Avec ce franc-parler qui le caractérise, le président de VideoLAN, l’association éditrice du logiciel VLC, a brossé un tableau réaliste de l’écosystème du bitcoin. Jean-Baptiste Kempf a offert à son audience une analyse intéressante de la « hype crypto », non sans punchlines spontanées. Morceaux choisis.

Carte blanche. Il avait le champ libre le fondateur et président de VideoLAN, l’association sans but lucratif qui gère VLC(le « logiciel français le plus utilisé au monde et le moins rentable de la planète »), comme il aime à le rappeler.

Jean-Baptiste Kempf a ainsi ponctué avec impertinence la conférence de TMA France intitulée « Cryptomonnaies et Blockchain dans l’entreprise, bulle ou opportunité ? » à la mi-décembre 2021.

Goguenard, cet ingénieur informaticien de formation a entamé sa conclusion par une anecdote. Il s’est remémoré avoir très tôt miné du bitcoin, à cette époque légendaire où la cryptomonnaie ne valait que quelques euros, et avoir égaré un disque dur supposément truffé d’une centaine de BTC. Autrement dit, une petite fortune au prix du marché actuel : dans les 5 millions d’euros (et il ne serait d’ailleurs pas le seul).

Bref, Jean-Baptiste Kempf n’allait pas être de bon conseil pour du trading, mais se pencherait surtout sur les progrès techniques et les perspectives d’évolution de la crypto.

Problèmes mathématiques

« Une avancée majeure de Bitcoin, c’est que la proof-of work fonctionne mathématiquement. Aujourd’hui, les autres solutions moins énergivores, comme la proof-of-stake, ne marchent pas mathématiquement. On en est proche mais on perd alors la décentralisation », a-t-il tranché.

Appuyant son analyse d’abord sur son master en informatique distribuée, Jean-Baptiste Kempf a confié que chez VideoLAN, on avait également mis les mains dans le cambouis crypto. Au travers d’expérimentations aux bonheurs divers. À l’instar de l’idée avant-gardiste du « ConeCoin » dès 2014, une monnaie numérique surfant sur l’emblématique logo en cône de chantier de VLC. L’équipe a abandonné ce projet jugé à faible valeur ajoutée (mais aussi suite au backlash de la communauté).

Autre exemple, un système vidéo décentralisé où la preuve de travail consisterait, non pas à résoudre un algorithme comme sur Bitcoin, mais à encoder une vidéo. Un « minage utile » sachant que l’encodage vidéo mobilise énormément des ressources de calcul dans le cloud. Projet avorté, compte tenu des difficultés techniques.

Source : canva
Source : canva

« Il n’y a pas grand monde qui y comprend quelque chose »

Par son exposé, le fondateur de VideoLAN a soulevé un véritable enjeu, particulièrement préoccupant : le manque de connaissances, d’expertise technique. Non pas pour tenir un plaidoyer en faveur du scientisme mais pour dénoncer une certaine « hype crypto » qui repose, selon lui, rarement sur des fondamentaux informatiques.

« Il n’y a pas grand monde qui y comprend quelque chose. Même des crypto-fans, même dans le monde de la crypto, le nombre de pipeauteurs est absolument infini. Le nombre de mecs qui n’ont pas fait les preuves en maths est infini aussi. Franchement, c’est affligeant. Il y a des gens qui ne comprennent pas ce qu’est le théorème CAP, le théorème de l’élection d’un chef, qui sont des théories informatiques très connues », a regretté Jean-Baptiste Kempf.

Ultime démonstration, il a dézingué la mode des NFT, servant parfois de prétexte numérique pour éluder l’impôt dans un écosystème pauvre scientifiquement (mais qui peuvent, dans le cas de l’art par exemple, avoir un intérêt, si tant est que l’on fasse fi des spéculateurs).

« Un mec a développé un smart contract pour un NFT sur github et tout le monde le copie. Tous. Il faudrait remonter à la source, comprendre le code du contrat, peu de gens y parviennent », a épilogué le président de VideoLAN.