Snapchat lancera, dès le 18 décembre 2019, la fonctionnalité Cameos. À partir d'une technologie de deepfake, elle permet d'intégrer votre visage à d'autres vidéos, pour créer une sorte de gif personnalisé.

C’est en France que Snapchat a commencé à déployer sa toute nouvelle fonctionnalité : Cameos. Après l’avoir mise progressivement en service dès le week-end, le réseau social l’a officiellement annoncée dans un communiqué publié le lundi 9 décembre 2019. Cette nouveauté est similaire au bitmoji, sauf qu’elle utilise une technologie de deepfake pour y mettre… votre propre visage.

Si les fonctionnalités de Snapchat ont fait son succès lors de sa création, l’application est aujourd’hui quelque peu à la traîne. D’autres apps, et notamment Facebook, ont intégré les stories et les lenses à leur mode de fonctionnement. Avec Cameos, Snapchat espère probablement se démarquer à nouveau. Dans cette même stratégie, le réseau social a récemment lancé sa propre version de FaceApp, le filtre qui nous vieillit, en essayant de recréer le buzz. Le déploiement mondial de Cameos est quant à lui programmé pour le 18 décembre sur Android et iOs.

Oui, avec Cameos vous pourrez… mettre votre visage… sur des chats… // Source : Snapchat

Transformez-vous en gif

Cette fonctionnalité consiste à vous prendre en selfie puis à incruster cette image sur une vidéo tournant en boucle. Concrètement, vous vous transformez en un gif que vous pouvez envoyer à vos amis. Si vous avez toujours rêvé de voir votre visage sur un chat, vous serez comblés. Il sera même possible de faire des Caméos à deux. Snapchat mettra à votre disposition une bibliothèque de 150 petites vidéos drôles — avec de vraies images ou des animations — sur lesquelles effectuer cette opération. Cette bibliothèque s’agrandira à l’avenir.

Les utilisateurs et utilisatrices qui ont déjà accès à Cameos se sont empressés d’en partager de premiers exemples sur Twitter. Cela permet de constater l’étendue des possibilités : en plus des chats (l’image plus haut), vous pouvez vous retrouver en train de surfer sur le dos d’un pote ; en train de dévorer un festin de bagels et de pizzas ; ou dans un océan de billets verts.

Face à ces gifs, il y a évidemment de quoi être partagé entre un côté amusant et un côté plutôt « creepy » digne d’un épisode de Black Mirror. Cela dit, le vrai problème que pourrait poser Cameos n’est peut-être pas tant la sensation qu’il génère (ou non) chez nous… que la technologie qu’il contribue à démocratiser dans nos vies.

Les portes de l’enfer du deepfake ?

Cette fonctionnalité découpe l’image de votre visage pour l’incruster sur le corps d’une autre personne. Il en résulte une vidéo complète donnant l’illusion que vous êtes présents dans un lieu où vous n’êtes jamais allés, faisant l’action de quelqu’un d’autre. Il s’agit ni plus ni moins d’une technologie de deepfake. Ce type d’algorithmes est très controversé, depuis leur invention et leur développement toujours plus soutenu. L’application chinoise Zao, qui permet d’intégrer un autre visage sur celui d’acteurs et d’actrices, avait été sous le feu des critiques.

Les deepfakes peuvent être utilisés en politique — comme dans cette célèbre fausse vidéo d’Obama, ce qui a de quoi inquiéter face à l’explosion de désinformation sur le web. Mais ils sont aussi, voire surtout, pour l’instant, utilisés dans les versants les plus malsains de la pornographie. Les problématiques soulevées par ces algorithmes de pointe avaient même poussé une députée française à suggérer un projet de loi, ce à quoi le gouvernement a répondu y être attentif, mais que tout est déjà fait pour protéger contre les deepfakes.

La fonctionnalité Cameos est bien loin de tous ces exemples : les gifs envoyés à vos amis sont impossibles à confondre avec la réalité. L’utilisation qui est faite des deepfakes est d’ailleurs à but purement humoristique, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose en soi. Pour autant, on peut se demander si Snapchat ne risque pas générer une tendance dans l’utilisation de cette technologie. Le meilleur scénario serait que les deekfakes soient définitivement associés à l’humour ; mais quand on connaît les dérives de l’outil, et la tendance du web à foncer dans les dérives d’un outil, le démocratiser ne sera peut-être pas pour le meilleur.

Crédit photo de la une : Snapchat

Partager sur les réseaux sociaux