On s’agite comme des puces dans la cryptosphère. Le géant des semi-conducteurs Intel va dévoiler un processeur dédié au bitcoin « ultra-basse tension à haut rendement énergétique ». Le Graal pour du minage plus écolo et économe ? Pas si vite.

Une découverte hasardeuse en lisant le programme d’une conférence. C’est ainsi que le site spécialisé Tom’s Hardware présente l’affaire. En se penchant sur les événements spéciaux qui se dérouleront fin février 2022 lors de l’ISSCC, la grand-messe étatsunienne des ingénieurs en électronique, un rendez-vous pique la curiosité.

Une dizaine de chercheurs bossant pour Intel ont prévu de dévoiler un nouveau circuit intégré (ASIC) surperformant pour miner du bitcoin. Du matériel à la fois moins gourmand en électricité et plus efficient technologiquement.

En l’absence de réaction officielle du géant des semi-conducteurs pour l’instant, le moulin à rumeurs et l’usine à promesses des réseaux sociaux s’emballe évidemment. Surtout que les scientifiques d’Intel ont su mettre la puce à l’oreille en intitulant leur intervention « Bonanza Mine », une référence assumée à un filon du Nouveau-Mexique, historiquement connu pour son abondance en minerais précieux.

R&D depuis plusieurs années

Au début du bitcoin, les mineurs amateurs utilisaient des CPU standards pour participer au réseau. À mesure que la difficulté de minage augmentait, les différents acteurs ont appris à adapter leurs moyens, recourant aux processeurs graphiques (GPU) plus puissants. Mais l’écosystème avait rapidement dû s’industrialiser et les ASIC apparurent vers 2012.

Bitcoin requiert depuis des accélérateurs matériels, lesdits ASIC, puissants certes mais réclamant quantité d’énergie. Ces ASIC traitent des données inhérentes à la communication cryptographique (comme les nonces intégrés aux blocs — pour number only used once — que les mineurs calculent pour opérer les transactions). Malgré les progrès, les accélérateurs matériels séquencent encore les transactions en plusieurs étapes redondantes. Les travaux d’optimisation occupent toujours plus d’ingénieurs.

Le géant Intel ne débarque pas soudainement dans ce domaine de la crypto riche en effets d’annonce. Ses équipes planchent sur le sujet depuis plusieurs années maintenant. Depuis 2018 d’ailleurs, Intel détient même un brevet pour cette fameuse technologie destinée à améliorer la prise en charge de l’algorithme (de hachage sécurisé SHA-256) propre à bitcoin. Et deux des inventeurs brevetés se retrouvent justement dans la liste des conférenciers attendus à l’ISSCC le mois prochain.

Efficace ?

L’infrastructure informatique pour le bitcoin a phénoménalement évolué. En dix ans, les ASIC ont gagné en performances, à la fois plus puissants et plus économes en énergie : « environ 50 millions de fois plus rapides (H/s) et un million de fois plus économes en énergie (H/J) que les processeurs utilisés en 2009 », avait déjà quantifié Michael Bedford Taylor, professeur en génie informatique de l’Université de Washington.

Sans se perdre dans du jargon technique, comment cette « nouvelle » puce d’Intel parviendrait alors à optimiser encore davantage le processus ?

À l’époque d’obtention du brevet, les chercheurs d’Intel avaient donc mis au point une nouvelle architecture pour les circuits et les chemins de données qui réduisait physiquement et arithmétiquement le nombre de calcul. La puce résultante serait également plus petite que celles embarquées présentement dans les installations de mining. Un tel système devait permettre de diminuer les besoins énergétiques et donc la consommation d’au moins 15%.

On peut dès lors s’attendre à des gains d’efficience substantiels. Mais en ces temps où les semi-conducteurs ont surtout défrayé l’actualité par l’ampleur des pénuries, reste à voir si la présentation d’Intel introduira un nouveau produit très attendu pour un marché qui reste de niche, livrera un état des lieux sur les avancées d’un ambitieux projet de recherche ou offrira un outil pour réconcilier le grand public avec le minage de bitcoin.