Le réchauffement climatique entraîne une fonte du permafrost, cette couche de sol qui reste d'habitude gelée en permanence. Un phénomène qui inquiète la communauté scientifique et aussi les gouvernements désormais. Mais pourquoi exactement ?

Dans les plaines sibériennes, l’habituel froid austère a laissé sa place, depuis quelques semaines, aux incendies. Chaque été, la taïga est attaquée par les flammes, mais les chercheurs russes déplorent un accroissement du phénomène ces trois dernières années, en raison de la hausse des températures — parfois trois fois plus rapides ici que sur le reste du globe. Mais au-delà des dégâts provoqués par les incendies eux-mêmes, les scientifiques se disent inquiets d’une fonte accélérée du permafrost, ce qui soulève quelques questions.

Source : Brandt Meixell / USGS / Flickr

Qu’est-ce que le permafrost ?

Aussi appelé pergélisol, il désigne les parties du sol qui ne dégèlent jamais. Plus précisément, il est constitué de trois couches dont seule la première, à la surface, connaît quelques variations en été. Le reste est toujours en-dessous du point de congélation. Il est présent notamment en Russie donc, mais aussi au Canada, au Groenland et en Alaska. Les territoires qui se situent dans des latitudes élevées en somme.

Le problème actuellement, c’est que le changement climatique provoque une fonte de cette glace censée être éternelle. Une fonte bien plus rapide que ce que prévoyaient les modèles climatiques il y a encore quelques années. Ainsi, en avril dernier, des chercheurs ont publié une étude dans laquelle ils notent l’existence d’un effet « boule de neige » en Arctique, avec des éclairs plus fréquents qui favorisent les incendies, lesquels font fondre le permafrost. Et ce n’est que l’un des multiples effets inattendus du réchauffement climatique, toujours prompt à multiplier ce type de d’effets de boucle.

Pourquoi c’est inquiétant ?

Le permafrost a une particularité : il n’a pas bougé depuis des milliers d’années. Et si le permafrost contenait des microbes anciens, qui provoquaient une nouvelle épidémie ? C’est une possibilité, car les études ont montré que des bactéries vieilles de plusieurs centaines d’années pouvaient se trouver dans cette couche de glace, attendant leur dégel. Cela dit, il n’y a pas de consensus scientifique sur les chances de survie de ces virus, ni sur la possibilité d’une infection à grande échelle.

En revanche, il y a une autre conséquence de la fonte du permafrost qu’on connait avec certitude et elle est très problématique : lorsqu’il fond, cela génère des gaz à effet de serre, notamment du méthane et du dioxyde de carbone. Le Canada et la Russie ont déjà expérimenté l’impact de quantités anormalement élevées de ces gaz : une fois dans l’air, ils entraînent une hausse des températures encore plus forte. C’est ce qui explique pourquoi les régions qui possèdent du permafrost voient le mercure monter plus vite qu’ailleurs.

La fonte du permafrost a déjà commencé, et elle favorise cet effet de « rétroaction positive » : la disparition du permafrost fait augmenter les températures, ce qui entraîne une nouvelle fonte encore plus rapide, et ainsi de suite. En novembre dernier, une étude norvégienne alertait sur l’évolution déjà en cours au niveau du permafrost. Un chercheur russe, Sergueï Zimov, propose de repeupler les steppes avec de grands herbivores, tels que des bisons ou des yacks — qui entretenaient autrefois ces zones avant d’être décimés par les humains.  Leur disparition aurait favorisé selon lui un refroidissement général car ils tassaient la neige et en fertilisaient les sols. A noter que l’impact que pourrait avoir cette réintroduction n’est cependant pas évalué.

Prévenir la fonte du permafrost passe aussi bien sûr par une politique plus globale de lutte contre le changement climatique. Et comme le rapport du GIEC vient de nous le rappeler, il est plus urgent que jamais d’atteindre les objectifs zéro carbone que nous nous sommes fixés, pour éviter d’atteindre les seuils de températures les plus dangereux.

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