Si l'épidémie du nouveau coronavirus a désormais été qualifiée de « pandémie » au sens scientifique par l'Organisation mondiale de la Santé. Voici ce que cela implique par rapport au terme d'épidémie utilisé jusqu'ici.

Mise à jour du 11 mars 2020 : L’OMS vient de déclarer que l’épidémie du coronavirus était désormais « considérée comme une pandémie ». Si l’épidémie du nouveau coronavirus originaire de Wuhan, ne pouvait pas être qualifiée de « pandémie » au sens scientifique fin janvier dernier, lors de la première publication de cet article, les choses ont depuis évolué. Explications ci-dessous.

Article original du 28 janvier 2020 :

Depuis fin décembre 2019, l’émergence d’un tout nouveau virus attire énormément l’attention : 2019-nCov. Ce coronavirus a déclenché une épidémie croissante. Si elle a d’abord été confinée au foyer d’origine, à Wuhan, en Chine, des cas ont été détectés en Thaïlande, au Japon, en Australie, en Corée du Sud, ainsi qu’aux États-Unis et en Allemagne. Il y a trois cas avérés en France.

Le 28 janvier 2020, le bilan était de 106 morts et 4 500 personnes infectées. En Chine, le Nouvel An a été annulé ; plusieurs villes étaient en quarantaine ; et de nombreux aéroports dans le monde avaient renforcé leur contrôle pour les vols en provenance de Chine.

Si l’OMS a convoqué une réunion d’urgence, le 24 janvier dernier, l’organisation a affirmé l’existence d’une menace élevée, mais n’a pas pour autant déclaré une « urgence de santé publique de portée internationale ». L’inquiétude est palpable dans la population. À la fin de sa dernière vidéo à plus de 200 000 vues, le youtubeur-journaliste Hugo Travers proposait un sondage « Êtes-vous inquiet du coronavirus ? ». Résultat : 27 % oui, 33 % plutôt oui, ce qui représente plus de 50 % de personnes au moins un peu inquiètes.

Le coronavirus nCov-2019 (illustration). // Source : Numerama / Claire Braikeh

S’il ne faut évidemment pas décrire nCov comme n’étant « pas grave », ni comme dénué de tout danger ou de difficultés à le gérer, le climat de panique n’est pas non plus fondé. L’heure n’est pas à l’inquiétude globale, ce que génère pourtant l’alarmisme ambiant. Il semblerait que l’une des craintes majeures soit l’émergence d’une « pandémie ». Mais pour l’instant, le coronavirus ne dépasse pas le stade de l’épidémie. Explication de cette différence cruciale pour bien saisir le niveau d’alerte.

Une différence dans la gravité de l’échelle d’infection

Ce qui dissocie l’épidémie de la pandémie concerne à la fois la gravité du phénomène que la typologie de diffusion. Un virus crée une épidémie dès lors qu’il y a plusieurs cas d’une même maladie, survenant dans un temps limité, dans un endroit géographiquement bien précisé. La pandémie correspond à une diffusion à l’échelle mondiale. Dans le cas du coronavirus, le fait qu’il y ait des cas dans d’autres pays que la Chine ne suffit pas pour autant à l’intégrer dans la catégorie d’une pandémie.

« Pour qu’il y ait une pandémie, il faut que cela se diffuse partout et que l’on ne maîtrise plus rien », précise Yves Hansmann, chef des Services des Maladies Infectieuses et Tropicales à l’hôpital de Strasbourg, interrogé par Numerama. Les deux situations sont différentes :

  • En cas d’épidémie, la diffusion du virus se fait «  de manière relativement lente », à partir d’une souche légèrement différente des précédentes. La diffusion est « modérée, mais malgré tout mondiale », nous indique Yves Hansmann.
  • En cas de pandémie, ce sont «  des souches très nouvelles qui ont subi des modifications antigéniques très différentes ». Ces souches-là vont se diffuser « plus rapidement » et à «  plus large échelle » que pour une épidémie.

Les cas connus de pandémies mondiales les plus graves sont la peste noire et la grippe espagnole. Le VIH est aussi considéré comme une pandémie. Certaines grippes saisonnières ont pu également se transformer en pandémie grippale lorsqu’elles ont touché soudainement de grandes zones géographiques. Une maladie extrêmement grave et mortelle comme Ebola est une épidémie et non pas une pandémie, car elle ne sort pas d’une zone géographique définie.

Pas de pandémie sans diffusion dans les pays secondaires

En clair : une pandémie se veut globale, rapide, incontrôlable, virulente, là où l’épidémie, même quand elle se répand dans le monde et même quand elle est virulente, reste un minimum localisée. Un jeu comme Plague Inc, qui rencontre un nouveau succès du fait du coronavirus, décrit une pandémie et non une épidémie. Pour nCov, s’il y a bien des personnes infectées qui ont été prises en charge à plusieurs endroits dans le monde, ces patients revenaient de Chine et y avaient été contaminés sur place — à l’image des cas pour l’instant enregistrés en France.

Or, comme le précise Yves Hansmann à Numerama, « à partir du moment où il n’y a pas de diffusion dans les pays secondaires qui ont été touchés, on reste dans le cadre de quelque chose d’épidémique ». À l’heure actuelle, le virus est compliqué à comprendre. Il est nouveau et pose des difficultés : ses symptômes sont proches de n’importe quelle grippe hivernale ; des personnes infectées pourraient rester longtemps asymptomatique ; aucun vaccin n’a encore été trouvé ; sa diffusion se fait par voie d’« air ». Mais la situation reste contrôlée, rarement des mesures de quarantaine ont été prises à une telle échelle et aussi rapidement ; et aujourd’hui le coronavirus ne se diffuse pas dans les pays touchés par des cas.

2019-nCov n’a donc pas déclenché de pandémie dans sa forme actuelle.

Crédit photo de la une : Carte de la Chine par nombre de cas de nCov enregistrés, à date du 26 janvier 2020 (plus le violet est foncé, plus il y a de cas : on repère bien l'épicentre de la région de Wuhan, au centre du pays).

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