Dans l’est de la France, un particulier se disant électro sensible avait installé un brouilleur chez lui pour contrer les ondes d’une antenne relais située à quelques centaines de mètres de son domicile. Problème : un brouilleur d’ondes émet aussi des ondes, avec plus de puissance.

Avait-il dans l’idée de combattre le feu par le feu ? On peut se le demander, à la lecture de la dernière anecdote partagée le 13 mars par l’Agence nationale des fréquences (ANFR). En effet, l’instance chargée entre autres de traiter les cas de brouillages et de perturbations affectant les bandes de fréquences en France a été confrontée à une situation atypique.

Dans la commune de Sarreguemines, en Moselle, des habitants rencontraient depuis quelques mois des problèmes de communication avec leur téléphone portable. La raison ? Le fonctionnement d’une antenne relais située dans les parages était fortement dégradé. Le souci ne s’arrêtant pas, l’opérateur mobile en difficulté a fini par s’en plaindre à l’ANFR.

L’agence a donc dépêché des agents pour déterminer la cause du mal. Pour les habitants du quartier, la perturbation était si vive qu’elle affectait non seulement les trois générations courantes de la téléphonie mobile (2G, 3G et 4G), mais aussi le GPS et le Wi-Fi. Radiogoniomètre en main, les enquêteurs ont pu remonter à la source du souci : l’appartement d’un suspect.

Un électro-sensible dans un bain d’ondes

Avec l’appui de la police, les agents de l’ANFR ont pu accéder au domicile d’où les perturbations partaient. La découverte qu’ils y font est étonnante : des murs tapissés d’aluminium, des couvertures de survie et… un brouilleur d’ondes. Le responsable de toute cette installation est un homme qui se dit électro-sensible ; il attribue à l’effet des ondes son mal-être.

Sauf que l’individu semble avoir oublié le principe d’un brouillage d’ondes : c’est aussi une machine qui en émet, comme une antenne relais. Il s’agit de produire des ondes à une intensité plus grande que celles que l’on cherche à masquer. Pour le dire autrement, l’électro sensible a fait entrer le loup dans la bergerie, en installant une machine qui fait le contraire de ce qu’il désire.

C’est ce que l’ANFR rappelle avec une analogie très compréhensible : imaginez que l’antenne relais équivaut à une conversation entre deux personnes dans une boîte de nuit. Le brouilleur sera ici les enceintes de la discothèque : il suffira de monter le volume assez haut pour recouvrir la discussion. Les échanges deviennent inaudibles, lorsque la musique est trop forte.

antenne-relais
Une antenne-relais. // Source : Saurabh Mishra

Pour perturber le signal de l’antenne relais, l’appareil devait donc fonctionner avec une puissance bien supérieure. Là est tout le paradoxe de la stratégie de l’anti-ondes : il cherchait à brouiller une installation située à quelques centaines de mètres de son domicile avec un appareil beaucoup plus intense se trouvant chez lui.

L’aluminium placé tout autour n’a rien arrangé. « Les effets du brouilleur étaient d’ailleurs amplifiés », car « son blindage artisanal favorisait des échos multiples et… entravait leur sortie », rapporte l’ANFR. Pourtant, l’homme affirmait « dormir beaucoup mieux dans sa proximité immédiate » et percevoir une disparition de ses symptômes.

Initialement, l’intervention avait conduit à une mise hors tension du brouilleur, sans autre conséquence. Mais l’ANFR raconte que que l’électro-sensible n’a pas cessé de chercher à brouiller les ondes. Plusieurs fois, la police et les agents ont dû intervenir. Jusqu’à ce qu’une enquête soit ouverte et qu’une procédure judiciaire soit lancée, avec à la clé la condamnation du fautif.

Résultat des courses : l’homme s’en est tiré à bon compte. Les quatre brouilleurs qu’il a achetés ont été confisqués et il n’a dû payer que les frais de justice. Pour le procureur de la République, l’individu n’a pas cherché à perturber l’ordre public ou commettre un acte de délinquance. D’autres récidives pourraient néanmoins le conduire à des sanctions plus sévères.

Source : Numerama

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