Parce qu’on aimerait bien que le Code de la route, ça soit comme les règles du UNO, qu’il y ait moyen de moyenner quoi…

Rouler en ville, quel que soit son moyen de transport, c’est souvent prendre l’autoroute de la mauvaise foi ou la piste cyclable du « pas vu, pas pris ». Le bras se lève souvent… et parfois c’est uniquement un doigt. Les insultes pleuvent. En bref : on vit un moment de convivialité intense, exceptionnel. Et jusqu’à preuve du contraire (la loi peut-être ?), on a toujours raison, sauf quand on a tort. Face à des situations courantes rencontrées en ville (refus de priorité, « symphonie klaxonique en ré mineur », annexion du SAS vélo, etc.), qui est dans son bon droit, et qui a tort ? 

On passe au crible les points fréquents de discorde entre les vélos, les deux-roues et les voitures, pour tendre vers l’utopie : une utilisation partagée et en toute courtoisie de la chaussée. En toute bonne foi.

1. La piste cyclable, c’est comme les antibiotiques : pas automatique

C’est sans doute un sujet qui fâche fort les cyclistes et automobilistes, surtout lorsqu’il n’y a qu’une voie et aucun moyen de doubler. Donc on va le répéter : emprunter la piste cyclable n’est pas toujours obligatoire. 

En matière d’usage de la piste cyclable, il existe un panneau de signalisation qui se décline en deux versions : 

  1. le panneau CARRÉ indique la présence d’une piste cyclable recommandée, mais non obligatoire, et que les vélos peuvent ainsi circuler sur la route, parmi les voitures. 
  2. le panneau ROND indique que la piste cyclable est obligatoire pour les vélos.

Maintenant, vous voulez savoir pourquoi les cyclistes ne prennent pas toujours les pistes cyclables recommandées ? La piste cyclable n’est pas toujours praticable : présence de trottoirs, de nids-de-poule, route pleine de bris de verre, travaux, présence d’objets… ou de voitures et autres camions de livraison garés dessus. Pensez-y.

panneau_signalisation_piste_cyclable

2. Le SAS vélo n’est pas un parking auto

Les cyclistes, ne dites rien.  

Également connu sous les sobriquets de « zone de non-droit » ou de Mordor, le SAS vélo désigne un espace prévu pour améliorer la visibilité des Hobbits cyclistes et leur permettre de démarrer en toute sécurité, ou presque. Le SAS vélo est situé avant le feu tricolore ; un marquage au sol vient délimiter la zone. En pratique, tout le monde s’en fiche allègrement.

Les cyclistes sont assimilés à des piétons lorsqu’ils conduisent à la main leur vélo (réponse de l’Assemblée nationale publiée au journal officiel à la question N°24133).

Les véhicules motorisés, les deux-roues inclus donc, doivent s’arrêter avant le sas vélo. S’il est courant de jouer des coudes avec les conducteurs de scooter, cette pratique est interdite.

Le non-respect du SAS vélo est courant. En cas de non-respect, cela coûte cher : 135 € et – 4 points sur votre permis.

3. On peut rouler à vélo dans tous les couloirs de bus : une idée reçue 

Tous couloirs de bus ne sont pas ouverts aux cyclistes. 

Les voies de bus autorisées aux vélos sont indiquées par un panonceau situé sous le panneau ; il peut aussi y avoir un marquage au sol. Dans la pratique, il y a plus de couloirs de bus ouverts aux vélos que l’inverse, mais ce n’est donc pas toujours le cas.  

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Tous les couloirs de bus accessibles aux vélos ne se valent pas. Certains ont été conçus pour faciliter le dépassement à l’intérieur de la voie et respecter la distance de 1 mètre ; ils sont plus larges (4,5 m). D’autres sont plus étroits, et donc plus dangereux.

Les couloirs où les bus circulent à contresens de la circulation classique sont interdits aux vélos, sauf exception. L’article R 412-7 du Code de la Route stipule les règles concernant la circulation sur la voie de bus. L’ouverture aux vélos des voix de bus, partielle ou sur certaines portions uniquement, peut aussi être définie par arrêté préfectoral. Renseignez-vous. 

Dans la pratique, les cyclistes sont le plus souvent tolérés dans les couloirs de bus ; la cohabitation reste cependant source de tension, voire d’accidents.

4. Feux clignotants à l’avant… mort au tournant !

En France, l’usage des feux clignotants à vélo est réservé à l’arrière, mais pas à l’avant ! Le feu doit être fixe et légèrement incliné pour ne pas éblouir les autres usagers (NDJulien Cadot : cyclistes parisiens, relisez 10 fois ce paragraphe).

5. Speedbike, les voies cyclables sont comme celles du Seigneur : impénétrables

En 2024, les pistes cyclables sont toujours interdites pour les Speedbikes, ces vélos électriques dont la réglementation n’est pas la même que les VAE (vélo à assistance électrique). On vous voit avec vos Speedbikes dont vous avez enlevé la plaque ou que vous avez importés illégalement.

6. Klaxonner les cyclistes : le bon usage et les bonnes manières

Certains automobilistes pensent qu’il est de bon aloi de prévenir les cyclistes en faisant retentir leur klaxon. Les motifs sont divers et variés : prévenir qu’ils vont doubler, signaler que le cycliste roule trop au milieu de la route ou ne maintient pas sa trajectoire, saluer le panache de son destrier électrique, etc. 

Même bien intentionnée, il faut que cette pratique cesse. Dangereuse, elle a plus tendance à déstabiliser et à surprendre le cycliste. Elle est aussi abusive. Pour rappel, voici ce que dit le Code de la route sur l’usage du klaxon en ville : « en agglomération, l’usage de l’avertisseur sonore n’est autorisé qu’en cas de danger immédiat » (Article R416-1). 

Donc calmos avec le klaxon. Sinon la symphonie vous coûtera 35 €. L’amende peut être majorée (jusqu’à 150 €).

7. La priorité : ça dépend, ça dépasse

On va toucher un sujet aussi sensible que cette histoire de pain au chocolat/chocolatine. 

Sur la base de données de la préfecture de Police de Paris, en 2022, voici les 4 principales infractions à vélo : port d’écouteurs, feu rouge non respecté, signalisation non respecté et mauvaise maîtrise du vélo.

  • Le piéton est toujours prioritaire. Donc même si, à vélo, vous pouvez passer au feu tricolore parce qu’un panneau vous y autorise, vous devez toujours vous arrêter si un piéton se présente. Gueuler sur le piéton à qui vous avez grillé la priorité parce qu’il ose protester ajoute de l’indécence à l’illégalité.
  • Les cyclistes sont soumis aux mêmes règles que les autres usagers de la route. Les règles de priorité du Code de la route s’appliquent donc aux cyclistes. Comme le commente Ludovic Duprey dans Le Code du Cycliste 2ᵉ édition, « Le seul fait de circuler sur une piste cyclable ne donne pas de priorité sur les véhicules circulant dans la voie qu’elle longe. » Tout dépend donc de l’emplacement de la piste cyclable, du type d’intersection et des règles de priorité qui s’appliquent. S’il n’y a aucune signalisation (ou arrêté préfectoral), les règles de priorités classiques de « la priorité à droite » s’appliquent. Les articles R415-1 à R415-15 (chapitre V, Intersections et priorité de passage) détaillent les règles de priorité telles que « I. – Tout conducteur s’apprêtant à quitter une route sur sa droite doit serrer le bord droit de la chaussée […] Il doit céder le passage aux engins de déplacement personnel motorisés, aux cycles et cyclomoteurs circulant dans les deux sens sur les pistes cyclables qui traversent la chaussée sur laquelle il va s’engager ». En voiture quand vous tournez à droite, marquez un temps de pause, vérifiez votre droite et votre angle mort avant de vous engager.

Un petit guide sur les droits et devoirs des cyclistes

Le Code du Cycliste 2ᵉ édition compile toutes les sections des différents codes applicables aux cyclistes. Le livre est au format mini et tient dans la poche. Il fait partie des sources utilisées pour la rédaction de l’article.

À brandir comme un bouclier quand on vous klaxonnera parce que vous zavéka utilizé la pissyclabe.

8. Les écouteurs et le téléphone, c’est toujours interdit à vélo en 2024 

Un trajet en ville n’est pas un trajet en ville si vous ne croisez pas des cyclistes en train d’enregistrer un vocal sur un Vélib’ ou des vélotafeurs mélomanes, le casque à réduction de bruit vissé aux oreilles pour écouter leur playlist Morning Motivation de Spotify. Or, c’est in-ter-dit, mais aussi, surtout, particulièrement dangereux. Le montant de l’amende forfaitaire est de 135 €, soit presque le prix de nouveaux AirPods.

Que dit la loi ?

« L’usage d’un téléphone tenu en main par le conducteur d’un véhicule en circulation est interdit. Est également interdit le port à l’oreille, par le conducteur d’un véhicule en circulation, de tout dispositif susceptible d’émettre du son, à l’exception des appareils électroniques correcteurs de surdité. », Code de la route, Article R412-6-1

Alors réservez vos playlists et podcasts pour vos séances sur hometrainer. 

9. Les trottoirs à vélo : « you shall not pass »

Rouler sur le trottoir à vélo est interdit en ville. Seuls les enfants de moins de 8 ans peuvent emprunter les trottoirs. Ils doivent cependant rouler à l’allure du pas et ne pas gêner les piétons (Code de la route, Article R412-34 et Article R. 412-7). L’amende en cas de circulation sur le trottoir est de 135 €. 

Donc pas la peine de gneugneugneu ou d’utiliser votre sonnette si les piétons ne veulent pas se pousser : vous n’avez rien à faire ici en premier lieu et ils sont sympas de vous tolérer.

10. Rappel des panneaux de signalisation qui concernent les cyclistes

Bonus : apprenez le sens de ces panneaux afin d’avoir toujours raison sur la chaussée.


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