En voulant provoquer Greta Thunberg, l’ex-sportif Andrew Tate, connu pour sa violence et ses discours de haine, est finalement devenu la risée de Twitter. Beaucoup ont même pensé que son arrestation, quelques heures après, était liée à la vidéo de réponse qu’il a posté — les deux événements sont en réalité décorrélés.

En 2022, un tweet peut changer le cours des choses. L’ex-champion de kickboxing et masculiniste Andrew Tate, connu pour ses discours de haine et sa violence contre les femmes, a été arrêté en Roumanie le 28 décembre pour trafic d’êtres humains. Voilà qui concluait une séquence qui n’aura duré que 24 heures sur Twitter. Tout a commencé lorsqu’il a interpellé une énième fois la célèbre militante écologiste Greta Thunberg, le 27 décembre.

Dans ce tweet initial, il se vante d’avoir 33 voitures aux moteurs très polluants. Il affirme alors que « ce n’est que le début » et ajoute, s’adressant à Greta Thunberg : « Merci de me communiquer ton adresse mail pour que je puisse envoyer la liste complète de ma collection de voitures et les énormes émissions de chacune d’entre elles. »

La réponse de Greta Thunberg ne s’est pas faite attente et elle fut cinglante. « Yes, please do enlighten me. email me at [email protected] », écrit-elle dans son propre tweet. En français, cela donne quelque chose comme : « Oui, merci de m’éclairer. Envoyez-moi un mail à é[email protected] ». En bref : Greta Thunberg se moque ouvertement d’Andrew Tate et ses vaines obsessions. Son tweet a atteint très rapidement les 2 millions de « j’aime » — plus de 3 millions à ce jour –, surclassant sans conteste celui d’Andrew Tate.

L'échange entre Andrew Tate et Greta Thunberg, sur Twitter. // Source : Capture d'écran
L’échange entre Andrew Tate et Greta Thunberg, sur Twitter. // Source : Capture d’écran

Andrew Tate arrêté en Roumanie pour trafic d’êtres humains

Touché par la répartie de la jeune femme et bien décidé à avoir le dernier mot, l’ex-champion de kickboxing a relancé Greta Thunberg, dans un nouveau tweet, sous la forme d’une vidéo. Il y apparaît en peignoir, un cigare à la main. Dans celle-ci, il s’en prend à la militante écologiste, comme à son habitude. Mais dans cette vidéo, on trouve des boîtes à pizza. D’après plusieurs observateurs, il aurait pu sembler que la marque sur les boîtes puisse confirmer sa présence en Roumanie, permettant aux autorités de localiser Andrew Tate. Coïncidence de timing ? Quelques heures plus tard, à peine, un raid de police conduisait à son arrestation, dans sa résidence à Bucarest, d’où il est sorti menotté.

La raison ? Andrew Tate n’est pas un simple troll. Il fait l’objet d’une enquête pour trafic d’êtres humains et viols en bande organisée. Plus précisément, il serait à l’origine du recrutement et de l’exploitation de femmes pour la création forcée de contenus pornographiques — faisant usage de violence physique et de pression psychologique. Un mandat d’arrestation a été émis à son encontre pour ce chef d’accusation depuis plusieurs mois (et contre son frère ainsi que plusieurs autres personnes).

Il n’est toutefois pas dit que ce soit cette vidéo spécifique qui ait réellement permis l’arrestation d’Andrew Tate. Il avait posté d’autres images auparavant. La procureure en charge de l’affaire, Bolla Ramona, a déclaré auprès de Libération avoir « exécuté un mandat de perquisition hier mais la décision avait déjà été prise avant son message [avec la boîte à pizza], puis elle a été autorisée par un juge ». Les autorités roumaines s’étaient donc déjà bien assurées que l’ex-sportif était bien dans le pays. Cette vidéo n’aurait pas déclenché l’arrestation à elle seule (elle a tout au plus servi de confirmation que l’emplacement d’Andrew Tate n’avait pas changé à ce stade). « Nous utilisons toutes sortes d’informations, comme celles en sources publiques, mais ce ne sont pas les seules employées », précise la procureure auprès de Libération.

Cette affaire permet cependant de rappeler la puissance potentielle du renseignement d’origine sources ouvertes (appelé OSINT). Une photo ou une vidéo, en apparence banale, peut être une mine d’or en information. Le contenu du média, mais aussi les métadonnées (comme l’EXIF pour une photographie), donnent de très précieuses indications. On le voit largement en Ukraine, d’ailleurs.

En tout cas, ce n’est pas la première fois qu’Andrew Tate fait l’actualité pour un comportement violent et pénalement condamnable. En 2016, il fut banni de la téléréalité britannique Big Brother après avoir frappé une femme. Quelques années plus tard, il déclarait sur Twitter que les femmes « portaient la responsabilité » en cas d’agression sexuelle. Ce tweet lui a valu à l’époque le bannissement de la plateforme, mais, sur décision d’Elon Musk devenu patron de Twitter, il était de retour depuis novembre dernier. (Il reste toutefois banni de YouTube, Instagram et Facebook.)

Dans un dernier tweet publié le 30 décembre, Greta Thunberg met un point final à l’échange en déclarant avec ironie : « voici ce qu’il se passe quand vous ne recyclez pas vos boîtes à pizza. » Même si ce ne sont finalement pas les boîtes à pizza qui ont permis l’arrestation, le pique fait mouche.


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