Les mesures restrictives de SpaceX pour empêcher la Russie de se servir de Starlink en Ukraine ont visiblement ouvert une opportunité pour une contre-attaque. Les forces ukrainiennes ont ainsi progressé dans certains secteurs. Mais la coupure de l’accès à Internet n’explique pas tout.

Les nouvelles restrictions appliquées par SpaceX en Ukraine pour empêcher les Russes de se servir du réseau Starlink produisent-elles des effets sur le champ de bataille ? En tout cas, l’efficacité de la coupure depuis le début du mois de février est corrélée à de bonnes manœuvres militaires ukrainiennes et à un relatif repli des Russes à certains endroits.

Citant le Moscow Times, qui mentionne un responsable de l’OTAN, Nexta rapporte que la perte soudaine de la connectivité à Starlink — un service d’accès à Internet reposant sur une immense constellation de satellites — a causé des problèmes importants de commandement et de contrôle, côté russe. Et autant d’opportunités pour Kiev.

Toujours selon Moscow Times, il a été observé un recul des forces russes dans le sud de la région de Zaporijjia, ce qu’appuient d’autres rapports de terrain, comme l’indique le compte X Ukraine Control Map, faisant état d’une attaque-éclair qui a permis de reprendre le contrôle de plusieurs localités et de faire des prisonniers russes.

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Source : Montage Numerama

Une cécité numérique provoquée par SpaceX

Ces observations apparaissent être la conséquence directe de la cécité russe depuis la perte de l’accès à Starlink. Un aveuglement qui résulte d’une action diplomatique menée par Mykhailo Fedorov, tout récent ministre de la Défense après avoir géré la Transformation numérique. En outre, la prise de bec entre Elon Musk, patron de SpaceX, et Varsovie a pu peser.

En janvier, Mykhailo Fedorov a pris contact urgemment avec SpaceX pour « proposer des moyens concrets de résoudre le problème », « quelques heures après les informations selon lesquelles des drones russes équipés d’une connectivité Starlink opéraient au-dessus de villes ukrainiennes ». Et même jusqu’aux frontières avec l’OTAN.

Une solution radicale a été retenue : la mise en place d’une liste blanche, ce qu’a confirmé Gwynne Shotwell, la présidente de SpaceX. Dans ce cadre, seuls les terminaux officiellement enregistrés et vérifiés par Kiev sont dorénavant autorisés à se connecter, lorsqu’ils sont localisés en Ukraine. Un site dédié est disponible pour inscrire les appareils.

La conséquence pour les antennes opérant hors de cette liste blanche : elles sont automatiquement et systématiquement déconnectées. « Cela bloque l’utilisation de drones russes, sécurise les communications et protège les infrastructures énergétiques », s’est félicité le compte Defense of Ukraine, le 2 février.

La fin des drones rapides sous Starlink ?

À cette barrière administrative s’ajoute une contrainte technique, basée sur la vitesse de déplacement. Selon Euromaidan Press, SpaceX a bridé les terminaux se déplaçant à plus de 75 km/h, aux alentours du 4 février. Une manière évidente de contrer les drones russes se déplaçant rapidement et pouvant frapper parfois en profondeur en Ukraine.

« Alors que les petits drones à vue subjective peuvent être pilotés à vue ou par radio maillée (un réseau d’émetteurs et de récepteurs interconnectés), les drones d’attaque plus gros, ceux qui ont bombardé les bases logistiques et aériennes ukrainiennes dans une zone située entre 20 et 200 km derrière le front, dépendaient généralement de Starlink », disent nos confrères.

Cela ne suffira pas à interrompre les attaques par drones dans leur ensemble (comme le note Le Monde dans un point d’étape du 12 février, il y a encore eu 219 drones d’attaque et 25 missiles tirés sur l’Ukraine la nuit précédente), mais ces dispositions sont autant d’entraves mises en place pour diminuer le potentiel militaire de Moscou.

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La Russie tire chaque jour de nombreux drones sur l’Ukraine. // Source : Capture d’écran

La percée des « hérissons » à Houliaïpole

L’opportunité militaire saisie par Kiev à la suite de cette cécité numérique a été rapportée par Ukraine Control Map et Euromaidan Press. Ainsi, il a été rapporté que dans le secteur de Houliaïpole, une ville située dans la région de Zaporijjia, l’armée ukrainienne a soutenu une offensive en mobilisant des unités déployées sur d’autres fronts.

En particulier, il a été évoqué le redéploiement du 425e Régiment d’Assaut, auparavant placé à proximité de Pokrovsk, une localité sous forte pression de l’armée russe. « Le 5 février, écrit Euromaidan Press, les forces d’assaut ukrainiennes à l’ouest de Houliaïpole ont attaqué via neuf vecteurs, selon un cartographe. »

L’engagement de cette unité est décrit avec l’emploi de chars américains M-1 Abrams dotés de protections anti-drones spécifiques, surnommées « hedgehog » (hérisson) et qui recouvrent largement les blindés. Une couche supplémentaire toutefois imparfaite : les chenilles restent exposées, ce que des drones russes ont su exploiter, d’après des vidéos.

Si l’opération apparaît être un succès militaire pour l’Ukraine, on est très loin encore des grandes contre-offensives ukrainiennes qui avaient permis à Kiev en 2022 de reprendre de larges pans de son territoire envahi. À ce stade, on n’est pas face à une percée stratégique majeure ni à un front russe risquant de s’effondrer à tout moment.

Les observateurs, comme le consultant militaire Stéphane Audrand sur X, ont ainsi analysé l’évènement avec prudence, citant d’autres facteurs comme la fatigue des unités russes et la très basse densité des forces locales. Mais l’opportunité reste réelle grâce, aussi, à une meilleure organisation et coordination ukrainiennes. La coupure de Starlink a fait le reste.

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