La petite phrase lâchée par le chancelier Friedrich Merz ne s’est pas arrêtée aux frontières allemandes. Elle a provoqué une onde de choc qui s’est propagée aux autres pays engagés ou intéressés par le projet de système de combat aérien du futur (SCAF), à savoir l’Espagne et la Belgique, en plus de la France et de l’Allemagne.
« Je suis en train de vérifier si la Luftwaffe aura réellement besoin d‘un avion de sixième génération », a-t-il ainsi déclaré lors d’un podcast qui évoquait le SCAF et, plus particulièrement, son cœur : le Next Generation Fighter (NGF), qui doit être le futur avion de guerre devant succéder vers 2040 au Rafale en France et au Typhoon en Espagne et en Allemagne.
Pas de sixième génération d’avion pour Berlin ?
Berlin, qui commencera à réceptionner un avion de 5e génération en 2026 (le F-35 américain), se demande si ça vaut vraiment le coup de construire un aéronef de 6e génération, vu la modernité de l’appareil qu’il va recevoir et ses capacités d’évolution. Peut-être vaudrait-il mieux sauter une génération et viser directement la suivante ?
C’est typiquement ce qu’a fait la France : le Dassault Rafale appartient à la 4e génération et le SCAF va permettre à Paris de passer directement à la 6e. Pour combler le trou, l’Hexagone mise sur l’évolutivité du Rafale, pour qu’il reste à la pointe de la technologie et de l’employabilité pour encore une bonne quinzaine d’années.

Derrière cette petite phrase, il y a surtout les mêmes désaccords entre Paris et Berlin qui ne sont pas surmontés. Ceux-ci touchent pratiquement tous les aspects du SCAF : quelle répartition industrielle entre les entreprises ? Quel leadership ? Quelles retombées économiques et d’emploi ? Et, surtout, quels besoins et usages militaires ?
Grossièrement, la France désire un avion plutôt léger pour pouvoir apponter et être lancé depuis un porte-avions. Paris entend aussi lui garantir une capacité stratégique, c’est-à-dire tirer des missiles nucléaires. L’Allemagne n’a pas ces besoins et vise plutôt un aéronef largement axé sur la défense et la supériorité aérienne.
L’Espagne reste engagée, la Belgique s’éloigne
Qu’en est-il des autres pays européens ? Du côté espagnol, qui est membre à part entière du SCAF, un signal rassurant a été émis. Ainsi, le ministère de la Défense espagnol a déclaré que Madrid « restait pleinement engagé dans le programme fondé sur les principes établis » dans l’accord-cadre signé en 2019, selon des propos rapportés par l’AFP.
Mais du côté belge, le ton est nettement moins favorable. Bruxelles, qui a rejoint le projet avec un statut d’observateur, n’a pas encore injecté les mêmes sommes que ses voisins, ni n’a les mêmes engagements, ce qui lui permet une parole plus libre — même si le pays n’a pas écarté l’idée d’avoir un statut de membre à part entière. Et elle est cinglante.
Ainsi, Theo Francken, ministre belge de la Défense, chargé du Commerce extérieur, a réagi sur X en déclarant que « la Belgique avait le statut d’observateur dans le cadre de ce programme. Nous allons réévaluer notre position », ce qui fait planer une sortie prochaine du SCAF. Et juste avant, Theo Francken évoquait les propos de Friedrich Merz.
Le feuilleton, assurément, n’est pas fini. Divers scénarios restent encore dans la balance : un sauvetage politique in extremis, le développement de deux versions du SCAF pour satisfaire tout le monde (avec le risque d’une explosion des coûts, annulant l’intérêt d’une coopération sur un même aéronef) ou l’explosion en vol, et la sortie d’un partenaire.
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