Pour justifier la suspension du compte qui partageait en temps réel l’historique des trajets de son jet privé, Elon Musk a annoncé une modification du règlement de Twitter. Au nom de la « sécurité des individus », on pourra être suspendu si l’on indique l’emplacement d’une personnalité ou d’un objet sur Twitter. Qui a dit « censure » ?

Peut-on inventer des règles sur un coup de tête quand on affirme plusieurs fois par jour être le plus grand défenseur de la liberté d’expression et que l’on assure que la censure détruit la société ? Elon Musk est un homme plein de contradictions.

Après avoir passé des mois à militer et à défendre certaines des positions les plus radicales de la société, Elon Musk a décidé de brusquement interdire le partage de la localisation d’un individu en temps réel sur Twitter, pour « limiter les risques de violence ». Le problème est que cette définition est large. Si les comptes qui partagent la localisation d’un avion sont la première cible d’Elon Musk, puisqu’ils l’embêtent personnellement, n’importe quelle photo d’une célébrité pourrait être interprétée comme enfreignant le règlement du réseau social.

Paradoxalement, « le réseau social de la liberté d’expression » devient le seul à interdire fermement ces pratiques, pourtant banales et très souvent légales. S’ajoute à cela la question de la modération, dont Elon Musk n’est habituellement pas friand. Bref, Elon Musk s’est encore mis dans une sacrée histoire…

Partager la localisation d’un avion n’a rien d’illégal

Tout a commencé le 14 décembre lorsqu’Elon Musk, après avoir promis qu’il ne toucherait pas aux comptes qui suivent son jet privé au nom de la liberté d’expression, a brusquement suspendu ElonJets, un compte géré par le développeur Jack Sweeney. Twitter lui a indiqué qu’il enfreignait ses règles d’utilisation, ce qui a de quoi surprendre. ElonJets ne fait rien d’autre que de partager des captures d’écran des trajets de l’avion d’Elon Musk, qui sont publics. Puisque tous les vols peuvent être suivis en temps réel, personne n’est épargné. L’identifiant du jet privé d’Elon Musk est connu (N628TS) et rentrer ce code sur un site de flight tracker suffit à être informé de son emplacement en direct. ElonJets n’enfreint aucune loi, même si Elon Musk l’a toujours détesté.

Évidemment, les médias se sont saisis de l’affaire (il faut dire qu’Elon Musk a longtemps tenté de fermer ce compte, bien avant de souhaiter racheter Twitter). Le milliardaire a été forcé de réagir à l’affaire et, du coup, a dévoilé le fameux changement qu’il a décidé d’introduire dans les règles de Twitter : « Tout compte contenant des informations de localisation en temps réel sera suspendu, car il s’agit d’une violation de la sûreté physique. »

Elon Musk a ajouté que les comptes partageant une localisation en différé ne lui posent pas de problème. Le compte d’ElonJet a alors été réactivé… avant d’être de nouveau fermé.

Un exemple d'un vol
Un exemple d’un vol « tracké » par Jack Sweeney // Source : Instagram/ElonJet

Twitter censure les liens vers des sites externes

Depuis, la censure des comptes partageant la localisation d’un avion est même allée plus loin. Comme certains ont pu le remarquer, il est impossible de tweeter un lien menant vers les pages Instagram et Facebook du compte ElonJet. En revanche, on peut sans problème partager un lien vers le site Flightradar24, un des plus réputés pour suivre un avion en direct. Le bannissement est donc bien ciblé (mais pour se dédouaner, Twitter a aussi supprimé des comptes suivant d’autres avions, comme celui de Jeff Bezos).

Voilà ce qu'il se passe quand on tweete un lien vers le compte Instagram d'ElonJet. Il y a un bug à l'envoi. // Source : Numerama
Voilà ce qu’il se passe quand on tweete un lien vers le compte Instagram d’ElonJet. Il y a un bug à l’envoi. // Source : Numerama

Dans un thread sur son compte dédié à la sécurité, Twitter a confirmé ce changement de règlement. Les tweets communiquant l’information d’une personne seront supprimés, tandis que les comptes dédiés à cette pratique seront suspendus. Une drôle de manière d’appliquer la liberté d’expression absolue, puisque partager la localisation de quelqu’un ne se limite pas aux propriétaires de jets privés.

Pourquoi Elon Musk a-t-il agi ainsi ? Dans une série de tweets, le milliardaire explique que son fils aurait été récemment suivi par un inconnu en voiture. Il estime qu’il s’agit de la faute des comptes comme celui de Jack Sweeney, qui facilitent le « stalking » (l’acte de suivre quelqu’un contre son gré).

Elon Musk a alors eu une idée étonnante : diffuser auprès de ses 120 millions d’abonnés une vidéo dudit stalker… pour lancer une chasse à l’homme géante. Une pratique qu’il juge sans doute moins dangereuse que le partage de la localisation d’un avion dans le ciel. À moins qu’il ne se rende pas compte de la contradiction ?

Elon Musk a-t-il le droit de changer les règles de cette manière ? Si rien n’encadre légalement sa décision, il fait techniquement tout ce qu’il veut, puisque Twitter lui appartient. Toujours est-il que suivre un avion restera toujours possible sur toutes les autres plateformes du monde. Vous savez, celles qu’Elon Musk accuse de censure.


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