Selon Bloomberg, Apple envisagerait de commercialiser ses iPhone sous la forme de locations. En attendant l’arrivée d’un tel programme, des entreprises spécialisées se sont déjà lancées sur ce secteur.

Changera-t-on un jour de smartphone comme on s’abonne à Spotify et Netflix ? Selon les informations de Bloomberg le 24 mars, Apple envisagerait sérieusement cette possibilité. La marque californienne pourrait lancer fin 2022, même si aucune date n’est arrêtée pour l’instant, une nouvelle manière d’acquérir ses produits. Plutôt que de vous proposer un iPhone 14 au tarif entier ou en plusieurs échéances (dans certains pays, Apple propose de payer son iPhone en 24 fois), Apple envisagerait de commercialiser ses produits à un tarif mensuel, qui différerait du prix habituel de l’appareil.

À l’heure où nous nous abonnons à beaucoup de choses (musique, télévision, streaming, programmes de fidélité, forfaits Internet…), sommes-nous prêts à abandonner l’idée de posséder nos appareils ?

La location, un business à la mode

Techniquement, Apple ne serait pas le premier à se lancer sur ce business model. Cependant, au vu de l’influence de la marque, on peut imaginer que l’arrivée d’un service d’appareil sur abonnement pourrait provoquer un véritable séisme sur le marché. Aujourd’hui, ce sont surtout des entreprises spécialisées qui en profitent, moins les marques.

En France par exemple, il existe une entreprise nommée NextMobiles. Lancée en juin 2020, elle propose à ses clients de louer un téléphone pendant plusieurs mois, avec une assurance et un service de réparation inclus. Le dernier iPhone 13 y est proposé au tarif de 39,90 euros par mois, avec la possibilité de changer d’appareil quand on le souhaite (le changement est payant les premiers mois, gratuits au bout de 12 mois). L’idée de l’entreprise est de rendre accessible des appareils habituellement très coûteux, tout en retirant aux clients le poids de la revente lorsqu’ils souhaitent changer d’appareil.

Next Mobiles
Next Mobiles propose des smartphones Apple, Samsung et Xiaomi. // Source : nextmobiles.com

Un service comme NextMobiles est-il rentable ? Tout dépend des clients. Prenons l’exemple de l’iPhone 13 à 39,90 euros par mois et admettons que nous le rendions douze mois après le début de la location, au moment de la sortie de l’iPhone 14. Il nous aura alors coûté 480 euros, alors qu’un iPhone 13 neuf coûte 909 euros. En revendant l’iPhone que nous aurions acheté, nous aurions sûrement été gagnants. Cependant, l’offre de NextMobiles permet de le renvoyer facilement et ne prend pas en compte les éventuels coups qu’aurait pu prendre le téléphone, grâce à l’assurance incluse qu’Apple vend 229 euros. L’offre est d’autant plus intéressante pour celles et ceux qui veulent changer encore plus souvent.

Si NextMobiles repose sur la location, il permet aussi à un client satisfait de conserver son appareil indéfiniment au bout de 24 mois, contre 1 euro symbolique. Reste à savoir si Apple envisagerait un tel système ou si sa location forcerait, quoiqu’il arrive, le consommateur à renoncer au produit quand il arrête de payer.

Interrogés par Numerama il y a plusieurs semaines, les dirigeants de NextMobiles nous confiaient avoir déjà réunir « plusieurs milliers de clients », tout en indiquant que « les iPhone sont les plus populaires ». Plus les prix des smartphones montent, plus la demande est forte.

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L’iPhone 13 vert est disponible en location. // Source : Louise Audry pour Numerama

D’autres entreprises, comme la Fnac, proposent aussi à leurs clients des services de location. Chez les constructeurs, Samsung est, à notre connaissance, le seul à proposer la location de ses smartphones Galaxy en 2022. À chaque fois, l’idée est la même : pouvoir facilement changer, sans avoir à s’inquiéter de la perte de valeur de son appareil.

Quelle responsabilité écologique ?

Si la location peut être séduisante pour les consommateurs, elle l’est encore plus pour les marques. Dans le cas d’Apple, on peut facilement imaginer que l’entreprise vous forcerait à souscrire à ses services avec son iPhone loué, ce qui augmenterait son nombre d’utilisateurs. L’arrivée de revenus réguliers devrait aussi satisfaire les investisseurs.

La seule question que l’on peut se poser sur ce genre de modèle concerne la responsabilité écologique des marques. À l’heure où les pouvoirs publics appellent les consommateurs à garder leurs appareils tant qu’ils fonctionnent, comment Apple pourrait-elle inciter à changer de téléphone tous les ans, voire moins ?

Aujourd’hui, les offres de location mettent en avant le reconditionnement des appareils qu’ils récupèrent, mais aucune ne dit vraiment ce qu’elle fait des appareils reconditionnés. Peut-on créer un nouveau cycle pour les produits ? Avec des appareils d’abord loués neufs, puis re-loués plusieurs fois ensuite à des tarifs plus petits ? C’est indéniablement un des enjeux de ce futur modèle économique, s’il voit le jour.