RapidShare a annoncé une modification majeure de ses formules commerciales. Bientôt, seuls ceux qui partagent publiquement des fichiers paieront pour leur téléchargement par les tiers. Mais les uploadeurs pourront limiter la facture et ne pas subir de bridage s'ils réservent le téléchargement de leurs fichiers à leurs seuls contacts inscrits sur RapidShare. De quoi encourager la constitution de communautés privées à la place des sites de liens traditionnels.

Comme l'a détaillé l'acte d'accusation de MegaUpload rédigé par les Etats-Unis et publié en début d'année, le principal reproche fait à MegaUpload était son modèle économique. Le procureur de Virginie expliquait en effet que le site de Kim Dotcom encourageait activement le piratage en rémunérant les internautes qui partageaient les fichiers les plus populaires, c'est-à-dire essentiellement les films, logiciels et albums de musique piratés. En trois ans, MegaUpload aurait ainsi reversé 9 millions de dollars à ceux qui uploadaient des contenus très populaires, lesquels encourageaient les internautes à acheter des abonnements leur permettant de télécharger  ces fichiers sans limitations.

Pour ne pas connaître le même sort que son ancien concurrent, mais pour continuer tout de même à prospérer, RapidShare a décidé de renverser totalement la logique économique.

Dans un premier temps, le service allemand (officiellement suisse) avait bridé la vitesse de téléchargement des utilisateurs qui ne payaient pas d'abonnement, au prétexte fumeux de lutter contre le piratage (en fait, il voulait surtout profiter de la fin de MegaUpload pour recruter un maximum d'abonnés payants). Cependant le mois dernier, Numerama avait révélé que le bridage de RapidShare a sauté, et que les utilisateurs gratuits pouvaient de nouveau télécharger sans limite. Mais le site avait fait savoir que ce n'était qu'un prélude à de nouvelles mesures anti-piratage.

Vers des sites pirates à inscription limitée et payante ?

Sur son site internet, RapidShare a dévoilé quelles étaient ces mesures, exclusivement économiques. Il ne s'agit pas de renforcer le filtrage ou la suppression des contenus piratés, mais de pénaliser les utilisateurs qui partagent publiquement des fichiers très téléchargés. Ainsi, à partir du 27 novembre 2012, les fichiers hébergés gratuitement ne pourront générer que 1 Go de trafic public par jour (soit même pas l'équivalent de deux téléchargements d'un film). Les abonnés aux formules payantes RapidPro pourront quant à eux générer 30 Go par jour maximum de trafic, ce qui est largement suffisant pour un utilisateur lambda, mais trop peu pour un groupe pirate.

Ces derniers, qui font souvent commerce du piratage grâce à des sites de liens bourrés de publicités, devront donc payer plusieurs comptes RapidPro s'ils veulent faire bénéficier leurs utilisateurs de téléchargements non bridés/bloqués. Mais ils pourront aussi créer un réseau social sécurisé, ou darknet, qui aura le double avantage de limiter leur facture de bande passante et de mettre les fichiers à l'abri des regards indiscrets. RapidShare porte ainsi un coup à sa propre politique de lutte contre les sites de liens RapidShare, et éclaire sa demande que soit intensifiée la lutte judiciaire contre les sites qui "facilitent la diffusion massive et sans distinction de contenus protégés" par le droit d'auteur. Mais c'est pour mieux avantager sa nouvelle stratégie.

En effet, toute la subtilité du nouveau modèle économique de RapidShare est que les téléchargements opérés par les contacts privés seront illimités. De quoi encourager à ce que les liens ne soient plus disséminés sur la place publique, mais distribués plus discrètement, à la façon des trackers BitTorrent réservés aux internautes invités.

Les internautes qui ne font que télécharger des fichiers pourront le faire gratuitement, sans avoir jamais à payer quoi que ce soit, sauf un éventuel droit d'inscription aux communautés privées. "RapidShare utilisera un modèle classique d'hébergement, ce qui veut dire que non seulement l'espace de stockage mais aussi le trafic sont payés seulement par le propriétaire du fichier", explique l'hébergeur.

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