Une enquête conduite en France montre que regarder la télévision sans téléviseur n'est plus aussi marginal qu'autrefois. Un argument pour relancer la taxe audiovisuelle sur tous les écrans ?

Voilà une enquête qui va apporter de l’eau au moulin de ceux qui réclament à cor et à cri l’extension de la contribution à l’audiovisuel public à tous les écrans, c’est-à-dire à tous les autres terminaux qui peuvent diffuser les programmes du service public, qu’il s’agisse des ordinateurs, des smartphones ou des tablettes.

Nos confrères de FrAndroid se font l’écho d’une étude conduite par Médiamétrie qui révèle que 26 millions de téléspectateurs en France regardent chaque mois au moins un programme de TV en passant par Internet, que ce soit une émission diffusée en direct ou proposée en différée.

Télévision soirée
CC Marco Derksen

Jusqu’ici, il n’y a rien de surprenant : après tout, les usages sont mixtes en fonction des besoins. Il est courant d’utiliser à la fois le téléviseur et un autre moyen pour regarder la télévision, parce que les deux programmes intéressant le téléspectateur étaient diffusés au même moment ou parce que l’une des deux émissions était placée dans un créneau horaire peu commode.

Mais ce qui est plus intéressant encore est l’éclairage apporté par Médiamétrie sur les personnes qui regardent la télévision… sans jamais utiliser de téléviseur. Ils sont, d’après l’enquête, un million en France. Le mouvement d’abandon du téléviseur n’est donc plus marginal comme il a pu l’être il y a quelques années, même s’il demeure encore très largement minoritaire.

Le téléviseur n’est plus aussi hégémonique qu’avant.

Surprenant ? Pas vraiment : les solutions actuelles pour se passer du téléviseur ne manquent pas.

Certaines d’entre elles rencontrent même un fort succès, à l’image de Molotov.tv, qui a annoncé début avril avoir franchi le cap du million d’utilisateurs. D’autant que ces plateformes profitent d’un contexte favorable, du fait du développement du haut et du très haut débit sur tout le territoire. Forcément : la vidéo constitue l’usage le plus gourmand en bande passante, surtout si l’on veut de la haute définition.

Évidemment, ce million de Français regardant la télévision sans téléviseur pose la question du financement de l’audiovisuel public. En effet, la redevance TV s’applique aujourd’hui aux foyers dotés d’un téléviseur ; pour le dire autrement, ceux qui profitent la télévision depuis un ordinateur, une smartphone ou une tablette en sont exonérés s’ils n’ont pas de poste chez eux.

D’aucuns diront que ce n’est pas parce qu’on regarde la télévision sur un smartphone, sur une tablette ou sur un PC que l’on regarde les émissions de France Télévisions. Certes, mais c’est comme le téléviseur : même si vous regardez que TF1 ou M6, vous êtes quand même soumis à la redevance. Vous trouvez ça injuste ? La seule solution que l’on voit serait d’accepter un dispositif intrusif qui renseigne les chaînes que les utilisateurs regardent. Pas sûr que cela soit vraiment souhaitable.

Sujet récurrent depuis dix ans

Le gouvernement a abandonné l’idée d’étendre la contribution à l’audiovisuel public aux autres écrans, malgré les prises de position de Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, et Mathieu Gallet, patron de Radio France, préférant plutôt revoir à la hausse le montant annuel dont s’acquittent les Français. Mais peut-être ce sujet occupera le futur exécutif, le sujet ayant percé lors de la campagne présidentielle.

Il faut dire que c’est un véritable serpent de mer. Depuis dix ans, chaque ministre de la culture, de gauche comme de droite, est confronté à un moment ou à un autre à ce dossier : De Christine Albanel à Aurélie Filippetti, en passant par Fleur Pellerin et Frédéric Mitterrand, personne n’y a coupé. C’est aussi le cas d’Audrey Azoulay, qui a pris ses fonctions début 2016.

Et si vous vous demandez comment regarder la télévision sur ordinateur, iOS et Android, consultez notre guide.

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