London, la mise à jour de l'Ethereum, doit avoir lieu le 5 août 2021. Très ambitieuse, London va permettre de résoudre de nombreux problèmes sur la blockchain. Mais certains mineurs sont contre sa mise en œuvre.

Sur le site officiel de l’Ethereum, on est accueilli par une bannière et un compte à rebours, affichant les heures qui s’écoulent. «  La version London arrive dans 22h34 ! », peut-on lire à côté du compte à rebours et d’un emoji confettis. Elle doit se déployer dans la journée du 5 août, très exactement au 12 965 000ème bloc.

London, c’est la prochaine mise à jour de la blockchain Ethereum, l’une des plus attendues, et aussi l’une des plus ambitieuses. Mais en plus de nombreuses améliorations techniques demandées depuis longtemps, London apporte également son lot de nouveautés. Et elles ne plaisent pas à tout le monde.

Ethereum // Source : EthWorks & Alan Wu

Pourquoi London ?

Il est important de préciser dès le début que London est un hard fork — c’est-à-dire un changement des règles de fonctionnement, qui va impacter le futur de la blockchain de manière importante et irrémédiable. Il est également essentiel d’indiquer que London n’est pas Ethereum 2.0 : le passage d’un protocole de consensus de la proof of work à la proof of stake n’a pas encore de date officielle. Néanmoins, Ethereum a indiqué que les chercheurs sur le projet avançaient vite, et que « La Convergence aurait lieu plus tôt que prévu », avant la fin d’année 2021.

Pour mieux comprendre les enjeux auxquels London doit répondre, il faut rappeler que la blockchain d’Ethereum est très utilisée, que ce soit pour les NFT, ou pour l’exécution de contrats intelligents. Ces nombreux usages font que le nombre d’interactions sur la blockchain est élevé : on en compte entre 10 et 30 à la seconde sur Ethereum, contre entre 3 et 7 transactions par seconde sur la blockchain du bitcoin.

Seulement, la blockchain a du mal à répondre à toutes les demandes, qui sont de plus en plus nombreuses. C’est notamment pour cela que le prix des gas fee, des frais qui s’appliquent pour chaque transaction inscrite sur la blockchain, augmente graduellement depuis des années. Chez Numerama, on a nous-mêmes dû payer ces frais de gaz particulièrement peu plaisants lorsque nous avons fait notre NFT (et c’est en grande partie à cause de ces frais de gaz que nous avons perdu 150e).

L’augmentation du prix des gas fee de l’Ethereum // Source : Ycharts

Pour les mineurs, qui touchent ces gas fee en échange de la validation des transactions sur la blockchain, la montée des prix est une très bonne nouvelle. Mais pour toutes les autres personnes, et particulièrement celles qui se servent de la blockchain pour développer des applications, les gas fees sont devenus un vrai poids économique. Le problème est devenu tel que certains projets concurrents de blockchain pour contrats intelligents se sont montés, comme Solana, et de nombreux utilisateurs d’Ethereum ont préféré partir. Afin de remédier à ce problème, une EIP (Ethereum Improvement Proposal, proposition d’amélioration pour Ethereum, ndlr) a été déposée.

L’EIP 1559, au cœur de London

L’EIP 1559 a été acceptée, et compte parmi les changements les plus importants que va apporter London. Elle prévoit de modifier le fonctionnement du montant des gas fee, jusqu’à présent calculé en fonction du nombre de transactions en cours sur la blockchain. Il sera désormais calculé selon un autre modèle. Il y aura un prix de base (appelé base fee), que les utilisateurs seront obligés de payer, et qui variera en fonction de la congestion de la blockchain, mais de manière précise et prévisible. À ce prix de base pourra s’ajouter une sorte de pourboire, que les utilisateurs choisiront ou non de payer en fonction de la rapidité à laquelle ils veulent leur transaction traitée. Certains experts estiment que le prix des transactions diminuerait ainsi de 90 %.

L’EIP 1559 apporte également d’autres changements. Comme nous l’expliquions déjà il y a quelques semaines, la mise à jour va également introduire la pratique du coin burn dans la blockchain. Le coin burn est une pratique qui consiste à détruire volontairement des unités de cryptomonnaies, le tout afin d’en faire augmenter la valeur. À compter du moment où London sera mise en place, le base fee dont les utilisateurs devront s’acquitter sera systématiquement détruit. À chaque transaction sur la blockchain, donc, des ETH seront burned. En conséquence, moins d’ETH seront produits chaque année à partir de maintenant — ce qui est semblable à la technique du halving utilisée par le bitcoin — et ce qui devrait largement participer à augmenter la valeur de la cryptomonnaie.

Les autres nouveautés

London ne s’arrête pas aux changements introduits par l’EIP 1559, même s’ils sont ceux qui ont le plus d’impacts sur la blockchain et son fonctionnement. London comprend également les EIPS suivants :

Ethereum // Source : Executium / Unsplash

Pourquoi certains mineurs détestent-ils London ?

Faire monter la valeur de l’ETH en introduisant le coin burn, faire baisser les gas fee, et permettre le développement de nouveaux contrats intelligents sont de très bonnes nouvelles pour les utilisateurs de la blockchain et pour les investisseurs. Mais, pour les mineurs, ce n’est pas forcément le cas, et pour une raison toute simple : la baisse du prix des gas fee.

La mise en jour va en effet radicalement changer la façon dont les mineurs sont rémunérés. Et depuis l’annonce de l’arrivée de London et de l’EIP 1559 il y a quelques mois, de très nombreux mineurs ont publiquement annoncé leur mécontentement – en menaçant parfois de faire grève. Ainsi, SparkPool, l’un des plus gros groupes de mineurs d’ETH et qui possède 24 % du hashrate, a déclaré sur Twitter qu’il s’opposait à la mise en place de l’EIP 1559, tout comme Flexpool, qui a lancé une campagne contre London.

Leur mécontentement pourrait avoir de sérieuses conséquences : c’est ce qui est arrivé en 2017 au bitcoin, dont la blockchain a été scindée en deux à la suite d’un désaccord entre les mineurs.

Les développeurs en charge du projet se sont cependant montrés rassurants ces derniers mois. Interrogé en janvier par le média spécialisé Coindesk, Tim Beiko, le développeur en charge de London, expliquait qu’un scénario catastrophe était peu probable. « Il faudrait un groupe de mineurs représentant au moins 51 % du hashrate pour empêcher la mise à jour », avait-il notamment indiqué.

Reste à voir ce que les mineurs vont faire. Moins de 24 heures avant London, sur Twitter et les réseaux sociaux, les rappels concernant la mise à jour sont légion : il faut en effet que les mineurs exécutent une opération sur leur ordinateur afin de pouvoir continuer de miner avec London. La réponse ne devrait pas tarder.

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