Un entrepreneur français, à la recherche d'investisseurs pour son projet de startup, a adressé 500 courriers recommandés aux principales fortunes françaises. Zéro réponse positive. Avec les accusés de réception, il a créé une œuvre, qu'il compte mettre en vente sur eBay pour financer son projet.

Financer une startup est un passage essentiel dans la vie d’un entrepreneur. Aussi bonne soit son idée, sans financement, les chances sont maigres de la voir se concrétiser. Financement participatif, aides de l’État, subventions, bourses… sont quelques-unes des sources de financement les plus communes pour monter une entreprise.

Sébastien Landrieu, lui, ne suit pas cette voie traditionnelle. Dans une publication de blog sur Medium, cet entrepreneur raconte comment il prévoit de financer son propre projet d’une manière plutôt atypique : en recyclant les réponses négatives — ou inexistantes — à ses demandes de financement.

500 lettres, à 500 fortunes françaises

L’entrepreneur se décrit lui-même comme un zèbre, autrement dit « un surefficient mental, une personne capable d’ériger son propre système de valeurs sans trop d’interactions avec ses pairs. » Dans sa vie professionnelle, il raconte que cette particularité le conduit à l’isolement et à travailler seul. Alors qu’il projette de créer une société holding du nom d’Aptedia, qui doit aboutir à la mise sur le marché de cinq startups évoluant sur le web, Sébastien Landrieu fait face à un imprévu.

Sébastien Landrieu

« J’ai perdu mon lead développeur et je me suis retrouvé seul. Pour embaucher, il faut du cash. C’est là que j’ai décidé d’envoyer 500 courriers avec accusés de réception aux 500 premières fortunes françaises, nous raconte-t-il. Avec la seule idée que de trouver le bon fou au bon moment, qui serait prêt à me financer. » À l’intérieur des lettres envoyées, l’entrepreneur évoque principalement la dimension humaine de ses projets, et son envie de « remettre l’humain au centre. »

Trouver le bon fou au bon moment

La plupart de ces courriers restent sans réponse. Quelques destinataires, plus rares, prennent le temps d’envoyer un mot pour témoigner leur sympathie à Sébastien Landrieu… mais aucune des 500 fortunes contactées n’accepte de prendre le risque de contribuer au financement demandé par l’entrepreneur — qui estime nécessaire d’obtenir 3 millions d’euros pour lancer son projet.

Les lettres envoyées en 2016. / Sébastien Landrieu

« Je me suis retrouvé avec tous ces accusés de réception dans mon appartement et je me suis dit, qu’est-ce que tu vas faire de tout ce papier ? J’ai pensé au papier recyclé, et c’est là que j’ai eu l’idée de construire une statue en papier mâché avec l’ensemble des accusés de réception que j’avais reçus », poursuit l’entrepreneur. Sébastien Landrieu projette de vendre cette œuvre afin de financer le projet qui n’a jusqu’alors reçu que des réponses négatives.

Une statue avec le papier des accusés de réception

À l’aide d’artisans locaux et d’artistes, l’entrepreneur met sur pied une statue de 2,10 mètres de haut, « d’architecture métallique, surfacée de papier mâché, d’accusés de réception de fortunes françaises, peinte et vernie. » L’œuvre, baptisée Paper Rabbit, représente un lapin de magicien, pour, explique-t-il sur son blog, montrer qu’il « n’est pas nécessaire de passer son temps à tenter de chercher la magie perdue de notre enfance ailleurs qu’en nous-mêmes. »

Sébastien Landrieu

« Cette œuvre a beaucoup de sens par rapport à la place de l’entrepreneuriat. Il y a bien sûr un message d’espoir dans l’idée du recyclage, une connotation à la fois écologique et entrepreneuriale. Elle représente aussi les valeurs d’empathie et de compassion. Alors que la tendance générale est à la division — on en est même arrivés à diviser l’indivisible, c’est-à-dire l’individu — j’avais envie de remettre l’humain au centre. »

Le Paper Rabbit bientôt mis aux enchères sur eBay

Une fois sa statue achevée, l’entrepreneur prévoit de la mettre sur eBay et d’ouvrir une vente aux enchères fin octobre au prix de départ de 3 millions d’euros. Si la vente est réalisée, Sébastien Landrieu emploiera cette somme pour lancer officiellement les cinq startups de sa holding Aptedia. « Si le lapin est vendu, j’embaucherai cinq directeurs généraux pour lancer les projets. La performance va être de vendre une œuvre faite d’accusés de fortunes… à des fortunes », s’amuse Sébastien Landrieu.

La date d’ouverture des enchères sera communiquée bientôt sur le site d’Aptedia. « Si le Paper Rabbit se vend, je deviendrai alors le premier single founder à lever un minimum de 3 millions d’euros en un mois avec zéro actionnariat », conclut l’entrepreneur.

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