Le changement climatique entraîne de nombreuses réactions en chaîne. Elles peuvent être dangereuses : elles s’autoalimentent et s’amplifient.

Ne vous fiez pas à leur appellation  : les « boucles de rétroactions positives » n’ont parfois de positif que leur nom. Le terme apparaît de plus en plus souvent dans les discussions sur le changement climatique. Ce n’est pas surprenant, la hausse de la température moyenne globale entraîne une myriade de bouleversements. Et bien sûr, ces changements en provoquent, eux-mêmes, d’autres.

Parfois, cet effet domino est circulaire : un changement en entraîne d’autres, qui vont eux-mêmes renforcer le phénomène initial qui les a déclenchés. C’est ce que l’on appelle une boucle de rétroaction positive : c’est une sorte de chaîne de réactions qui tend à s’amplifier. Le problème, c’est qu’à l’heure actuelle, plusieurs des boucles qui commencent à se former aggravent la crise climatique.

Pyrocumulus générés par les incendies de la vague de chaleur de juin 2021 à Lytton, au Canada. // Source : Nasa
Pyrocumulus générés par les incendies de la vague de chaleur de juin 2021 à Lytton, au Canada. // Source : Nasa

Les incendies entraînent des émissions de CO2 record

On en trouvait une illustration durant l’année 2021. L’agence Copernicus, en charge du programme spatial européen d’observation de la Terre, a révélé que les incendies extrêmes de l’été 2021 avaient généré des émissions de gaz à effet de serre record.

Ce qui donne une boucle de ce type :

  • La hausse de la température moyenne globale de la Terre entraîne une hausse de la fréquence et de la gravité des incendies.
  • En brûlant, les arbres relâchent d’énormes quantités de CO2.
  • Ce CO2 supplémentaire fait se réchauffer encore plus le climat, ce qui augmentera encore plus le nombre d’incendies, et ainsi de suite.

L’exemple des incendies n’est pas la seule boucle de rétroaction positive dont nous devons nous soucier. Le phénomène se produit également avec la fonte de la banquise qui, en réfléchissant à grande échelle la lumière du soleil, contribue à refroidir le climat. Le changement climatique la faisant fondre, elle peut moins contribuer à rafraîchir la planète. Le climat se réchauffe donc davantage… ce qui fait fondre encore plus vite la banquise. Nous vous parlions aussi il y a peu du fait que la fonte du permafrost risque d’entraîner des émissions record de méthane, un gaz à effet très dangereux, car 80 fois plus puissant que le CO2.

Les rétroactions peuvent être négatives

Comme l’expliquent Sandrine Bony et Camille Risi, deux chercheuses du CNRS sur The Conversation, une autre rétroaction climatique inquiétante est liée à la vapeur d’eau, qui est aussi un gaz à effet de serre : « plus la Terre chauffe, plus son atmosphère se charge en vapeur d’eau. Ainsi, l’effet de serre augmente et la Terre se réchauffe d’autant plus. » Les deux chercheuses indiquent que « cette rétroaction double quasiment le réchauffement par rapport à l’effet direct du CO2 ».

À noter que les boucles de rétroactions positives ne sont pas intrinsèquement dangereuses : elles entraînent une amplification d’un phénomène. S’il s’agit d’un phénomène que l’on souhaite, elles peuvent donc être bienvenues (dès lors que le mécanisme ne s’emballe pas trop, et trop vite !). Si les températures commençaient à baisser, par exemple, la neige perdurerait plus longtemps. En refroidissant le sol et en réfléchissant l’énergie solaire, ce surplus de neige contribuerait donc à faire baisser encore plus les températures.

Il existe, par ailleurs, le phénomène inverse : des boucles de rétroactions négatives. Ici, les phénomènes déclenchés par le changement initial vont avoir pour impact de réduire l’occurrence de celui-ci.

Les regards tournés vers la couverture nuageuse

Il n’est pas simple d’identifier tous les impacts que le changement climatique engendre, et encore moins d’évaluer leur portée exacte.  Affiner notre connaissance de ces mécanismes est cependant crucial, afin de surveiller et prévenir ceux qui ont tendance à aggraver le réchauffement, et à l’inverse, de favoriser ceux qui le réduisent.

Une des questions qui se posent dans le domaine est, par exemple, la manière dont le réchauffement va affecter la couverture nuageuse et dont cela va, par ricochet, affecter les températures. « Leur couverture va-t-elle augmenter ou diminuer avec le réchauffement climatique ? Selon le cas, le réchauffement climatique se trouvera atténué ou amplifié », expliquent Sandrine Bony et Camille Risi.

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