Le candidat à la candidature socialiste dit vouloir réviser l'Hadopi, mais sans avancer de pistes précises, et surtout sans renoncer aux missions de "dissuasion" de la Haute Autorité qu'il souhaite maintenir.

C’est une dépêche au titre à la fois vrai et trop optimiste : « François Hollande favorable à une révision de la loi Hadopi« . Dans l’émission YouTube Elections 2012, réalisée en partenariat avec le Centre de Formation des Journalistes (CFJ), l’AFP et Twitter, le candidat aux primaires socialistes a pris ses distances avec la loi Hadopi, mais dans un langage qu’il faut décrypter :

« Je n’ai pas voté cette loi. J’ai considéré qu’elle n’avait pas été bien préparée, bien conçue. Elle s’applique, d’ailleurs assez difficilement, le président de la République en a lui-même convenu. Et donc ce que je ferai, c’est que aussitôt installés les nouveaux responsables, je ferai une évaluation de Hadopi qui aboutira à la révision de ce dispositif législatif« , commence François Hollande.

Dès ce stade, il faut remarquer deux choses. Tout d’abord que François Hollande ne parle pas d’abroger la loi Hadopi mais de la réviser, après évaluation, ce qui permet de gagner du temps. Ensuite qu’il souhaite installer de « nouveaux responsables » à sa tête (ce qui serait un abus de pouvoir), ce qui suppose que l’autorité administrative restera dans le paysage français. Sa position n’a donc pas évolué par rapport à l’an dernier, où il refusait de s’engager à abroger l’Hadopi, contrairement à la position officielle du Parti Socialiste.

« Je pense que ce qui n’était pas bon, c’était un mécanisme d’intrusion qui pouvait donner le sentiment qu’il y avait là comme un ordre qui allait s’installer chez chacun des utilisateurs. Et en même temps, il faut une dissuasion« , poursuit-il. Or qui dit dissuader dit considérer qu’il y a des actes interdits, donc qu’il est déjà exclu pour le candidat socialiste de légaliser les échanges d’œuvres sur Internet.

« Je suis pour que les droits d’auteurs puissent être rémunérés. Alors il faut chercher la solution technique et surtout la solution financière, donc politique. Il faut qu’il y ait une contribution. On appelait cela une licence globale il y a quelques mois, mais déjà le concept est dépassé« , poursuit-il.

« Il faut une contribution qui permette aux utilisateurs d’aller vers les sites qui les intéressent mais en même temps qui permettent de rémunérer les auteurs« , conclut-il.

Que celui qui comprend quelque chose lève le doigt. Le flou est soigneusement entretenu par François Hollande, ce qui n’est pas un hasard ou le signe d’une incertitude. C’est un calcul. L’ancien secrétaire national du PS compte dans ses tous proches amis et conseillers le maire de Dijon, François Rebsamen, qui a fortement soutenu l’Hadopi et les lobbys culturels. Il avait pu récupérer au bénéfice de sa ville les Rencontres Cinématographiques autrefois organisées à Beaune. Le député-maire Alain Suguenot (UMP) avait perdu ces rencontres après avoir pris position pour la licence globale, et avoir dénoncé les pressions de l’industrie du cinéma lors de la loi DADVSI.

En entretenant le flou sur le sort de l’Hadopi, François Hollande espère endormir les internautes et s’attirer leur soutien, sans perdre ceux arrachés par François Rebsamen à grand coups de flagornerie.

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