Starlink, le réseau Internet par satellite de SpaceX, va abaisser l’orbite d’environ 4 400 satellites cette année : ils passeront de 550 à 480 kilomètres d’altitude, a annoncé le vice-président de l’ingénierie le 1er janvier 2026. De quoi compliquer la vie de ses concurrents.

La concurrence a de quoi pâlir. Starlink, le réseau Internet par satellite de SpaceX, va abaisser l’orbite d’environ 4 400 satellites cette année pour des raisons de sécurité, a annoncé Michael Nicolls, vice-président de l’ingénierie, dans un message publié sur X le 1er janvier 2026. Une large partie de la constellation Starlink passera ainsi de 550 à 480 kilomètres d’altitude au cours de l’année 2026. Officiellement, cette manœuvre vise à « condenser les orbites et améliorer la sécurité spatiale de plusieurs manières ».

Cette annonce intervient peu de temps après plusieurs incidents survenus à la mi-décembre. Le 12 décembre 2025, un satellite Starlink est par exemple passé à environ 200 mètres d’un engin chinois. Quelques jours plus tard, le 17 décembre, l’entreprise a également perdu tout contact avec l’un de ses satellites, victime d’une « anomalie ». Mais au-delà du renforcement de la sécurité de ses propres appareils, cette décision pourrait aussi avoir des conséquences non négligeables pour les concurrents de Starlink.

Pourquoi Starlink va-t-il abaisser ses satellites ?

Starlink affirme abaisser l’orbite de ses satellites avant tout pour des raisons de sécurité spatiale, afin de limiter les risques de collision et de permettre une rentrée atmosphérique plus rapide en cas de défaillance. Concrètement, ils évolueront désormais sous le « couloir » des 500 à 600 kilomètres d’altitude, une zone de plus en plus encombrée par d’autres constellations et par des débris. En dessous de 500 kilomètres, le nombre d’objets en orbite et de constellations planifiées est plus faible, ce qui réduit mécaniquement la probabilité de collision avec un satellite ou un débris.

Les satellites Starlink sont relativement proches de la Terre. Ils peuvent utiliser des fréquences spécifiques aux smartphones.
Les satellites en orbite basse. // Source : Numerama

Mais il ne s’agit pas uniquement d’une question de densité du trafic spatial. Starlink cherche aussi à anticiper l’arrivée d’un minimum solaire, prévu au début des années 2030. Le Soleil suit en effet un cycle d’environ 11 ans, alternant phases de maximum et de minimum d’activité (taches solaires, éruptions, etc.). Or, à l’approche d’un minimum solaire, l’atmosphère terrestre se « contracte » légèrement : sa densité diminue aux altitudes où évoluent les satellites, réduisant le freinage naturel exercé sur eux.

Le problème est alors évident : si un satellite tombe en panne pendant un minimum solaire, il mettra beaucoup plus de temps à redescendre naturellement. Ce freinage atmosphérique est en effet ce qui permet à un satellite de perdre progressivement de la vitesse orbitale et donc de l’altitude — un mécanisme bien moins efficace lors de ces périodes de faible activité solaire.

Résultat : à 550 kilomètres d’altitude, un satellite défaillant pourrait rester plus de quatre ans en orbite avant de retomber. Selon Michael Nicolls, vice-président de l’ingénierie, à 480 kilomètres, ce même satellite retomberait en quelques mois seulement, soit une réduction de plus de 80 % du temps passé en orbite. De quoi limiter d’autant la durée pendant laquelle une carcasse peut gêner ou menacer les autres engins spatiaux.

Quel impact cela aura-t-il sur les concurrents de Starlink ?

Si l’abaissement des satellites Starlink renforce bien la sécurité orbitale locale, il peut aussi rendre la vie plus compliquée pour les concurrents tant sur les plans techniques, réglementaires que commerciaux. En occupant massivement une coquille — une couche d’orbite à une même altitude — autour de 480 km, Starlink s’installe dans un couloir qui combine faible latence et désorbitation rapide, très attractif pour les constellations Internet.

Et plus cette coquille est remplie par une seule et même constellation, plus les nouveaux entrants devront soit choisir des altitudes moins optimales, soit gérer beaucoup plus de manœuvres d’évitement pour coexister. Pas facile, donc. Les nouveaux projets (Kuiper, constellations chinoises, initiatives régionales) devront fatalement composer avec un environnement où une grande partie des « meilleures » orbites basses pour l’Internet par satellite sont déjà occupées par un acteur dominant, ce qui peut retarder ou limiter leurs déploiements.

Pendant que les concurrents devront réfléchir à deux fois aux conditions de leur déploiement, Starlink est de son côté en train de verrouiller un avantage technique et commercial bien entamé : la constellation de SpaceX compte déjà plus de 9 000 satellites opérationnels, contre environ 650 pour Eutelsat OneWeb, dont la flotte évolue à 1 200 km d’altitude. La latence de Starlink se situe typiquement entre 20 et 40 ms, contre 50 à 70 ms pour OneWeb, en cohérence avec cette différence d’altitude.

CritèreStarlink (SpaceX)Eutelsat OneWebAmazon Leo
État actuelOpérationnel (B2C et B2B)Opérationnel (B2B)Début de déploiement
Nombre de satellites en orbite basse+ 9000 en orbite650 (+ 34 géostationnaires)180 lancés
Altitude~550 km~1 200 km~600 km
Latence20 – 40 ms50 – 70 ms Estimée < 50 ms
Débit Max (par avion)350+ Mbps ~195 Mbps (Théorique)400 Mbps (Cible)
Cible principaleGrand Public & ProEntreprises & GouvernementGrand Public & Pro

Une orbite plus basse offre un léger gain de latence — ce qui pourra encore plus être mis en avant auprès des clients professionnels (cloud, finances, jeux en ligne, défense). De quoi accentuer l’avantage compétitif de Starlink sur les offres qui opèrent plus haut, comme IRIS², programme de constellation piloté par l’Union européenne autour de 1 200 km et confié au consortium privé SpaceRISE (SES, Eutelsat, Hispasat…). Les nouveaux arrivés pourraient bien se retrouver contraints de se déployer plus haut, et auront donc naturellement une latence plus élevée.

Enfin, la capacité de Starlink à modifier rapidement l’architecture de sa constellation (puisque l’on parle de 4 400 satellites déplacés en un an) montre une maturité industrielle que des concurrents en phase de déploiement ne peuvent pas encore égaler. Des travaux académiques publiés en 2023 dans la revue PNAS modélisent précisément ce type de concurrence entre méga‑constellations : le premier arrivé occupe l’orbite basse la plus favorable et repousse les suivants vers des altitudes plus hautes, moins performantes. Une dynamique d’oligopole que la décision de Starlink d’abaisser 4 400 satellites ne fera qu’accentuer.

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