La mairie de Bressolles veut interdire Pokémon Go. Dans un arrêté, il est demandé à Niantic et The Pokémon Company d'arrêter l'implantation virtuelle des petites créatures sur son territoire.

Pokémon Go a conquis d’innombrables joueurs à travers le monde. Sorti au cours du mois de juillet, le jeu a provoqué un engouement jamais vu auparavant, que l’on pourrait presque décrire comme un phénomène de société. Si le titre a aussi essuyé toutes sortes de critiques depuis son lancement, certaines justifiées, d’autres moins, il a aussi des aspects extrêmement positifs.

Depuis, il n’est pas rare de croiser des joueurs les yeux rivés sur leur écran de mobile au détour d’une rue, en train de tenter de lancer leurs pokéballs sur un de ces petits monstres virtuels. Mais les éventuels joueurs de Bressolles, eux, vont devoir se trouver une autre rue que celles de leur commune. En effet, la mairie de ce village de 800 âmes, situé dans l’Ain, a publié un arrêté prohibant l’ajout de ces créatures sur son territoire.

« L’implantation virtuelle de personnages Pokémon est interdite sur l’ensemble du territoire de la commune de Bressolles », peut-on lire dans le document, avant d’exhorter « The Pokémon Company et Niantic, chacun en ce qui le concerne, d’exécuter le présent arrêté ». Le maire, Fabrice Beauvois, estime en effet que la chasse bien réelle des petits monstres virtuels représente un risque du fait de « l’inattention des piétons et conducteurs de véhicules visionnant leur téléphone ».

D’autres justifications sont mises en avant, comme « l’addiction dangereuse que représente ce jeu vis-à-vis des jeunes populations » (addiction qui n’est pas démontrée, pas plus que celle des jeux vidéo) et le risque de trouble à l’ordre public. En effet, l’arrêté mentionne une situation qui peut « favoriser en soirée et la nuit la constitution de groupes dont il convient de prévenir l’émergence ». Autrement dit, Pokémon Go serait un facteur de trouble à la tranquillité.

Interdiction de circuler pour les Pokémon

Il reste à savoir comment cette interdiction peut être appliquée. L’arrêté parle en effet d’implantation virtuelle des petits monstres. Or la mairie a-t-elle la capacité d’interdire à des créatures fictives de se balader dans ses rues ?

Tous les Pokémon appartiennent à The Pokémon Company et Niantic se charge de les répartir à travers la planète. Les deux sociétés ont ainsi tout à fait le droit de s’opposer à l’arrêté de la mairie de Bressolles et de la contester devant un tribunal administratif.

Il serait d’ailleurs étonnant de voir les deux compagnies se plier à la volonté de la mairie car cette mini-polémique ne devrait pas avoir un impact trop important sur leur image de marque. Cela étant, il peut arriver que des demandes soient entendues, lorsque celles-ci impliquent des lieux qui ne se prêtent vraiment pas au jeu en réalité augmentée. C’est le cas par exemple. des cimetières, des lieux de mémoire ou bien des bases militaires

Ainsi, Niantic avait accepté, début août, de supprimer une arène sur l’ossuaire de Douaumont dans la Meuse. Ce monument a en effet été construit en mémoire de la bataille de Verdun qui a eu lieu lors de la première guerre mondiale. L’entreprise aurait très bien pu refuser mais pour ne pas manquer de respect envers les familles des soldats morts au combat et surtout éviter une bien regrettable controverse qui aurait écorné son image de marque, elle avait choisi de retirer l’arène.

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Des demandes similaires sont venues d’autres lieux de mémoire, comme l’ancien camp d’extermination à Auschwitz, les mémoriaux de la Shoah à Berlin et à Washington, ainsi qu’au musée consacré au bombardement nucléaire d’Hiroshima. La problématique est la même : ces lieux dédiés au recueillement pour les victimes de la guerre sont tellement chargés d’histoire que Niantic ne pouvait pas faire la sourde oreille sans risquer de se retrouver au cœur d’une tempête médiatique.

On a aussi vu des requêtes concernant l’exclusion de la zone contaminée autour de la centrale nucléaire de Fukushima. Ces différents cas de figure ont rapidement fait naître dans le débat l’idée de mettre en place un formulaire dans lequel n’importe qui pourrait suggérer la suppression — ou au moins le déplacement — des éléments du jeu s’ils se trouvent à des endroits inappropriés.

Le maire veut pointer du doigt un vide juridique

Dans le cas de Bressolles, difficile de voir ce qui pourrait forcer les développeurs à accéder à la demande de la commune. Le maire Fabrice Beauvois précise qu’il n’a pas observé d’incident en lien avec Pokémon Go sur son territoire.

Cela étant, il dit vouloir « pointer du doigt un vide juridique qui permet à des entreprises d’implémenter des personnages fictifs sur toutes la planète, comme si c’était un immense terrain de jeu, sans aucune formalité ». Il a ainsi usé de ses pouvoirs de police pour établir l’arrêté d’interdiction, mais il a admis ignorer quelles seront les suites de l’affaire. Il espère toutefois que des mesures seront prises au plus vite.

À lire sur Numerama : Sécurité, religion… Ces pays où Pokémon Go ne peut pas sortir

 

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