Face aux humeurs fluctuantes d’Elon Musk sur l’activation de Starlink en Ukraine, l’Union européenne pourrait payer au moins une partie de la facture. Un ministre lituanien souhaite qu’on y réfléchisse.

La position imprévisible d’Elon Musk sur la fourniture d’Internet en Ukraine va-t-elle conduire l’Union européenne à assumer une partie de la facture ? C’est en tout cas la question que souhaite mettre sur la table Gabrielius Landsbergis, le ministre des Affaires étrangères de Lituanie. Selon lui, il n’est pas bon que la connectivité d’un pays — l’Ukraine — dépende d’un seul homme.

C’est dans un tweet publié le 15 octobre que l’intéressé a exposé sa réflexion. « La connectivité Internet de l’Ukraine est trop importante pour être laissée entre les mains d’un seul individu. Trouvons un moyen de former une coalition d’alliés de l’Ukraine pour payer Starlink, ou trouvons un autre fournisseur. La Lituanie est prête à contribuer », écrit-il.

Aujourd’hui, le réseau en Ukraine est soutenu grâce à la flotte de satellites de Starlink, le FAI lancé par SpaceX. La société américaine, fondée par Elon Musk au début des années 2000, a répondu favorablement à la demande d’aide du gouvernement ukrainien. Dès le début de la guerre lancée par la Russie, des kits de connexion ont été acheminés.

Starlink Ukraine
Des kits Starlink offerts à l’Ukraine dès les premiers jours de l’invasion. // Source : Mykhailo Fedorov

Sauf que le conflit s’éternise. Voilà plus de sept mois que les combats font rage dans l’est du pays et que des missiles frappent périodiquement tout le territoire de l’Ukraine. Les infrastructures locales sont détruites et les rétablir prend du temps. De fait, Starlink demeure nécessaire pour maintenir une bonne connectivité et une bonne couverture.

La connectivité de l’Ukraine par Starlink, trop dépendante de l’humeur d’Elon Musk ?

Jusqu’à présent, le coût du service de Stalink en Ukraine n’était pas un sujet. Or, début d’octobre, Elon Musk s’est pris pour un diplomate. Il a exposé son plan de paix pour l’Ukraine, entraînant des réactions courroucées côté ukrainien… et bienveillantes côté russe. Un décalage qui s’explique par la situation sur le terrain : l’Ukraine a l’initiative et n’a donc pas intérêt à s’arrêter là.

Le rejet virulent des autorités ukrainiennes à son idée a-t-il été une source de vexation pour Elon Musk ? Une dizaine de jours plus tard, le milliardaire américain a commencé à dire qu’il ne lui était plus possible d’assumer les frais des terminaux Starlink fournis à la population. Selon lui, ce devrait être au Pentagone de régler la note.

Elon Musk avait dit alors qu’il ne faisait que « suivre » les recommandations de l’ambassadeur ukrainien en Allemagne qui avait invité l’entrepreneur américain à « aller se faire voir », après avoir exposé son plan de paix. Le camouflet a semble-t-il été difficile à encaisser. Il a d’ailleurs proposé une solution pour Taïwan et la Chine, qui a reçu un accueil équivalent : non merci.

C’était à se demander si le truculent chef d’entreprise ne cherchait pas une façon de ne plus aider les Ukrainiens, alors même que l’intéressé, qui se vantait d’avoir fourni ces kits de connexion à ses frais, a bénéficié d’importants financements de la part des États-Unis, via l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

Elon Musk // Source : Flickr/CC/Jim Merithew/Wired.com (photo recadrée)
Elon Musk // Source : Jim Merithew/Wired.com (photo recadrée)

Devant les retours essentiellement négatifs sur l’attitude d’Elon Musk, celui-ci a fait machine arrière. « Même si Starlink perd toujours de l’argent et que d’autres sociétés reçoivent des milliards de dollars des contribuables, nous allons juste continuer à financer le gouvernement ukrainien gratuitement », a-t-il lancé sur Twitter le 15 octobre.

Ce revirement est-il le dernier ? En tout cas, c’est aussi en considérant l’humeur fluctuante d’Elon Musk et des risques qui y sont associés que le ministre des affaires étrangères lituanien a imaginé une aide publique pour que Starlink reste toujours en fonctionnement Ukraine. Quitte à ce que l’Union européenne mette la main au porte-monnaie, avec ou sans les USA.

Quelle suite l’UE donnera-t-elle à la suggestion de Gabrielius Landsbergis ? Il est trop tôt pour le dire. Mais le sujet a été abordé le 17 octobre lors d’une réunion entre tous les ministres des affaires étrangères, signale Politico. Le sujet a également été soulevé par Josep Borrell, vice-président de la Commission européenne et chef de la diplomatie de l’Union.

Il est à noter que les Ukrainiens et les Ukrainiennes ne profitent pas forcément de Starlink gratuitement. Il a été montré sur Twitter que des personnes règlent leurs factures à l’opérateur américain, chaque mois. D’autres achètent aussi des kits. Dire que Elon Musk finance tout s’avère, à la lumière de ces témoignages sur Twitter, à tout le moins excessif et inexact.

Toute la question est de savoir si l’Union voudra bien prendre à sa charge une partie de la note et, le cas échéant, quelle part exactement. Surtout, quels pays voudront bien débourser de l’argent qui financera un service qui deviendra de facto rival du « Starlink souverain » que veut l’UE, pour ne pas dépendre d’Elon Musk. La Lituanie semble prête. Mais les autres ?