Les canicules sont de plus en plus fréquentes et menacent la santé des populations. Peindre en blanc une partie des bâtiments et des surfaces est une solution efficace et abordable contre la chaleur, à condition de prévoir intelligemment ces aménagements.

Peindre les villes en blanc aide-t-il à les garder fraîches ? Avec des étés plus caniculaires chaque année à cause du changement climatique, l’idée d’éclaircir les bâtiments afin qu’ils emmagasinent moins la chaleur intéresse beaucoup. New York s’est déjà lancée : la ville a fait repeindre plus de 850 000 mètres carrés de toits en blanc depuis 2009. Cette option a été testée, sur des périmètres plus ou moins grands, à d’autres endroits du monde notamment à Milan en Italie, à Melbourne et Sidney en Australie et à Ahmedabad en Inde. En France, quelques bâtiments notamment des supermarchés ont également été équipés de revêtements réfléchissants

Cette technique est-elle efficace ? Et si oui, devrions-nous repeindre en blanc tous les bâtiments de France  ? Les choses sont, bien sûr, un peu plus compliquées que cela, mais globalement oui, modifier l’albédo des surfaces (leur pouvoir réfléchissant) est efficace.

Les bâtiments peints en blanc restent plus frais, car ils réfléchissent davantage les rayons du soleil. // Source : Next Voyage / Pixabay

Les surfaces blanches aident-elles vraiment à lutter contre la chaleur ?

Non seulement les surfaces à albédo élevé fonctionnent, mais elles sont même très efficaces. Alors que l’asphalte ne réfléchit que 4 % des rayons du soleil, les prairies en renvoient 25 % et les surfaces blanches jusqu’à 90 %, rappelle la revue Yale Environnement 360. Interrogée par Numerama, Marjorie Musy, directrice de recherche au Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) précise : « Plus l’albédo des bâtiments est élevé, moins ils absorbent la chaleur. La ville sera donc plus fraîche le soir, et les bâtiments auront besoin de moins de climatisation ». C’est surtout vrai, cependant, des bâtiments mal isolés. « Sur des habitations déjà bien isolées, les revêtements réfléchissants ne changent pas fondamentalement la donne », explique Marjorie Musy. C’est donc sur les constructions plus anciennes, souvent mal isolées, qu’il faut se concentrer.

À noter qu’il existe d’autres solutions pour rafraîchir les villes, et que si leurs bénéfices se combinent parfois, ils peuvent aussi s’annuler. « L’efficacité de l’ombrage, qu’il soit produit par des arbres ou des structures d’ombrage, est réduite si, en parallèle, des revêtements à albédo élevé sont mis en place. D’autre part, l’ombrage réduit l’efficacité des revêtements à albédo élevé », rappelle ainsi l’Ademe dans son livret « Rafraîchir les villes ».

Quel est l’impact des revêtements réfléchissant les rayons du soleil ?

Il est significatif. Sur les toitures par exemple, « les cool roofs peuvent maintenir les températures de 2 à 5°C plus bas que des toits traditionnels », indique à la BBC, Anjali Jaiswal, responsable, au sein du Conseil américain de protection des ressources naturelles, du projet de toitures réfléchissantes mené à Ahmedabad, en Inde.

L’Ademe note que, dans certaines zones à Athènes, le passage d’un revêtement foncé asphalté (albédo 0,04) à un revêtement blanc (albédo 0,55) a eu un effet significatif (-4°C) sur la température de l’air en journée. Le bilan est également très positif à Milan : la température d’air a baissé en moyenne de – 0,4 à – 0,8°C là où des revêtements sombres ont été remplacé par des blancs. L’agence de la transition écologique de la France note que les cool roof, les toits à fort albédo, réduisent bien la consommation énergétique des bâtiments. Ces derniers restant plus frais, il n’est en effet pas nécessaire de les climatiser autant. Résultat : ils consomment en moyenne 20 % d’énergie de moins que les autres.

Serait-il complexe et coûteux de repeindre les villes en blanc ?

Si les coûts varient d’un matériau à l’autre, les revêtements à fort albédo font partie des solutions à faible coût, selon l’Ademe. Une analyse que partage la directrice de recherche du Cerema, Marjorie Musy : « Les toitures par exemple sont des éléments à refaire régulièrement. Opter, à ce moment-là, pour des gravillons clairs ou une membrane réflective, plutôt que pour du bitume foncé ne coûte in fine pas beaucoup plus cher.  » Les revêtements de société comme Cool Roof coûtent par exemple environ 20 € le mètre carré.

La bonne nouvelle, c’est que les avantages des revêtements réfléchissants l’été ne se transforment pas en inconvénients l’hiver. « Les apports solaires sont négligeables en hiver, donc cela ne va pas modifier très significativement notre manière de chauffer », explique Marjorie Musy.

Finalement l’élément le plus bloquant reste peut-être l’aspect esthétique de cette solution. Beaucoup de personnes sont attachées aux jolis toits de tuiles ou d’ardoises qui chapeautent les habitations de certaines villes. Ces réticences pourraient toutefois être levées avec l’arrivée, ces dernières années, d’une grande variété de matériaux. « On trouve désormais des revêtements qui contiennent des pigments réfléchissants mais sont colorés », souligne la directrice de recherche du Cerema.

Les villes retiennent beaucoup plus la chaleur que les campagnes. C’est l’effet d’îlot de chaleur urbain. // Source : Sam Valadi / Flickr

Les revêtements réfléchissants ont-ils des inconvénients ?

Modifier l’albédo des revêtements est très efficace pour rafraîchir les villes, mais tout repeindre en blanc ne serait pas une bonne idée, loin de là. Certes les surfaces blanches emmagasinent moins la chaleur, puisqu’elles réfléchissent davantage les rayons. Mais à l’heure où le soleil tape fort, cela peut devenir très inconfortable pour les passants, qui pourraient avoir vraiment trop chaud. « Il faut éviter de peindre en blanc les sols des zones très fréquentées le midi : ce serait très désagréable pour les personnes qui les occupent, confirme Marjorie Musy. À l’inverse, éclaircir les surfaces des endroits très fréquentés la nuit est une bonne idée, car elles emmagasineront beaucoup moins la chaleur la journée, et seront donc bien plus fraîches la nuit. »

Il sera également important de contrôler la pollution que ces revêtements peuvent générer — car ils contiennent des composés organiques volatils — et d’étudier l’impact qu’ils peuvent avoir sur la biodiversité. L’éclairage en ville ayant tendance à perturber la faune et la flore, des travaux sont menés afin de le réduire. Il faudra donc s’assurer que des revêtements qui réfléchissent davantage la lumière ne risqueraient pas, eux aussi, de perturber le quotidien des animaux et le développement des plantes.

Modifier l’albédo des villes, est-ce suffisant ?

Rendre les surfaces plus réfléchissantes est une solution efficace, simple et peu onéreuse pour rafraîchir les villes. Les autorités devraient donc se saisir de cette option. Les hausses de températures sont cependant si importantes l’été en France — et encore plus dans d’autres pays — qu’il faudra prévoir d’autres aménagements. C’est particulièrement urgent de le faire dans les villes où se créent ce qu’on appelle des îlots de chaleur urbains. Les matériaux utilisés en zone urbaine, l’absence de végétation et l’aménagement général font que les températures y sont en effet bien plus élevées que dans les banlieues et les campagnes environnantes. Pour que les habitantes et habitants ne souffrent pas trop de la chaleur en été (avec les graves problèmes de santé voire les décès que cela peut provoquer), il sera donc indispensable de prévoir d’autres aménagements.

«  Il faut végétaliser les villes », explique la directrice de recherche du Cerema. Si toutes les surfaces disponibles étaient végétalisées, cela pourrait faire baisser la température d’environ 2,5 à 3°C en ville. »  Marjorie Musy avertit qu’il sera sans doute difficile d’atteindre ce scénario de végétalisation maximal (cela nécessite pas mal de logistique, car il faut arroser et entretenir les plantes). Mais ces chiffres permettent de se rendre compte de l’impact significatif que la végétation peut avoir sur les villes.

Une autre solution intéressante à explorer, ce sont les « formes urbaines bioclimatiques ». Ce terme désigne les architectures qui permettent de maintenir la température à des niveaux plus bas. Les rues étroites bordées de bâtiments hauts, que l’on trouve souvent dans le Sud, reçoivent par exemple moins de rayons solaires et restent donc plus fraîches. Idem pour « les cours et les alignements Nord-Sud (…) qui ne reçoivent le rayonnement solaire que lorsque le soleil est à son zénith », pointe l’Ademe.

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