Apple revendique sa solidarité avec le mouvement "Je Suis Charlie", alors que Charlie Hebdo avait lui-même préféré renoncer à lancer son journal sur iPad, du fait de la politique de censure imposée par Apple.

À la suite de l'odieux attentat de Charlie Hebdo qui a dévasté les familles de douze victimes dans la journée de mercredi, le slogan "Je Suis Charlie" s'est imposé avec une solidarité inédite sur les réseaux sociaux. Il a également été repris par de nombreuses entreprises, dont Apple. La firme de Cupertino affiche un bandeau noir Je Suis Charlie au bas de son site officiel français, pour marquer son soutien à Charlie Hebdo, et donc à la défense de la liberté d'expression

Mais ce soutien aurait fait sourire la rédaction de l'hebdomadaire. Il y a en effet un fossé immense qui sépare la liberté d'expression vue par Apple et celle à laquelle tenaient les fondateurs et directeurs du journal satirique. Charlie Hebdo avait dû renoncer à se lancer sur iPad, jugeant que jamais Apple n'aurait toléré les caricatures de ses dessinateurs.

Interrogé en 2010 par Backchich après avoir abandonné le projet, Charb expliquait que "certains dessins considérés comme outranciers (…) risquaient de ne pas passer la barrière de la censure". "Une entreprise est venue nous démarcher pour développer notre application. Mais à la fin, le type nous a expliqué qu'on n'aurait pas le final cut sur la publication sur iPad. On les a donc envoyés bouler", racontait-il.

Au final, l'application n'a donc jamais été développée et l'on ne saura donc jamais si elle aurait été acceptée par Apple.

Mais Charlie Hebdo avait de réelles raisons de présumer la censure, qui s'exerce numéro par numéro. Le caricaturiste Mark Fiore avait déjà vu son application rejetée en 2010 par l'App Store, avant une levée de boucliers. Apple avait dû faire marche arrière, en grande partie grâce au Prix Pulitzer que le dessinateur de presse avait reçu auparavant.

Les autres exemples d'atteinte à la liberté d'expression par Apple ne manquent pas : censure d'un livre pour sa couverture (et celui-ci et celui-là), rejet d'une application pointant l'activité des drones militaires, retrait d'un logiciel qui peut afficher des injures, bannissement d'un magazine à cause du terme Android (ou du mot Amazon), suppression d'un BD violente, pression sur un éditeur de BD, coup de balai dans les magazines parlant de sexe, etc., etc.

La situation est telle qu'il existe même une page Wikipédia dédiée à la censure d'Apple, comme le remarque le site Hteuleumeu, qui revient lui aussi sur cette affaire.

Bien sûr, il est parfois arrivé qu'Apple change d'avis et accepte finalement d'accueillir telle ou telle application qui avait été préalablement censurée. Mais jusqu'à présent, la politique très stricte du groupe américain sur les contenus figurant sur l'App Store n'a pas fait montre d'une grande proximité avec les idéaux que prône Charlie Hebdo.

Alors Apple, est-il vraiment Charlie ?

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