L'exécutif a annoncé qu'il mettra en place, en Guadeloupe seulement, d'autres vaccins qui ne sont pas basés sur l'ARN messager. La décision est étrange, car elle ressemble à une renonciation à la pédagogie scientifique, sans relever d'une véritable écoute sociale.

En Guadeloupe, la situation est très tendue depuis plusieurs semaines. Un appel à la grève générale y est mené contre le pass sanitaire et l’obligation vaccinale pour les soignants. S’ajoutent des manifestations, qui se sont transformées à quelques reprises en heurts ou en violences. Pour ces raisons, Emmanuel Macron a qualifié la situation d’« explosive » dans les Antilles.

Face à ces tensions, le gouvernement a annoncé le 23 novembre 2021 une décision uniquement dédiée au territoire guadeloupéen : les soignants qui le souhaitent pourront avoir accès à des vaccins sans ARN messager (ARNm). Le ministre des outre-mer, Sébastien Lecornu, a effectivement annoncé s’engager à « trouver d’autres types de vaccins » pour ceux qui ne voudraient pas celui à ARNm.

Cette décision intervient après de nombreux mois de communication scientifique visant à démystifier les inquiétudes sur l’ARN messager. Le refus de ce vaccin spécifique provient d’une idée intégralement et indéniablement fausse au niveau scientifique, à savoir que l’ARNm serait néfaste pour l’organisme, ou pourrait même modifier notre ADN. Or, une telle modification de notre code génétique par un vaccin ARNm est impossible biologiquement. Par ailleurs, le recul sur l’ARNm est loin d’être aussi faible que l’affirment ces thèses.

Alors quelle est l’implication de cette décision du gouvernement sur la pédagogie scientifique ?

Une erreur pour la pédagogie scientifique

La décision est problématique en matière de pédagogie : elle cède à la facilité car elle revient à « faire avec » la désinformation. Les arguments anti-vaccins ne reposant sur aucune réalité factuelle, on ne peut se départir d’un sentiment d’échec face à une décision de l’exécutif visant à composer avec ces arguments. Faire barrière à la désinformation ne devrait connaître aucune exception.

Il existe plusieurs vaccins contre le covid, de Pfizer à AstraZeneca. // Source : Pixabay

Un deuxième problème s’ajoute. Cela pourrait poser un obstacle très concret dans les prochains mois : les désinformateurs n’hésiteront probablement pas à se servir de ce choix de l’État pour servir du complotisme autour des vaccins ARNm.

Rappelons que les théories conspirationnistes sur le sujet partent du principe qu’il existerait une « vérité cachée », c’est-à-dire que ces vaccins n’en seraient pas vraiment ou qu’ils cacheraient de fausses substances (sérum physiologique, placébo, produits toxiques, puce 5G, métaux magnétiques…). Toute décision donnant l’impression que ces thèses seraient vraies ne peut que renforcer ces thèses qui, par définition, se basent sur une suspicion extrême se servant du moindre de détail pour exister.

Le complotisme naît aussi des erreurs de l’État

Mais ces deux problématiques de pédagogie scientifique ne suffisent pas à analyser la situation en Guadeloupe. C’est politique, avant même d’être lié à la crise sanitaire. Le complotisme naît aussi des erreurs de l’État.

Le président de région, Ary Chalus, affirmait récemment sur Franceinfo que ce territoire est «  laissé pour compte ». Et ce serait précisément de cette situation, ancrée depuis longtemps, que proviendraient une défiance et un manque de confiance envers l’État.

Or, on le sait, les craintes sur les vaccins ne sont pas toujours du complotisme de bas étage, mais parfois le résultat d’un manque de confiance de la part de populations qui ont été socialement exclues du débat public. La campagne vaccinale étant organisée à un niveau gouvernemental, les arguments scientifiques ne parviennent pas, dans ce contexte, à surpasser la défiance politique.

Cette spécificité politique de la Guadeloupe ne devrait toutefois pas pousser à renoncer à la démarche de pédagogie scientifique. Au contraire. Il y a comme quelque chose de contradictoire : renoncer à une bonne communication scientifique revient sur le fond à acter ce qui est dénoncé, car cela revient à abandonner une population qui se sent déjà abandonnée. À l’inverse, il aurait été préférable de traiter le territoire comme tous les autres, en misant sur l’intelligence collective et une pédagogie de fond qui pourrait finir par payer.

En matière de science, abandonner n’est effectivement jamais une solution. Plutôt que de céder sur l’aspect le plus absurde, il aurait été plus adéquat de miser sur une politique de terrain, d’adapter à ce territoire les dispositifs d’« aller-vers » ou les modalités du pass sanitaire. En clair, il s’agirait d’être à l’écoute du véritable problème structurel, plutôt que de chercher à poser un pansement qui risque de faire plus de mal que de bien.

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