Le changement climatique et l'exode rural ont fait tripler l'exposition des populations aux températures dangereuses pour leur santé. Plus d'un quart de la population mondiale est désormais concernée.

De plus en plus de personnes dans le monde sont exposées à des canicules dangereuses. C’est ce que révèle une publication de l’institut de la Terre de l’université de Columbia mise en ligne le 4 octobre 2021 — l’étude complète est disponible dans la revue PNAS.

Dans leur étude de 13 000 villes du monde entier, les auteurs ont pris en compte la quantité de personnes exposées et le nombre de jours pendant lesquels elles sont exposées, données qu’ils combinent dans un indice « jour-personne ». Ils ont constaté que cet indice a triplé depuis les années 80. Il est passé de 40 milliards de « jour-personne » à 119 milliards « jour-personne » en 2016. En 2016, 1,7 milliard de personnes dans le monde étaient exposées à des températures extrêmes plusieurs jours par an. Plus d’un quart de la population mondiale est donc désormais concerné.

L’exposition de la population aux températures extrêmes a augmenté à cause du changement climatique et de l’exode rural. // Source : Tuholske et al., PNAS, 2021

Les villes retiennent beaucoup trop la chaleur

C’est lié à plusieurs facteurs. Le changement climatique et la hausse des températures qu’il entraîne en sont un, bien sûr. Mais ce n’est pas le seul. Si beaucoup de personnes sont désormais exposées à des canicules dangereuses, c’est aussi très directement lié à l’exode rural. « Ces dernières décennies, des centaines de millions de gens ont quitté les campagnes pour les villes. Celles-ci abritent désormais plus de la moitié de la population mondiale », souligne l’article de l’université de Columbia.

Or l’environnement citadin est beaucoup plus propice à l’effet « îlot de chaleur » : il y a peu de plantes qui rafraîchissent l’air, les bâtiments l’empêchent de circuler et les matériaux des surfaces piègent et conservent beaucoup la chaleur. Résultat : il fait beaucoup plus chaud en ville que dans ses environs directs. « La hausse de la population citadine est responsable de deux tiers de hausse de l’exposition des personnes aux températures extrêmes, précise l’université de Columbia. Le changement climatique y contribue pour un tiers.  » À noter toutefois que ce ratio peut varier d’une zone géographique à l’autre.

Quelles villes sont les plus touchées ?

La ville où l’indice d’exposition aux températures extrême en « jour-personne » est le plus élevé est Dhaka, au Bangladesh. Même si les températures ont également augmenté au niveau la capitale, ce classement est principalement lié au fait que sa population a beaucoup augmenté (de 4 millions en 1983 à 22 millions aujourd’hui). Beaucoup plus de personnes sont donc désormais exposées aux canicules subies par la population de la ville.

Des villes comme Shanghai, Guangzhou, Bangkok, Dubaï, Khartoum, Hanoi et diverses villes du Pakistan, de l’Inde et la péninsule arabique sont confrontées à des problèmes similaires. Dans d’autres villes, la hausse du nombre de jour-personne exposée à des températures extrêmes est beaucoup plus directement lié au changement climatique.C’est notamment le cas de Bagdad, du Caire, de Lagos, Mumbai et d’autres grandes villes de l’Inde et du Bangladesh.

En Europe, la population des villes étant restée plus stable, la hausse du nombre de jour-personne est très liée au changement climatique. L’équipe a découvert que, dans 17 % des villes européennes étudiées, le nombre de jours d’extrême chaleur avait augmenté de plus d’un mois ces trente dernières années. Aux États-Unis, le Texas et la côte du Golfe sont les plus exposés. Et somme le souligne l’université de Columbia, l’étude ne prend pourtant pas en compte les canicules record dont ont souffert les régions du nord-ouest des États-Unis et le sud du Canada et qui ont tué des centaines de personnes.

Les températures extrêmes sont un vrai risque sanitaire

Le fait que le nombre de personnes exposées à des canicules augmente autant est problématique. « Cela a un impact très large, précise l’auteur principal de l’étude, Cascade Tuholske, chercheur post-doctorant de l’institut de la Terre de l’université de Columbia. Cela augmente la morbidité et la mortalité. Cela a un impact sur la capacité des gens à réaliser leur travail, et réduit de ce fait les performances économiques. Cela a également tendance à exacerber les problèmes de santé pré-existants. »

Pour évaluer l’exposition de la population mondiale aux températures extrêmes, les chercheurs ont croisé des images satellites infrarouges aux relevés d’instruments positionnés au sol. Cela leur a permis de déterminer les températures maximales quotidiennes et le taux d’humidité de plus de 13 000 villes de 1983 à 2016. Ils ont utilisé l’indice WBGT (Wet-bulb globe temperature) qui prend notamment en compte l’effet de l’humidité sur le ressenti de la chaleur par les humains — lorsque l’air est très humide, le corps humain ne peut pas en effet évacuer la chaleur par sudation.

Comment adapter les villes au changement climatique

Leur étude souligne à quel point il est crucial d’adapter les villes afin d’adoucir l’impact que le changement climatique aura sur elles — même dans le meilleur scénario. Aménager des espaces végétaux et peindre les habitations en blanc peut significativement contribuer à rafraîchir ces zones.

Les villes blanches réfléchissent les rayons du soleil et emmagasinent moins la chaleur. // Source : Fabrizio Ponchia / Pixabay

Alors que l’asphalte ne réfléchit que 4 % des rayons du soleil, les prairies en renvoient en effet 25 % et les surfaces blanches jusqu’à 90 %, rappelle la revue Yale Environnement 360. « Plus l’albédo des bâtiments est élevé, moins ils absorbent la chaleur. La ville sera donc plus fraîche le soir, et les bâtiments auront besoin de moins de climatisation », expliquait à Numerama en juin dernier, Marjorie Musy, directrice de recherche au Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema).

New York s’est déjà lancée : la ville a fait repeindre plus de 850 000 mètres carrés de toits en blanc depuis 2009. Cette option a été testée, sur des périmètres plus ou moins grands, à d’autres endroits du monde notamment à Milan en Italie, à Melbourne et Sidney en Australie et à Ahmedabad en Inde.

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