Un reportage en caméra cachée conduit pour le compte d'une chaîne de télévision britannique a été désastreux pour l'image de marque de Cambridge Analytica. On y voit en effet son patron évoquer des coups tordus et assumer sa proximité avec l'équipe de campagne de Donald Trump. Il a été suspendu.

C’est un reportage en caméra cachée qui devrait avoir de lourdes répercussions dans l’affaire Cambridge Analytica. Diffusé par la chaîne britannique Channel 4, il montre en effet Alexander Nix, le patron de cette firme d’analyse comportementale à des fins politiques, évoquer les méthodes de sa société, ses liens avec la campagne électorale de Donald Trump et l’usage de coups tordus.

À très court terme, le document vidéo a déjà fait une « victime » : Alexander Nix lui-même. En effet, après la diffusion du reportage, le conseil d’administration a annoncé sa suspension « dans l’attente d’une enquête complète et indépendante », indique le communiqué.  C’était bien le moins que pouvait faire le board, mais cela est déjà jugé très insuffisant.

« S’ils pensent que la ‘suspension’ d’un chef d’entreprise correspond au degré de proportionnalité attendu pour ce type de violation massive des données, ils sous-estiment les personnes et les institutions qui se battront pour les droits à la vie privée et pour Facebook afin qu’ils rendent compte de leurs actions », a réagi Claude Moraes, un parlementaire britannique.

Dans le reportage, on entend Alexander Nix affirmer que Cambridge Analytica a « géré toute la campagne numérique » pour Donald Trump, dont potentiellement des actions illicites, et qu’il a lui-même rencontré à plusieurs reprises le président américain lorsqu’il était en campagne. Il a aussi admis que sa société a mené, au profit du camp républicain, une campagne de dénigrement publicitaire contre Hillary Clinton.

Mais ce n’est pas tout : on entend aussi Alexander Nix parler de sous-traitance à d’ex- espions, de pièges sexuels et de corruption, remarque le journaliste Olivier Tesquet. Le patron de Cambridge Analytica explique par ailleurs qu’il utilise ProtonMail et une fonction qui sert à effacer les discussions deux heures après leur lecture — ce qui est fort pratique pour détruire des preuves et limiter la casse en cas de procès.

Face à ces aveux en cascade, le conseil d’administration a tenté de circonscrire l’incendie en affirmant que « les commentaires récents de M. Nix enregistrés secrètement par Channel 4 et d’autres allégations ne représentent pas les valeurs ou les activités de l’entreprise et sa suspension reflète la gravité avec laquelle nous considérons cette violation ».

Cambridge Analytica
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Scandale de Cambridge Analytica

Le scandale de Cambridge Analytica s’inscrit dans le sillage des révélations selon lesquelles des millions de données personnelles ont été siphonnées sur Facebook par le truchement d’une application à visée universitaire. Si les responsabilités des différents protagonistes restent à démêler, en particulier du côté de Cambridge Analytica, le réseau social est lui aussi frappé de plein fouet par la polémique.

Le site est désormais dans une situation de communication de crise pour limiter la casse. S’il évoque un possible « détournement grave de nos règles », le site se dit victime et non pas complice. Il pointe son impuissance face aux détournements qui peuvent survenir avec ses outils de développement, mais le réseau social assure que de de son côté, tout a été fait dans les règles.

En clair, la vraie responsabilité serait à chercher du côté des tiers, pas de Facebook. La commission américaine dédiée au droit de la consommation (Federal Trade Commission), avec qui Facebook a passé un accord en 2011 pour des audits annuels et indépendants sur une période de 20 ans, pourrait toutefois avoir une autre lecture des faits : une enquête serait sur le point d’être lancée, indique Bloomberg.

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