15 leçons pour l'industrie du disque
Cédric L. - publié le Mercredi 09 Janvier 2008 à 10h45 - posté dans Musique Numérique
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En ce qui concerne la chute des majors du disque, tout le monde a sa petite théorie. Cette-fois ci, le billet nous vient de Seth Godin, spécialiste marketing et auteur du best-seller "All Marketers Are Liars". Sur son blog, il publie les 15 règles à tirer de l'expérience de l'industrie du disque.

Règle N° 1 : Ce qui est nouveau n'est jamais aussi bien que ce qui est ancien, du moins pour l'instant Présentée comme la plus importante. Cette règle évoque vraisemblablement le fait que les nouveaux modèles économiques induits par Internet ne sont certes pas encore au point, mais qu'ils deviendront meilleurs que l'ancien modèle. "Mais si vous attendez jusque là, il sera trop tard."
Règle N° 2 : Les performances passées ne donnent aucune garantie d'un futur succès Ici, Godin explique le succès de l'industrie du disque. Pour lui, son essor, qui a commencé avec les Beatles et Bob Dylan, était lié à plusieurs facteurs. L'augmentation du pouvoir d'achat des jeunes issus de la génération des baby boomers, la naissance du rock, et l'invention du transistor. "En conséquence, l'industrie du disque construisit d'énormes systèmes. Elle créa une pléthore d'organisations, des grandes surfaces dédiées, une industrie du tour, des marges de profit extraordinaires, MTV, et bien plus encore. C'était un système bien huilé, mais la question clé est : méritait-elle de durer éternellement ? Et la réponse est non."
Règle N° 3 : Les DRM à l'âge numérique relèvent du fantasme de canaliser Cette règle reflète le paradoxe de l'industrie du disque, qui cherche à la fois l'ubiquité tout protégeant ses oeuvres de la copie. "L'industrie du disque est celle qui a dépensé des millions pour faire des vidéos (gratuites) sur MTV. Et maintenant que les transmissions deviennent numériques, elle a compris qu'il n'y avait pas beaucoup de raisons d'acheter une version numérique (via un processus gênant et cher) si elle était libre (et plus facile)." La solution, selon Godin, n'est pas de retirer les morceaux des canaux numériques, mais de changer le business model. "Vous aviez l'habitude de ventre du plastique et du vinyle. Maintenant, vous pouvez vendre de l'interactivité et des souvenirs."
Règle N° 4 : L'interactivité ne peut pas être copiée Le spécialiste marketing place ici l'aspect social de la musique au coeur des enjeux. "Les gagnants dans l'industrie du disque de demain seront les individus et les organisations qui créeront des communautés, connecteront les gens, répandront les idées." Voilà de quoi donner confiance aux labels communautaires qui émergent actuellement.
Règle N° 5 : L'autorisation est l'atout du futur Godin renvoie ici à un de ses concepts marketing, celui de l'autorisation, qu'il entend comme "la capacité (non pas le droit mais le privilège) de la prestation attendue, les messages personnalisés aux personnes qui veulent les obtenir. Pendant dix ans, l'industrie du disque a constamment évité cette possibilité." Contrairement à la plupart des musiciens, l'industrie du disque n'a selon lui qu'une vague idée des utilisateurs finaux. "Quand vous distribuez quelque chose numériquement, et gratuitement, cela s'ébruite (si c'est de qualité). Si ça s'ébruite, vous pouvez en profiter pour permettre aux gens de revenir vers vous et de s'enregistrer, de s'inscrire, de vous donner l'autorisation d'intéragir et de les garder dans l'engrenage." explique-t-il. "La plupart des auteurs (j'en fais parti) ont géré leur carrière entière autour de cette idée. Ayez donc des consultants en management et des vendeurs d'assurance. Pas en considérant la propagation d'artefacts comme une tactique inconvéniente, mais comme le coeur de leur nouveau business."
Règle N° 6 : Un consommateur effrayé n'est pas un consommateur heureux Ici, l'auteur fait clairement référence aux campagnes menées par la RIAA. "Si vous partez en guerre avec des centaines de vos clients chaque année, ne soyez pas surpris si ils vous traitent en ennemi."
Règle N° 7 : Le meilleur moment pour changer votre business model est quand vous avez encore l'élan pour le faire. Il n'est pas aisé pour un artiste émergeant de construire une carrière en auto-production, de trouver des fans et s'attirer un public, explique Godin. Mais c'est en revanche beaucoup plus facile pour une maison de disque avec un artiste vendeur. "Donc le moment de faire le saut était hier. Trop tard. D'accord, mais qu'en est-il aujourd'hui ? Au plus tôt vous le ferez, et le plus d'atouts et d'élan vous disposerez pour le faire marcher."
Règle N° 8 : Souvenez-vous de la règle de Bob Dylan : ce n'est pas juste un disque, c'est un mouvement "Ce qu'a fait Bob (et je pense qu'il l'a fait sincèrement et pas en tant que manoeuvre calculée) a été de chercher des groupes qui voulaient être connectés et de faire en sorte de devenir le point de convergence." Des mouvements anti-guerre aux fanboys d'Apple, Godin estime que l'industrie du disque se doit  de trouver des points de ralliement. "Je pense que la même chose est valable pour les chefs, les religions, le caritatif, les politiciens et les fabricants de matériel médical. Les gens paient pour une histoire, systématiquement."
Règle N° 9 : Ne paniquez pas si le nouveau business model n'est pas aussi "propre" que l'ancien "Ce n 'est pas facile d'abandonner l'idée de fabriquer des CDs avec une marge sur le prix de gros de 90 %, et de changer pour un modèle dilué de concerts et de souvenirs, de communautés, de cartes de voeux, d'évènements spéciaux et que sais-je encore de gadgets. Passez au dessus. C'est la seule option si vous voulez rester dans ce business."
Règle N° 10 : Lisez les écritures sur les murs Une réponse indirecte faite à Doug Morris lorsque le PDG d'Universal avouait son incapacité à appréhender les nouvelles technologies. "Hé les gars, je ne suis pas dans l'industrie du disque et j'en parle depuis des années. J'ai même lancé un label de musique depuis cinq ans pour faire le point. Les industries ne meurent pas par surprise. Ce n'est pas comme si vous ne saviez pas ce qui allait arriver."
Règle N° 11 : N'abandonnez pas la longue traîne "Au plus vous essaierez de faire des hits, au moins vous arriverez à en faire." Pour Godin, la stratégie du hit mène l'industrie à sa perte. "Gardez vos dépenses basses et faites confiance à vos instincts, même si tout le monde dit que vous avez tord. Faites un bon boulot, pas quelque chose de parfait. Apportez des choses au marché, le vrai marché, et laissez-les trouver leur audience." C'est peut être le défaut que nous reprochions aux labels communautaires ; d'avoir un mode de fonctionnement qui induise de gros budgets de production et des artistes consensuels ; d'apporter une rationalité en délaissant les "coups de folie", et de finalement travailler sur des artistes qui correspondent au son du temps plutôt que d'aller chercher des choses que personne ne s'attend encore à entendre.
Règle N° 12 : La compréhension du pouvoir du numérique Pour l'auteur, l'industrie du disque n'a pas un système de commercialisation qui corresponde aux habitudes des gens, aux transactions électroniques, alors que de nombreux autres secteurs en ont un. "Peut être avez-vous besoin d'un business qui profite du numérique."
Règle N° 13 : La célébrité est sous-estimée "L'industrie musicale a toujours créé des célébrités. Et chaque célébrité a bénéficié pendant des décennies de cette renommée" explique Godin. Selon lui, de nombreuses entreprises ont maintenant le pouvoir de créer leurs propres micro-célébrités, "des personnes capables de capter l'attention et susciter la confiance, deux éléments essentiels dans la croissance des bénéfices".
Règle N° 14 : La valeur est crée quand vous partez de beaucoup à quelques uns, et vice-versa. "L'industrie musicale a des milliers de labels et des dizaines de milliers de titulaires de droits d'auteur. C'est du gâchis. Et il y a juste un iTunes Music Store. Le regroupement paie. En même temps, il y a d'autres industries où quelques acteurs majeurs profitent du marché en créant des niches."
Règle N° 15 : Dès qu'il est possible, vendez des abonnements S'inspirant du modèle économique des magazines, Godin vante les mérites des abonnements. L'opportunité pour l'industrie du disque est de combiner l'abonnement avec l'autorisation (voir concept décrit plus haut). "Les possibilités sont infinies. Et je sais que c'est dur à accepter, mais le bon vieux temps et bel et bien passé."

 

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8 commentaire(s)
 
Philgri
Le 09 Janvier 2008 à 13h30
 
Bonjour Cédric.L,

Aprés une lecture attentionnée de ce sujet, j'eu l'impression de revenir 3-4 ans en arrière…

Tous ces bons conseils ont été moult fois soulevés, expliqués, commentés. Cela n'a pas suffi.

Non pas, qu'il soit simplement trop tard, mais l'évolution soutenue des pratiques liées au réseau et à l'informatique demandent une réactivité que hélas n'ont pas les dinosaures majors. Aujourd'hui, j'ai bien peur qu'il leur soit nécessaire de redémarrer à 0 !

Autant dire : mettre la clé sous la porte et laisser les virtuoses de réseau prendre la relève.

De plus, les problèmes ne se posent plus uniquement sur ces simples constats (de bon sens).

En effets, les Majors sont extrêmement liés aux RIAA et autres Sacem, qui sont elles-mêmes dans des logiques incompatibles avec l'évolution culturelle et les différentes réglementations internationales entre autres…

Si des sociétés qui ont possédé tant de talents et d'expériences à porté de mains n'ont pas su en tirer partie de la situation, je ne donne pas cher de leurs peaux, en leurs souhaitant bien du courage.

Être en place n'a jamais suffi pour tenir son rang ! Un nouvel horizon s'est imposé par la force des choses, luter contre s'avère suicidaire et luter avec, demande un minimum de compréhension, de visions, d'anticipations,…

Le star-system a pris du plomb dans l'aile, il renaîtra sous d'autres formes. À vos marques, près ? c'est déjà parti et depuis un bon moment!

La culture c'est le reflet de nos sociétés, nos pratiques, nos coutumes… L'art en n'est qu'une expression. Faite en un business, mais venez pas vous plaindre si vous n'arrivez pas à vendre vos salades ! Surtout si ce n'est pas vous qui les créer et encore moins si personne n'en veut!

Restons correcte, ou faites comme starko le civilisé qui épouse son idole!

Concerto sous l'oreiller, à l'œil et à la barbe de la Sacem… Droit d'auteur privatisé… Copie et diffusion interdites, si vous n'êtes pas invités…



Actaruss
Le 09 Janvier 2008 à 21h33

La tendance actuelle effectivement, car le client paye sans s'en rendre compte, illusion de la gratuité.
Encore faut-il que ce soit profitable.
Pour l'instant, seul le P2P n'est pas du foutage de gueule.



Personnellement, je pense que lorsque la bonne offre et le bon model seront trouvés, le téléchargement illégal cessera de lui-même.

Mais plus ils chercheront à l'écraser, plus il grandira, plus des gens se feront chier à taguer correctement et ripper correctement leurs produits et proposeront des offres allèchantes par simple esprit rebelle communautaire.


PS : Attention à la 11 Cédric => essaieraient => Essayerez
Archimage
Le 09 Janvier 2008 à 22h05
Article vraiment intéressant, je partage toutes les idées qui ont été énoncé
Actaruss
Le 09 Janvier 2008 à 23h18
Les années à venir vont êtres marrantes en informatique :

- Passage au 64 bit
- Passage au multicoeur (4 voir 8)
- Démocratisation des écrans tactiles multi-points
- Mise en public du projet Windows Surface ? => Changement radical de l'info
- Windows Seven, s'il est à la hauteur de ce qu'ils disent, il risque fort d'écraser Linux
- Passage à l'open-source (de plus en plus de logiciels payants sont open-sources pour rassurer les clients, même Windows, beaucoup de sources sont accessibles sur le MSDN)
- Passage à la HD et au grand gagnant : le Blu-Ray (on peut le dire je pense)
- Passage au P2P anonyme et sécurisé (Stealthnet/RShare commence à bien se développer chez les Fr, mieux que ANTs apparemment, à suivre)
- Ecroulement des majors
- Ecroulement / contournement massif de la taxe redevance pour copie privée ?
- Bouleversement de l'industrie culturelle, avec rehaussement du niveau
- Amélioration des offres communautaires illégales sur le P2P avec des films mieux rippés, des musiques mieux taguées, des jeux vidéos mieux crackés...

Tout ça parce que les industries ont trop prises leurs clients pour des pigons...

Les 2 ou 3 ans à venir vont être croustillants...
Viva mu...
Le 09 Janvier 2008 à 23h37
 
"Ce n 'est pas facile d'abandonner l'idée de fabriquer des CDs avec une marge sur le prix de gros de 90 %"

Euh.... Il a vue ça où ? Même chez Universal c'ets dur d'avoir cette marge en dehors des compil sur exploité de hit que tout le monde.

15 règles intéressantes mai pas si novatrices. La règles 8 existe depuis un bien grand moment, mais biensûr, il faut sortir du mainstream pour la voir.

La fin du Hit, l'importance de la qualité et le respect de la long TRaine sont à mes yeux les règles les plus évidentes de ce post.

Attention par contre à ne pas généraliser les producteurs et surtout à ne pas généraliser les marchés.

Enfin, la règle 14 (La valeur est crée quand vous partez de beaucoup à quelques uns, et vice et versa) j'avoue être un peu perdu.
le problème n'est pas le nombre d'acteur autour des droit mais l'avenir des systèmes de gestion des droits (auteurs, interprètes...)
Après, le business d'Apple, c'est de vendre des iPod, pas de la musique, et le problème, avec le numérique (voir règle 1) c'est qu'il y a trop peu de bons vendeurs de musique on line...


Hybrid ...
Le 10 Janvier 2008 à 02h34
Actaruss
Le 10 Janvier 2008 à 06h27

Un modèle de diplomatie disais-je.

Oui, Linux risque d'en prendre un coup sur le marché des particulier, sur lequel il essaye de se creuser de la marge.
Pour les serveurs aussi ça peut potentiellement faire mal.

Sinon dsl, je voulais dire open source dans le sens "sources diffusées", pas au sens stricte du terme FSF.
Hybrid ...
Le 10 Janvier 2008 à 14h16

La FSF a une définition pour OpenSource ? J'aurais pas cru.
Allez, maintenant, cultive-toi, va lire ça : http://fr.wikipedia.org/wiki/Open_Source_Initiative , et ça : http://fr.wikipedia.org/wiki/Open_Source . À propos de logiciels Open Source, je crois que la FSF n'a pas trop son mot à dire, par contre l'OSI, c'est eux qui définissent ce que c'est. Et ça n'a rien à voir avec le simple fait de pouvoir lire la source. Mais tout est merveilleusement résumé dans la première phrase de l'article de mon second lien.
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