Les robots humanoïdes font beaucoup parler d’eux, notamment ceux de Tesla qui promettent beaucoup dans un avenir proche. Pendant ce temps, Renault teste déjà les services de Calvin, le robot nouvelle génération de Wandercraft, dans son usine de Douai.

Sa démarche est encore maladroite et ses gestes lents, mais Calvin n’est pas un ouvrier comme les autres. Il s’agit d’un robot de nouvelle génération que Renault teste sur sa chaîne d’assemblage. Ici, l’objectif n’est pas de remplacer tous les ouvriers qualifiés qui travaillent sur le site de Douai pour assembler les Renault 5, Scénic, Mégane, ainsi que les Nissan Micra, Alpine A290

En revanche, différentes générations de robots remplacent progressivement les ouvriers sur les tâches les plus pénibles et les plus éreintantes pour le corps humain. Renault a invité une poignée de journalistes le 8 juin 2026 à aller à la rencontre du robot Calvin lors de son service de nuit à Douai.

Différentes générations de robots cohabitent dans les usines

Chez Renault, l’histoire de la robotique n’est pas neuve : les premiers bras articulés répétitifs ont débarqué dès 1976. Depuis, ils ont colonisé les ateliers de tôlerie, remplaçant avantageusement l’humain pour les tâches ingrates de soudure et le port de charges lourdes. Renault a plus de 11 000 robots de ce type dans le monde.

Production du Citroën C5 Aircross à l'usine de Rennes // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Les usines concurrentes ont aussi leurs robots comme celle de Rennes pour Citroën. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

Si ces colosses d’acier sont désormais capables d’enchaîner différents modèles de voitures sans interrompre la chaîne pour changer leurs équipements, ils gardent un défaut historique : ils sont massifs et relativement dangereux. Ils doivent généralement travailler isolés, dans des cages, ce qui limite leurs cas d’usage.

Dès 2015, les usines ont vu débarquer une nouvelle génération de robots : les AGV (Automated Guided Vehicles), comme on les appelle dans l’industrie. Il s’agit plus concrètement de chariots automatisés qui servent à livrer les pièces détachées au bon poste et au bon moment pour ne pas ralentir la chaîne. Il y en a plus de 700 sur le site de Douai, et 5 000 à l’échelle mondiale, de quoi orchestrer un ballet permanent dans les allées de l’usine.

Un robot AVG tire le chariot des parebrises vers l'opératrice  // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Un robot AGV tire le chariot des pare-brises vers l’opératrice. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

Enfin, l’année 2025 marque une rupture majeure avec l’arrivée de robots non plus simplement programmés, mais véritablement autonomes. Capables de s’adapter en temps réel à leur environnement, ces nouveaux assistants se révèlent plus flexibles, à condition d’avoir été correctement entraînés. Leur utilisation reste néanmoins cantonnée à quelques tâches ultra-ciblées pour l’instant.

À quoi sert concrètement le robot Calvin ?

Oubliez le kung-fu, la danse ou les marathons des humanoïdes chinois et de Tesla. Calvin n’est pas réellement un robot humanoïde comme ceux développés depuis quelques années en Chine ou aux États-Unis par Tesla. Il adopte une approche plus pragmatique et mise tout sur la sécurité. Développé par la pépite française Wandercraft, il tient d’ailleurs plus de l’exosquelette autonome que du robot polyvalent de science-fiction.

Robot Calvin de Wandercraft à l'usine Renault Douai // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Robot Calvin de Wandercraft à l’usine Renault de Douai. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

Son job à l’usine de Douai consiste à décharger les chariots de pneus pour les envoyer sur la ligne de production. Là où un opérateur s’épuiserait à porter les pneus un par un, Calvin les attrape deux par deux sans broncher. Il est néanmoins beaucoup plus lent dans ses mouvements.

Il est encore loin d’être élu employé du mois. Face à la cadence infernale imposée par le succès de la Renault 5, Calvin apparaît carrément « deux de tension » par rapport à un ouvrier expérimenté. Pour ne pas ralentir la chaîne, ses rotations sont donc limitées à une ou deux nuits par semaine, sous la surveillance constante d’un ingénieur qui veille à ce qu’il ne bascule pas sur un sol rendu irrégulier par le chariot.

Robot Calvin de Wandercraft au repos // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Robot Calvin de Wandercraft au repos. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

La scène est un peu étrange à observer : d’un côté le robot fait le job de manière précise, mais comparée à celle des ouvriers expérimentés, la lenteur est flagrante. C’est lorsqu’on tente de soulever soi-même les deux pneumatiques que l’on prend réellement conscience de l’avantage du robot.

Pour Wandercraft, l’enjeu actuel est d’éviter l’erreur et de garantir une sécurité absolue. Sur une ligne où le taux d’erreur toléré est de seulement 1 pour 1 000, Calvin doit d’abord apprendre à être infaillible avant de chercher à être rapide. Comme n’importe quel apprenti, il a simplement besoin de temps pour progresser.

Les caractéristiques du robot Calvin de Wandercraft // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Les caractéristiques du robot Calvin de Wandercraft. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

Quel avenir pour ces robots ?

Calvin est le premier robot de ce type testé par Renault. Ils seront une dizaine de robots Wandercraft à intégrer les différentes usines du groupe Renault d’ici la fin de l’année 2026. L’objectif est d’en avoir plus de 350 d’ici la fin de 2027. Leur intégration est donc assez rapide et ne repose pas juste sur une promesse aux investisseurs.

À terme, ces assistants vont grandement diversifier leurs compétences. Selon Jean-Louis Constanza, cofondateur de Wandercraft, ils apprendront à manipuler des charges très variées : allant des caisses de 20 à 50 kg aux pare-brises, en passant par de grandes pièces métalliques. Le prochain grand défi des ingénieurs ? Leur apprendre à saisir des composants souples, un exercice d’une complexité redoutable pour un robot.

Au sein de l'usine Renault de Douai // Source : Raphaelle Baut pour Numerama
Au sein de l’usine Renault de Douai. // Source : Raphaëlle Baut pour Numerama

En revanche, n’attendez pas de Calvin qu’il assemble directement votre voiture. Incapable de gérer des branchements minutieux ou des tâches de haute précision, il serait totalement noyé par le mouvement perpétuel de la ligne d’assemblage. Sur ce terrain, l’expertise, la flexibilité et l’intelligence des ouvriers restent absolument indétrônables.

Pas de grand remplacement de l’ouvrier en vue, donc. Renault et Wandercraft l’affirment en chœur : ces machines sont là pour éradiquer la pénibilité sur les postes les plus ingrats, là où le recrutement est devenu un calvaire. Cerise sur le gâteau pour la souveraineté industrielle : Calvin est lui-même fabriqué en France. Raison de plus pour lui laisser sa chance.

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