Début février 2020, des entreprises ont commencé à se désister du salon de la mobilité de Barcelone. Le 12, l'organisation a annulé sa tenue en 2020.

Mise à jour du 12/02/2020  : après une semaine d’indécision qui frisait la comédie, au vu du nombre d’entreprises et de partenaires ayant annulé leur présence, la direction du GSMA qui organise le Mobile World Congress a pris la décision d’annuler le salon. Si l’impact sur l’industrie de la tech devrait être limité, les grandes annonces n’ayant plus lieu dans ces salons, les répercussions pour la ville de Barcelone et les plus petites entreprises qui trouvaient au MWC un lieu où se montrer à la presse et aux investisseurs pourraient être conséquentes.

Article original : Après LG, ZTE et Ericsson, Sony, Amazon, TCL et Nvidia ont annoncé se retirer du Mobile World Congress de Barcelone. Le plus grand salon industriel des technologies mobiles, qui doit se tenir le 24 février 2020, ne sera pas celui que l’on connaît et que l’on couvre depuis toutes ces années. La cause est connue : des mesures doivent être prises pour empêcher la diffusion du coronavirus nCov-2019. Et en effet, quoi de mieux pour un virus particulièrement contagieux, qu’un immense hall où se croiseront pendant 4 jours des individus venus des quatre coins du monde, fatigués par le voyage et l’animation du salon, affaiblis par la climatisation trop forte ?

CC Flickr NVIDIA Corporation

Des mesures drastiques

Le GSMA, organisateur du Mobile World Congress, compte maintenir l’événement. Le 9 février, l’entreprise a annoncé prendre des mesures particulièrement radicales pour empêcher que le MWC soit l’épicentre d’une crise sanitaire. Certaines sont particulièrement poussées. On apprend ainsi que « tous les visiteurs de la province de Hubei (ndlr, celle de la ville de Wuhan en Chine où tout a débuté), seront refusés  ». De même, toutes les personnes qui sont allées en Chine devront prouver qu’elles n’y étaient pas les 14 derniers jours qui précéderont l’événement — ce qui correspond à peu près à la période d’incubation du virus.

Du côté des installations, en plus des nécessaires et classiques distributeurs de gel hydroalcoolique, le GSMA affirme qu’il mettra en place des contrôles de la température (à l’entrée ?) et que les participants devront tous certifier qu’ils n’ont pas été en contact avec quelqu’un d’infecté. Cette dernière mesure est audacieuse, vu qu’elle repose à la fois sur la bonne foi des personnes et sur leur connaissance parfaite de l’état de santé de leur entourage.

L’organisateur annonce par ailleurs que, traditionnellement, à peu près 5 000 à 6 000 personnes viennent de Chine — industriels, analystes et journalistes –, ce qui correspond à 6 % des participants. En 2019, 109 000 visiteurs ont arpenté les allées du centre de convention Fira Gran Via, venus de 198 pays. Cette affluence et la diversité des origines des visiteurs font du MWC un bassin de contagion particulièrement efficace pour le virus, qui pourrait à la fois utiliser le MWC comme tremplin européen (on ne contrôlera pas les milliers de personnes revenant d’Espagne comme on contrôle celles revenant de Chine) et comme base de développement mondial. Début février, l’OMS ne comptabilisait le virus que dans 23 pays.

Le coronavirus nCov-2019 (illustration). // Source : Numerama / Claire Braikeh

Le MWC mérite-t-il une prise de risque ?

D’après les informations que nous avons, certaines marques chinoises qui sont traditionnellement très présentes au MWC, enverront leurs délégations européennes pour soutenir les équipes locales — bien souvent de jeunes gens employés le temps du MWC pour présenter les produits. Mais d’ici au 24 février, tout peut encore changer. Le GSMA se veut rassurant en annonçant 2 800 participants, mais le désistement d’un partenaire de premier rang comme Nvidia, qui devait animer des conférences et des ateliers, montre que la situation n’est pas encore stabilisée.

Est-ce que les médias, qui étaient plus de 3 600 l’an passé, se risqueront à faire le déplacement si les grandes marques renoncent ? Année après année, le MWC souffre d’un appauvrissement en annonces, à mesure que les entreprises se détournent des salons pour créer des événements individuels — pour sa gamme Galaxy S20, Samsung a par exemple choisi un événement californien le 11 février. En 2020, en plus de cette érosion, le salon doit tout faire pour qu’on ne se souvienne pas de cette édition comme celle qui a internationalisé le coronavirus.

Reste au GSMA la lourde tâche d’évaluer scientifiquement et socialement le risque, ce qui, in fine, pourra conduire au maintien ou à l’annulation du salon.

Crédit photo de la une : Numerama

Partager sur les réseaux sociaux