles de désinformation partagés sur ses pages — mais d’une équipe en charge de la sécurité de la plateforme.

Dans ce rapport de 13 pages, les chercheurs estiment que les phénomènes observés vont bien au-delà des simples fake news : ils préfèrent parler de « campagne de désinformation » menée par des gouvernements étrangers et par des agents externes rémunérés à cette fin. Selon eux, ces manœuvres auraient en effet été opérées manuellement plutôt que par des bots.

Outre la propagation conséquente d’articles de désinformation — grâce notamment à la création de nombreux faux comptes dédiés, ce qui explique potentiellement pourquoi Facebook en a supprimé 30 000 en France peu avant le premier tour de l’élection présidentielle  –, ces campagnes visaient à récolter illégalement des informations privées présentes sur le réseau social pour les dévoiler au public.

Vol de données, faux comptes et partage massif

Des données volées sur d’autres sources, comme des boîtes mail ont aussi été publiées dans ces articles par de nombreux faux utilisateurs « nés » à cette occasion afin de mieux relayer ces théories, d’orienter le débat et donc d’influencer l’opinion. Facebook parle en effet d’« agents mal intentionnés » utilisant ces éléments « dans le but de détruire la réputation de cibles politiques spécifiques ». Ou comment parler de l’affaire des emails d’Hillary Clinton sans la nommer directement, même si Facebook apporte une nuance en affirmant que le volume d’une telle activité était statistiquement très faible par rapport aux autres contenus politiques diffusés pendant les élections.

De la même manière, Facebook ne nomme pas directement la Russie en tant qu’auteur de ces campagnes mais admet que l’enquête de son équipe de sécurité ne «  contredit pas » le rapport rendu en janvier par les services de renseignement américains, qui établissaient son implication dans l’élection.

L’équipe de sécurité Facebook conclut : « Nous devons étendre nos priorités de sécurité des dérives habituelles, comme le piratage de compte, les malwares, le spam et les arnaques payantes, pour prendre en compte des formes de manipulation, telles que des tentatives de manipuler [l’opion publique] et de tromper les gens. » Si l’initiative est louable, elle devrait rendre de moins en moins tenable la position d’équilibriste de Facebook, qui se refuse à devenir un « arbitre de la vérité ».

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