Instagram a diminué la visibilité de la page d’une série lesbienne. Le mot « lesbiennes » est couramment censuré à tort par les réseaux sociaux, car le terme est toujours largement associé aux contenus pornographiques.

Lorsque la page Instagram de la série lesbienne Q publie, le 16 avril, une annonce pour un évènement à venir, personne ne se pose de questions. Pourtant, quelques heures plus tard, les administrateurs de la page reçoivent une notification de la part du réseau social : il y a un problème avec leur publication.

Instagram leur explique que leur « followers sont moins susceptibles de voir » leur publication, car elle ne respecte pas les règles de la communauté concernant « la nudité ou les actes sexuels ». Pourtant, il n’est pas question de sexualité : la publication faisait la promotion d’une rencontre sur le thème de l’auto-financement de projets lesbiens, à l’occasion du lancement d’un crowdfunding pour un film lesbien. « Vendredi 19 avril à 19h30 nous avons le plaisir d’accueillir une soirée de soutien pour le lancement du crowdfunding Q : le film ! À cette occasion nous organisons une table ronde sur le sujet : Quand les lesbiennes s’autofinancent », expliquait le post.

Pas de nudité ou de référence à des actes sexuels dans la publication. Leur seul tort, c’est d’utiliser un terme qui ne plait pas toujours aux algorithmes de modération des réseaux sociaux : lesbiennes.

Le message reçu par les administrateurs de la page Instagram // Source : Capture d'écran Numerama
Le message reçu par les administrateurs de la page Instagram // Source : Capture d’écran Numerama

Le mot lesbienne est souvent censuré sur Internet

Immédiatement après avoir reçu la notification, les administrateurs de la page se sont rendu compte d’un problème. « Nous n’avons pas été entièrement bloqués, mais j’ai vu la très très nette baisse de trafic le lendemain… », raconte l’une d’elle, jointe par Numerama. « Ce post annonce une table ronde sur le financement des projets lesbiens… rien de scabreux donc, hormis le fait que cela parle de lesbiennes ! ».

Cela fait maintenant près d’une semaine que le compte subit un shadow ban : il n’est pas censuré, mais il est moins bien référencé sur Instagram. Ses stories et publications sont moins mises en avant, même pour les abonnés du compte. Bien que les administrateurs aient fait appel de la décision, cela fait une semaine que leur compte patine — et il n’y a toujours pas de réponse de la part d’Instagram. Contacté par Numerama, le réseau social n’avait pas non plus répondu à nos questions au moment de la publication de cet article.

Il est facile de deviner que c’est le terme « lesbiennes » qui pose problème dans la publication. Ce mot a une histoire compliquée sur internet, où il a longtemps été, automatiquement, associé à des contenus pornographiques. Jusqu’en 2019, une simple recherche Google pour le mot « lesbienne » menait vers des sites X. Après de nombreux articles de Numerama, le moteur de recherche a changé les résultats, pour que des contenus informatifs sur le lesbianisme apparaissent en premier. Mais sur d’autres réseaux sociaux, le terme est encore souvent associé à de la pornographique et donc banni.

Facebook a, pendant un temps, censuré aussi des pages comportant les termes « lesbiennes » et Instagram continue de le faire. En 2021, Instagram avait censuré le hashtag #lesbians, qui n’apparaissait plus en stories — exactement pour les mêmes raisons qu’aujourd’hui : le terme était associé à du « contenu susceptible de ne pas respecter les règles ». La plateforme avait reconnu avoir fait une erreur. Mais en 2023, un nouveau problème était survenu : c’était cette fois certaines des publications utilisant le hashtag #lesbian qui étaient injustement masquées.

Ironie du sort, la censure de la publication et le shadow ban du compte de Q a lieu lors de la journée de la visibilité lesbienne — une date internationale qui a pour but de lutter contre l’effacement des personnes lesbiennes. Dans son post, Q expliquait justement que « L’argent c’est politique, et notre visibilité aussi ! ». Une question était posée : « quel est le coût de l’indépendance pour notre visibilité ? ».

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