La Direction générale de l’armement (DGA) a officialisé la commande de ses premières munitions téléopérées à longue portée auprès du tandem industriel français MBDA et Aviation Design. Capable de frapper à plus de 500 kilomètres pour saturer les défenses adverses, ce « drone-missile » conçu pour être produit en masse sera livré aux forces armées dès la mi-2027.

C’est un engin qui a pu être décrit comme le « Shahed français », en référence à ces munitions rôdeuses — des drones suicides — fabriquées par l’Iran et employées quotidiennement par la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine. Ce type d’armement va désormais bientôt rejoindre l’arsenal de l’armée française.

Plus précisément, il s’agit ici de doter la France d’une munition téléopérée de longue portée, capable de franchir une grande distance avant de frapper une cible désignée. Jusqu’à présent, les commandes passées auprès des industriels impliquaient des modèles avec une capacité de franchissement moindre. Ici, on change de dimension.

Une capacité de frappe dans la grande profondeur

En effet, la Direction générale de l’armement (DGA) vient d’annoncer, le 22 janvier 2026, la commande d’un premier lot de munitions téléopérées de longue portée à MBDA, l’une des plus grandes entreprises de l’Europe de la défense, spécialisée notamment dans la production de missiles (Mistral, Meteor, Exocet, SCALP/Storm Shadow, Milan…).

Cette commande, notifiée le 30 décembre 2025, concrétise le projet de MBDA appelé « One-Way Effector » que le géant de l’armement avait présenté au salon du Bourget l’an passé. À l’époque, ce drone-missile était présenté comme un bon moyen de frapper loin, à plusieurs centaines de km, et de frapper en masse, avec un coût réduit.

MBDA One-Way Effector
Vue d’artiste d’une attaque saturante de drones kamikazes. // Source : MBDA

En effet, l’engin commandé et décrit par le ministère des Armées correspond aux spécifications de ce One-Way Effector. On parle d’une munition de type aile volante propulsée par un turboréacteur, capable d’atteindre une vitesse de 400 km/h. Armé d’une charge militaire de 40 kg, ce drone kamikaze peut franchir plus de 500 km, pour agir dans la profondeur adverse.

Par exemple frapper « des postes de commandement ou des dispositifs logistiques », illustre le ministère. « L’emploi de ces munitions, capables de naviguer en environnement électromagnétique brouillé, vise également à épuiser les systèmes de défense antiaérienne de la partie adverse par des tirs en salve de plusieurs munitions. »

Saturer pour « affoler » la défense adverse

La saturation de la défense adverse est d’ailleurs l’un des effets recherchés avec ce One-Way Effector. Il s’agit d’affoler les défenses ennemies par des attaques saturantes, pour forcer les systèmes antiaériens à se dévoiler, mais aussi à consommer leurs missiles de défense. Y compris, si nécessaire, en les sacrifiant — d’où l’intérêt à les avoir à bas coût.

Cette tactique aurait aussi comme intérêt de dégager la voie à des frappes en second temps, plus sérieuses et plus précieuses — comme des frappes à coups de missiles SCALP-EG, que l’armée française a en moindre quantité et dont le coût à l’unité est très élevé. D’ailleurs, MBDA a donné une idée du volume de production attendu de ce drone-missile : un millier par mois.

Cette cadence très importante a nécessité un rapprochement entre MBDA et Aviation Design pour la partie drone. « Le projet a, dès sa conception, pris en compte le besoin de produire en masse grâce à un design du système simplifié et une chaîne d’approvisionnement adaptée », note à ce titre la Direction générale de l’armement.

Une production de masse inspirée du civil

Pour y parvenir, ce schéma industriel mobilise des technologies duales (civiles et militaires) et s’inspire des méthodes de production de grande série. À l’été 2025, MBDA avait dit s’être rapproché du secteur automobile pour garantir les volumes. C’est une tendance lourde : il a été rapporté que Renault prêterait ses usines pour fabriquer des drones, en coopération avec Turgis Gaillard (on parle de 600 unités/mois).

Cette approche pragmatique se retrouve dans la méthode d’achat : pour aller vite, la DGA s’est appuyée sur le « Pacte drones aériens de défense » signé en juin 2024. L’expression de besoin a été volontairement laissée « ouverte », avec un nombre restreint d’exigences techniques, afin de favoriser l’innovation et surtout d’optimiser les coûts et les délais.

Le pari semble réussi sur le plan du calendrier. Les forces armées devraient recevoir les premiers exemplaires de ces munitions dès le milieu de l’année 2027.

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